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Clique clac #188

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Le matin du 18 avril 1955, Ralph Morse reçoit un coup de fil de la rédaction de Life l’informant de la mort d’Albert Einstein. Ni une, ni deux, le photojournaliste prend ses appareils et la route pour rejoindre, à 150 km de là, l’hôpital de Princeton où repose le corps du scientifique. Arrivé sur place, la cohue est telle qu’il comprend vite qu’il aura du mal à tirer son épingle du jeu. Il prend donc la direction de l’Institute of Advanced Study, non sans acheter auparavant une caisse de scotch. Son idée ? Immortaliser le bureau d’Einstein tel qu’il l’a laissé avant sa rupture d’anévrisme. Et en photographe chevronné, il sait que l’alcool peut délier les langues et lui ouvrir des portes… Après avoir photographié le « saint des saints », Morse retourne en début d’après-midi à l’hôpital d’où il voit sortir le cercueil du célèbre défunt. L’enterrement est imminent. Il se rend au cimetière de Princeton mais fait chou blanc. En échange de ses dernières bouteilles de scotch, les fossoyeurs lui apprennent que le corps se trouve au crématorium de Trenton. Quinze minutes plus tard, le voici au cimetière de Trenton, attendant le convoi funéraire. Quand celui-ci arrive, Morse est le seul journaliste présent. Il sait qu’il tient un scoop. En fin de journée, il file donc avec son précieux film à Manhattan où se trouvent les bureaux de Life. Et là, c’est la douche froide. Entretemps, le fils d’Albert Einstein, qui avait échangé quelques mots avec le photographe au cimetière, a appelé le magazine pour demander que la vie privée de sa famille soit respectée et qu’aucune photo ne soit diffusée. Il faudra attendre un demi-siècle pour que soit enfin publié le reportage de cette folle journée.
 

Le Prix HSBC pour la Photographie 2021 a été décerné à Aassmaa Akannouch et Cyrus Cornut (portfolio de notre n°428) pour deux séries d’images qui, avec des moyens et dans des styles très différents, explorent la mémoire des lieux. Sylvie Hugues, conseillère artistique de cette 26e édition, présente et défend les choix de son jury.


Tous les jeudis jusqu’au 15 avril, le pôle de photographie Stimultania propose un jeu-concours sous forme de défis photographiques à relever. Évidemment, ça nous rappelle quelque chose, mais oserait-on vous proposer des intitulés du genre « Équipement hors-service, en maintenance » ou  « Symbole d’été en pleine grisaille » ? Allez savoir…


Magnum Photos vient d’annoncer le renvoi définitif de David Alan Harvey. Une première dans l’histoire de l’agence. Pour comprendre les tenants et aboutissants de l’affaire, on vous conseille de lire ce texte (écrit avant l’annonce et traduit en français par le collectif La Part des Femmes) dans lequel Benjamin Chesterton interpelle Olivia Arthur, présidente de Magnum, sur sa gestion du cas Harvey et, au-delà, sur les nombreuses photos attentant aux droits des mineurs mises en vente par l’agence. Une gestion que Chesterton juge plus que problématique : « Si quelqu’un qui lit ceci se demande encore pourquoi tant de photographes veulent photographier des enfants maltraités, c’est parce que votre agence Magnum a rendu la pratique rentable. Vous la valorisez. Et vous avez l’habitude d’encourager les autres à le faire. »


Les Chinois et le train, une longue histoire brillamment illustrée par Wang Fuchun, dont L’Œil de la Photographie vient de nous apprendre la disparition à l’âge de 79 ans (ne tardez pas à cliquer sur le lien, d’ici quelques jours il ne sera accessible qu’aux abonnés de L’ŒdP).


L’ACTU EN CHIFFRES

2
C’est le nombre de photos qu’il faut à Ugur Gallenkus pour créer des collages montrant l’absurdité/la folie/la bêtise (au choix) du monde dans lequel nous vivons.
 
2,5
C’est le temps, en secondes, que nous, humains, avons passé sur Terre si on considère que celle-ci existe depuis 24 heures — et c’est aussi le titre de la série écolo-militante d’Anya Anti.
 
4
C’est, en années, la peine d’emprisonnement infligée à Supakorn Pinijbuth pour avoir photoshoppé des images du roi de Thaïlande.
 
 
24
C’est l’âge qu’avait Guy Burniaux (dont on a appris le décès la semaine dernière) sur cette photo emblématique de la lutte des ouvriers du Joint français.
 
33
C’est le nombre d’invités de la 11e édition de « Circulation(s) », festival de la jeune photographie européenne qui démarre en ligne en attendant la réouverture du Centquatre.
 
163
C’est le nombre de panneaux publicitaires réquisitionnés par la mairie de Limoges pour y afficher les œuvres photographiques de Nicolas Gaillard et Matériel Brouilleur (l’expo est terminée, mais l’initiative est à saluer).
 
602
C’est le nombre (mérité) de « pouces levés » obtenu par cet article exhaustif sur les appareils photo produits en ex-URSS. Avis aux iconomécanophiles (de préférence anglophones) !
 
1913
C’est l’année de naissance de la lignée des BALB/c (ne cliquez pas si vous êtes musophobe).
 
 
3745
C’est le nombre de masques photographiés pour réaliser cette vidéo hypnotisante (mettez le son pour en profiter pleinement).
 
 
4233
C’est le numéro de la ferme des parents de Tomas Wütrich, photographe suisse qui a documenté la cessation d’activité de leur exploitation au tournant des année 2000.
 
6000
C’est l’objectif, en euros, de la campagne de financement lancée par Antoine Vincens de Tapol autour de son projet d’exposition-installation « Les Odysséens ».
 
48 629
C’est le nombre de caractères de cette étude très très très détaillée sur le rendu des verticales dans les photos d’architecture ou dans les photos d’objets.
 
1 200 000
C’est la somme, en roupies, qu’a gagné Purushothaman Sathish Kumar, récent lauréat du Serendipty Arles Grant.
 
5 933 875
C’est le résultat, en euros, de la vente chez Christie’s d’un ensemble d’œuvres signées par Man Ray et quelques autres surréalistes.
 

Quand on sait que beaucoup de photographes naturalistes ont débuté en tirant le portrait des oiseaux à la mangeoire, on est en en droit de se demander si Bird Buddy ne va pas tuer dans l’œuf des carrières. Cette mangeoire connectée conçue par une équipe slovène rencontre en tout cas un succès incroyable, puisque sa campagne de financement (sur Indiegogo) a permis de récolter plus de 5 millions d’euros. Bird Buddy intègre un système de prise de vue qui, une fois connectée à une application mobile, assure l’identification des visiteurs à plumes (c’est du moins la promesse des créateurs).


Il y a 10 ans, la Syrie entrait en guerre et Fukushima connaissait une catastrophe nucléaire. Deux événements majeurs que les journalistes et artistes locaux racontent de l’intérieur ou tentent d’illustrer comme ils peuvent.


Le Conseil d’État ayant interdit aux journalistes de couvrir les évacuations des camps de migrants, cela fait de Pedro Brito Da Fonseca un hors-la-loi et de nous des complices lorsqu’on vous invite à cliquer sur ce lien.

 

« Clique clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.
Photo d’ouverture : capture d’écran du site de Life