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Clique Clac #213

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Aussi gratifiants soient-ils, les « likes » et les pouces levés ne rapportent rien aux créateurs et créatrices. C’est ce que s’est dit Justin Aversano quand il a commencé à poster les images de sa série « Twin flames » sur Instagram et qu’il a vu grandir autour de ce travail un écho flatteur. Pour résumer, « Twin flames » consiste en une galerie de portraits de jumeaux réalisés pour la plupart aux États-Unis, mais également en Angleterre ou au Pérou. S’il est tourné vers les autres, ce projet a des ressorts intimes, puisque Justin Aversano a perdu sa sœur jumelle à la naissance. Pour autant, l’atmosphère qui baigne ses portraits n’a rien de pesant. Il les a voulus naturels, bienveillants. Ses modèles lui ont rendu cette bienveillance en donnant son contact à d’autres jumeaux, si bien que, par un effet domino, il a bouclé en quatorze mois les cent images qui composent la série (pour la petite histoire, il a même trouvé l’âme sœur durant ces séances photo). This is Paper en a fait une bonne sélection, mais vous pouvez voir « Twin flames » dans son intégralité (ainsi que ses déclinaisons polaroids) sur le site du photographe. Le 6 octobre dernier, vous pouviez même acheter la collection complète lors d’une mise aux enchères organisée par Christie’s. Désolé de vous prévenir après la bataille, mais de toute façon on n’est pas sûr que vous auriez pu vous aligner sur la somme finale : 1.110.000 $, soit dix fois l’estimation de départ. Pour cette somme rondelette, le discret acquéreur (Snoop Dogg ?) dispose des cent portraits sous leur forme physique mais aussi d’un portrait des sœurs Safarani sous la forme d’un NFT (une première pour Christie’s). Justin Aversano surfe-t-il sur l’air de temps ? Pas vraiment. Il a compris il y a déjà plusieurs mois l’intérêt que présentait pour lui et pour ses pairs l’économie générée par les « jetons non fongibles » : « Avant les NFT, qu’est-ce qu’on faisait de nos photographies ? On les postait. Et pourquoi les postait-on ? Pour obtenir des likes, des commentaires, pour montrer notre merde. Mais ça ne nous rapportait rien, à part peut-être des commandes et quelques achats ponctuels. Pour moi, les NFT redonnent le pouvoir aux créateurs parce qu’ils confisquent le pouvoir aux entreprises qui utilisent nos images à des fins publicitaires, qui exploitent nos données et font de l’argent avec. » Cette citation est issue d’une interview donnée à NFT Now par le photographe où celui-ci explique aussi comment les bitcoins que lui rapportent ses ventes sont redistribués à sa communauté. Une autre idée du ruissellement…


Comme le Visa d’Or il y a quelques semaines, le Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre a récompensé, dans la catégorie « photo », le travail réalisé par un photographe birman préférant rester anonyme. Son reportage, publié dans le New York Times, montre de l’intérieur les manifestations pro-démocratie qui ont suivi le coup d’état de février dernier au Myanmar. Les expositions présentées dans le cadre du Prix Bayeux-Calvados (dont celle du président du jury, Manoocher Deghati) sont visibles jusqu’à la fin du mois d’octobre.


Tous les ans, DesignCrowd organise un concours photo où toutes les retouches numériques sont permises et même encouragées. Le palmarès de la nouvelle édition, placée sous le signe des « croisements d’espèces animales », est assez louphoque.


À celles et ceux qui lui demandaient quelle était l’inspiration de la pochette de Jane Doe, album sorti en 2001, le leader du groupe Converge avait toujours répondu qu’il s’agissait d’une création pure. Jusqu’au jour où...


Qui ne s’est jamais cassé les dents sur le mode d’emploi en anglais d’un appareil photo ou, simplement, sur un terme technique employé dans un article, dans la recette d’un procédé ancien ou dans les menus d’un logiciel ? Grâce au dictionnaire concocté par Michel Rohan, les « grayscale ramp », « easel », « trim » ou « grain magnifier » n’auront plus de secrets pour vous.


Quand on parle des photos de Lee Miller, on ne sait jamais s’il s’agit de celles où elle a servi de modèle ou bien de celles qu’elle a prises, car de ses collaborations avec Man Ray à sa couverture de la libération des camps de Buchenwald et Dachau, l’Américaine a eu plusieurs vies. Combien ? C’est justement la question que pose cet épisode de « Sans oser le demander ».


À PART ÇA…

• Cock-a-doodle doo ! Pour la première fois* depuis la création du Wildlife Photographer of the Year, un Français remporte le Grand Prix toutes catégories. Félicitations à Laurent Ballesta et, bien sûr, aux autres lauréats.
• On a appris cette semaine la disparition de Satoshi Saïkuza. Ce documentaire de 2015 est un bon point d’entrée dans son univers.
• L’historique Galerie Agathe Gaillard, devenue Galerie Rouge en 2020, a trouvé sa nouvelle directrice.
• Comment dit-on plagiat en italien ? On ne sait pas, mais vu la piteuse copie qu’il a présentée, Andrea Sacchetti a encore du chemin à faire avant d’égaler Aida Muluneh.
• Le Centre d’art contemporain de Saint-Restitut (Drome) a eu la bonne idée de donner carte blanche à Jérôme Delay. Une expo à voir jusqu’au 26 décembre.
• Aline Deschamps, Yann Arthus-Bertrand ou Nikos Aliagas sont au programme des Canon Live Stories, événement en ligne qui se déroulera les 15 et 16 octobre (inscriptions ici).
• Émilien le précurseur, André l’autodidacte, Gilbert l’héritier : sur trois générations les Albany ont raconté la Réunion.
• La Bourse du W. Eugene Smith Memorial a dévoilé ses récipiendaires pour l’année 2021.
• L’essentiel du droit d’auteur en 20 conseils. Merci qui ? Merci l’ADAGP.
• « Qui ne saute pas », drôle de titre pour une expo autour du foot… mais au moins a-t-on échappé à « Qui êtes-vous putain ! », autre refrain de supporters.


La chanson de cette semaine mérite une petite introduction. Elle est l’œuvre de l’humoriste américain Bo Burnham et se moque gentiment des influenceuses d’Instagram qui ne brillent pas par leur originalité quand elles postent des images. En quatre minutes musicalement bien troussées, tous les clichés du genre défilent : les marguerites sur les yeux, les contorsions aguicheuses, l’ambiance cocooning, le selfie pseudo-engagé, etc.

 

Fresh fallen snow on the ground
A golden retriever in a flower crown
Is this heaven?
Or is it just a
White woman
A white woman’s Instagram 

« Clique clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.
Photo d’ouverture : capture d’écran du site de Christie’s
*si l’on en croit la fiche Wikipedia relative au concours qui, il est vrai, ne remonte que jusqu’à 1984