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Clique Clac #215

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Stefan Meyer a passé l’année 2015 à photographier, au rythme d’un portrait quotidien, les personnes qu’il croisait dans le canton de Berne où il résidait. L’idée de ce projet, intitulé « Your portrait a day », lui avait été inspirée par un voyage autour de monde durant lequel il s’était rendu compte que, sous d’autres latitudes, les gens communiquaient davantage entre eux. Revenu en Suisse, il comptait sur la photographie pour rompre la glace avec ses semblables. Il tint son pari et les 365 photos sont visibles ici. L’histoire pourrait s’arrêter là, sauf que pendant son périple autour du monde Stefan Meyer a croisé la route de Jean-Marie Poirier, un Vendéen à qui il a instillé le goût de la photographie et qui, l’heure de la retraite arrivée, a décidé de poster à son tour, chaque jour, une photo d’une personne rencontrée au hasard de la vie. La série, à suivre ici, doit s’achever le 1er juillet 2022.

Décernés coup sur coup, les Grands Prix des Sienna Awards et des Uganda Press Photo Awards nous rappellent que la photographie de reportage peut être autre chose qu’une machine à broyer du noir. Voyez les sourires de Munzir et de son fils Mustapha immortalisés par Mehmet Aslan. Le père a perdu sa jambe lors d’un bombardement d’Idlib, en Syrie. Son fils est né sans membres inférieurs ou supérieurs en raison de la tétra-amélie, une maladie congénitale causée par les médicaments que sa mère Zeynep a dû prendre après avoir été malade à cause du gaz neurotoxique libéré pendant la guerre en Syrie. Et pourtant ils rayonnent. De son côté, Joseph Muhumuza a photographié un groupe de femmes tamisant des restes de balles de riz devant un moulin à Mbale, dans l’est de l’Ouganda, à la recherche de grains oubliés qui n’ont pas été ramassés. En tamisant à nouveau la paille du moulin, les femmes récoltent suffisamment de riz pour nourrir leur famille. C’est pas rose, d’accord, mais on sait gré aux photographes de ne pas avoir succombé à la tentation du traitement misérabiliste.


La semaine dernière sur 9 Lives, la directrice de Stimultania Céline Duval dénonçait les réactions de rejet suscitées par certains accrochages de sa galerie : « Avant même que l’exposition Au bout des fusils n’ait été accrochée, certains partenaires déjà se désengageaient. Ils n’avaient vu aucune image, n’avaient lu aucun texte de l’auteur ; le sujet seul les effrayait. » À ce compte-là autant bannir des cimaises les reportages sur les corridas… à moins qu’elles se déroulent au Texas, un État où, nous apprend Katie Hayes Luke, la mise à mort du taureau est interdite.


Dans sa dernière série, « Mémoire de paysages », Pierre Châtel-Innocenti (dont vous avez pu découvrir le travail dans le n°420 de Chasseur d’Images) essaie de traduire le sehnsucht, « ce sentiment mélancolique d’incomplétude et d’imperfection » que lui inspire la vue de certains lieux. Une forme de nostalgie pour un paradis perdu en même temps qu’une quête des origines, recomposée à l’aide des outils numériques. Ça n’est sans doute donc pas un hasard si le photographe expose actuellement ce travail à Saint-Pierre et Miquelon, petit archipel qui l’a vu naître il y a 39 ans.


Le CNRS a dévoilé les 20 finalistes de la « Preuve par l’image » : des scènes impressionnantes, des clichés impressionnistes et des paréidolies en veux-tu en voilà. Cliquez sur chacune des images pour savoir ce qu’elles représentent et dans quelles circonstances elles ont été réalisées. Prenez ensuite quelques minutes pour participer au vote du public (attention, clôture du scrutin le 31 octobre). Et si vous en voulez encore, tournez-vous vers l’AFCAS, l’organisme canadien à qui l’on doit l’idée de ce concours de vulgarisation scientifique par l’image. Les lauréats de son édition 2021 valent aussi le détour.


Pour la journée mondiale de la maladie d’Alzheimer, le British Journal of Photography a eu la bonne idée de ressortir un sujet réalisé par la Suédoise Maja Daniels à la fin des années 2000 dans un service gériatrique français. Qu’y voit-on ? Pas grand-chose, des patients qui se relaient devant des portes à battants et hublots, désespérément closes. Cette simplicité formelle fait la force de la série « Into oblivion » et lui donne une portée universelle : « Dès la première image, j’ai tout de suite pensé, oui, c’est ça. J’avais trouvé le moyen de raconter une histoire. » Une histoire qui occupera quand même trois ans de la vie de la photographe, temps nécessaire pour être acceptée par les malades et par leurs proches.


« J’ai choisi de porter le hijab, cela ne fait de moi ni une femme ignorante, ni une femme soumise. Nous imposer d’enlever le voile au nom de notre liberté comme parfois en Occident, ne vaut pas mieux que de nous imposer de le porter, comme dans certains pays d’Orient. Le problème est toujours le même : des hommes nous expliquent comment nous habiller. Ne sommes-nous pas libres de choisir par nous-mêmes ? » Quand « La photo du lundi » de 6 Mois rebondit sur l’actualité.


CLIQUE CLAC EXPRESS

• Le prochain livre d’Estelle Lagarde sera consacré à son amie et modèle Hélène Muyal-Leiris, disparue lors des attentats du Bataclan.
• Si vous l’avez raté, le doodle du 25 octobre a mis à l’honneur Claude Cahun.
• Suivons Alicia Vera à Tamazulapam, petite ville du Mexique qui le temps d’un tournoi mêlant les âges, les origines, les genres devient la Mecque du basket ball.
• Marre d’utiliser une torche pour vos lightpaintings ? Faites comme Will Ferguson, utilisez un drone !
• L’appel à candidatures concernant la commande photographique du ministère de la Culture destinée aux photojournalistes est officiellement ouvert (chacun des 100 lauréats recevra 22000 € pour effectuer sa commande).
• C’est désormais acté : le nom Olympus est remplacé par OM System.
• « Chaotique, coloré, bondé. Hong Kong est un paradis pour les photographes. » (Victor Cheng)
• Daguerréofans, la Daguerreobase est faite pour vous ! Certes le site est inactif depuis 2015, mais le contenu est suffisamment dense pour occuper quelques soirées.
• Quand Myr Muratet montre le côté sombre de la Ville Lumière.
• Comme l’an passé, Louis Lumière proposera une journée portes ouvertes en ligne (sur la page Facebook de l’école le 27 novembre).
• Rich McCor aka Paperboyo, champion du monde de « pierre, papier, ciseau ».
• Les portraits de Pauline Petit s’affichent en Une du nouveau numéro de Profession Photographe et sur le site de L’Illustré.
• Ce week-end on passe à l’heure d’hiver. Si vous êtes du côté de Deauville, profitez-en pour participer au concours photo La 25e Heure.
 

 

 
« Clique clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.
Photo d’ouverture : capture d’écran du site Pose Vagabonde