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Clique clac #141

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« Trop de couleur distrait le spectateur », disait Jacques Tati. Gilbert Garcin, dont on a appris la disparition le 17 avril dernier, aurait pu reprendre la formule à son compte, fidèle qu’il était au noir et blanc. Le parallèle ne s’arrête pas là. Comme le réalisateur de Jour de Fête et Playtime, le photographe avait son Monsieur Hulot, un double en carton qu’il n’a cessé de mettre en scène dans des compositions poétiques et/ou philosophiques qui lui ont ouvert les portes des plus grands festivals. Rien ne prédestinait pourtant ce natif de La Ciotat, vendeur de luminaires jusqu’à l’âge de 60 ans et pas plus porté que cela sur la chose photographique, à une telle reconnaissance. C’est en 1993, en effectuant un stage lors des Rencontres d’Arles, qu’il trouva dans le photomontage de quoi occuper sa retraite. Un simple passe-temps au départ qui, d’expositions en publications, rencontra un public de plus en plus nombreux, conquis par la portée universelle de compositions libres et ouvertes à l’interprétation. La modestie du bonhomme et des moyens mis en œuvre (palpable ici, ici et encore ici) y est sans doute aussi pour beaucoup.

Une semaine funeste pour la photographie puisqu’on déplore également les disparitions de Peter Beard, Pierre Anisset, Theodore Gaffney, Michel Darbellay et Anthony Causi.


Dans une indifférence relative (faute sans doute du cérémonial habituel), le World Press Photo a livré son palmarès annuel. En primant dans les deux catégories reines Yasuyoshi Chiba (« Photo de l’année ») et Romain Laurendeau (« Reportage de l’année »), le jury met un coup de projecteur sur les soulèvements de la jeunesse arabe, de Khartoum à Alger. En revanche, le prix « Interactive of the year » remis à DJ Clark pour sa spectaculaire couverture des manifestations hong-kongaises ne passe pas pour le président de RSF, Pierre Haski, qui reproche au jury d’avoir récompensé, en connaissance de cause, un reportage diffusé par le China Daily, organe d’État chinois.


« Pourquoi quand on fait une photo, l’œil de l’appareil photo il fait un clin d’œil ? »


Diplômée en 2014 de la Haute école des arts du Rhin de Strasbourg, Mélodie Meslet-Tourneux fait rimer dans ses œuvres argentique et céramique. Très concrètement, les pièces qu’elle crée deviennent le support en volume de ses photographies. Curieuse des pratiques traditionnelles, l’artiste s’est rendue au Japon, en Mongolie ou au Burkina Faso pour perfectionner son savoir-faire. C’est aujourd’hui à Lezoux, dans le Puy-de-Dôme, qu’on la retrouve pour une résidence au Musée départemental de la Céramique, dont le site de l’institution donne un aperçu virtuel.


Errare humanum est, perseverare diabolicum : Huawei aurait de nouveau utilisé une image issue d’un reflex pour promouvoir les performances photo de ses smartphones.


On dit communément que le plus grand danger pour le photographe c’est d’avoir « le cul de plomb », c’est-à-dire de conserver toujours le même point de vue sur son sujet au lieu de tourner autour jusqu’à trouver le bon angle. Habitué à travailler en mouvement, le photographe d’architecture et de spectacle Martin Argyroglo se trouve, comme la plupart de ses pairs, forcé d’observer le monde depuis son appartement. Une contrainte qui bouleverse ses repères mais qui lui a donné l’idée d’une série, « Fenêtres sur tour », à mi-chemin entre Hitchcock et Perec.

12 AUTRES FAÇONS DE VIVRE SON CONFINEMENT…
• Jodi Bieber fait poser son mari dans des accoutrements improbables.
• Hugo Ribes retouche d’anciennes photos au prisme des risques qu’il a encourus.
• Photographe de mariage, Marlène Hodée craint pour la survie de sa micro-entreprise.
• Catherine Holmes a ressorti ses vieux cartons et mis Pagan, son chat, à contribution.
• Yann Arthus-Bertrand reprend du poil de la bête... et plante des poireaux.
• À quelques mètres l’un de l’autre, Kasia Strek et Piete Kiehart ont apprivoisé leur isolement forcé.
• En attendant son installation prochaine, Auriane Rocand peaufine sa technique.
• Cyril Zannettacci ajoute du confinement au confinement en utilisant exclusivement un 120 mm.
• Seule dans sa maison bretonne, Roxy Hervé s’initie à l’autoportrait.
• Maxime Matthys ne sort jamais sans son ses autorisations.
• Adeline Rapon recrée des portraits de femmes antillaises de la fin du XIXe siècle.
• Yohan Bonnet se demande déjà comment photographier l’après.


Début 2018, le Frac Normandie accueillait une rétrospective de l’œuvre de l’Américaine Anne Collier. L’institution vient de mettre en ligne une vidéo permettant de revisiter l’expo. L’occasion de se frotter à l’art conceptuel, un domaine photographique mal-aimé dont les ressorts et les desseins sont ici expliqués de façon limpide. Le Frac Normandie met aussi à disposition des plus jeunes la fiche pédagogique éditée à cette occasion.
Autre Frac, autre registre et autre louable initiative : le Frac Auvergne invite les enfants à photographier leurs parents à la manière de Pierre Gonnord.


Un documentaire tout à fait étonnant à regarder tant qu’il est disponible : Man Ray et les équations shakespearienne, lecture mathématique et stylée de l’œuvre photographique et picturale de l’artiste.


« Il m’a bien plus marqué en six rencontres que d’autres stars avec qui j’ai passé beaucoup plus de temps, comme Mireille Mathieu par exemple. Il était comme Jacques Brel: une rencontre et vous étiez sous le charme, hypnotisé, magnétisé. Il respirait une atmosphère. » Photographe de ses premiers succès, Hugues Vassal se souvient de Christophe. On conseille également la lecture du bel hommage de Nicolas Comment.


« Clique clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images. Visuel d’ouverture : capture d’écran issue de la vidéo « Le Cabanon de Mister G. » Haut de page – L’artiste et son double © Gilbert Garcin