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Clique clac #196

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Sorti en 2004, le documentaire d’Huber Sauper Le Cauchemar de Darwin avait remporté une pluie d’éloges et de prix mais suscité également de nombreuses critiques, d’aucuns reprochant au cinéaste autrichien des arrangements avec la vérité. Frédéric Noy était de ceux-là. En réaction, le photographe est donc parti en Tanzanie pour accomplir un travail documentaire autour du lac Victoria. Un « projet à tiroirs » qui l’occupera plus d’une décennie et le conduira dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est : « À chaque fois que j’abordais un aspect, je me rendais compte qu’il était relié à un autre. » Ce qui aurait pu être un problème pour un reporter lié à un média ou à des commandes ne l’est pas pour cet autodidacte adepte du « slow journalisme » qui met l’humain au cœur de ses reportages. Une conception du métier payante sur le long terme (il a été récompensé à Visa pour l’Image et au World Press Photo), sur laquelle il est revenu dans une passionnante interview donnée à Retour aux sources. Dont on retient, parmi d’autres, cette phrase : « Je pense que c’est important de s’adresser à l’émotion des gens. On les hèle par leur cœur et on parle ensuite à leur cerveau. »

À l’heure de la réouverture des galeries, musées et bâtiments patrimoniaux, un petit rappel des règles à respecter lorsqu’on est photographe. Et attention aux excès !


Fleuron des courses hippiques américaines, le Kentucky Derby ne dure en moyenne que deux minutes mais demande des jours de préparation aux photographes qui le couvrent. Pas question de se louper ! Pour mettre toutes les chances de leurs côtés, Jeff Roberson et son équipe ont installé le long de la piste non pas un, non pas deux, non pas trois, non pas quatre, non pas cinq, non pas six, non pas sept, non pas huit, non pas neuf, non pas dix, non pas onze, non pas douze, non pas treize, non pas quatorze, non pas quinze, mais seize (!) boîtiers télécommandés. Un travail de précision qui méritait bien un billet de blog sur le site d’Associated Press.


Photographe du genre « cocheuse », Jocelyn Anderson a immortalisé nombre d’oiseaux dans le ciel du Michigan et assisté à quelques scènes originales. Rien cependant qui ne rivalise avec cette image d’un balbuzard pêcheur et de son passager clandestin. Le carouge à épaulettes passe ici pour le flemmard ultime. Il n’en est rien. Comme nous l’apprend la photographe, sa manœuvre a pour but de défendre, bec et ongles, son nid contre l’importun balbuzard.


Mystère des connexions cérébrales, quand on a appris en début de semaine la mort du chanteur Nicolas Ker, ce n’est pas de la musique qui nous est venue en tête mais une photo, celle qui orne la couverture de Images of Sigrid, le second album de son groupe Poni Hoax. Il nous aura fallu un peu plus de temps pour retrouver le nom du photographe : Brian Finke. La photo de ces lycéennes extatiques est issue d’un travail plus large sur les cheerleaders et les joueurs de football américain, réalisé en 2004 et paru aux éditions Quadriga sous le titre 2468. Une série parmi d’autres dans le parcours de ce quadragénaire qui, confiné dans son appartement new-yorkais, avait répondu il y a un an aux questions de Mathieu Allouch. (Bonus : le lien Bandcamp vers Images of Sigrid)


10 RAISONS DE SE RÉJOUIR ET/OU DE SOURIRE

• Roselyne Bachelot débloque 5,5 millions d’euros (sur deux ans) pour la création d’une « Grande commande photographique ».
• Une Histoire mondiale des femmes photographes a reçu le prix des libraires « J’aime les livres d’art »
• La photo pour les truffes : quand une appli vient au secours des chiens perdus.
• Juste pour le plaisir des yeux : Brad Walls et ses « Water geomaids ».
• L’équipe de Cinq26 a lancé The Darkroom Rumour, un webzine audiovisuel proposant, sur abonnement, documentaires, interviews et productions maison autour de la photographie. Et vous avez déjà cinq numéros à rattraper.
• L’association Analog Sport, qui mêle insertion sociale et photographie argentique, a remporté le prix Talents 2024.
• Peut-on faire une brillante carrière malgré un handicap ? Oui, répond Sylvie Lancrenon
• Dans un noir et blanc soigné, Chris Gibbs documente depuis dix ans la vie d’Allen Lau, aspirant musher en Alaska.
• Apaiser les patients grâce à la photographie, tel est le projet de l’association « Détente pendant l’attente ».
• La campagne de financement du livre hors norme (à tous points de vue…) de Tony Crocetta et Marcello Pettineo a démarré sur les chapeaux de roue.

Dans le monde policé des maisons d’édition photo, Pierre Bessard fait figure d’iconoclaste. Il ne fonctionne qu’au coup de cœur, ne regarde pas à la dépense, ne fait pas appel à la souscription, sélectionne les librairies qui méritent de vendre ses livres et connaît depuis dix ans un succès qui ne se dément pas. Et, évidemment, il n’a pas la langue dans sa poche.


Vous êtes étudiant ou étudiante en photographie et vous souhaitez présenter vos images à Paris Photo ? C’est possible.


À l’occasion d’une récente exposition, l’agence Roger-Viollet a exhumé un savoureux documentaire de 1981 dans lequel Hélène Roger-Viollet, accompagnée de son mari Jean-Victor Fischer, raconte comment est née l’agence qui porte son nom. Où l’on apprend, entre autres anecdotes, que c’est une photo de Jean Fischer en tenue de légionnaire qui aurait inspiré à Édith Piaf sa célèbre chanson. Le ton du documentaire mêle l’anodin et le pédagogique, mais on ne peut s’empêcher de le regarder avec les yeux d’aujourd’hui et de chercher dans les échanges entre les deux époux des indices de leur fin tragique quatre ans plus tard.


Heureux qui, comme Robert, a quitté sans vergogne
Les travaux de commande, Paris et ses rageux
Pour trouver en région un nouveau terrain de jeux
Où pêcher les images au bord de la Dordogne.

 
« Clique clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images. Photo d’ouverture : Lac Victoria, Tanzanie © Frédéric Noy