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Clique Clac #218

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Contrairement à ce que suggère l’expression, l’œil du lynx n’est pas plus perçant que celui d’un autre matou (pour la véritable origine, voir ici). En revanche, l’animal a pour lui une discrétion naturelle qui complique son observation et, plus encore, sa photographie. D’ailleurs, chaque rencontre est décrite dans la presse d’ici et d’ailleurs avec force points d’exclamation et superlatifs, qu’elle se soit déroulée dans le Jura suisse, dans le Doubs, en Wallonnie, dans la Sierra Morena ou en Californie. Quels qualificatifs employer alors pour rendre justice au travail accompli depuis dix ans par Laurent Geslin ? Depuis qu’il s’est installé dans le Jura, l’entêté Breton multiplie les sorties et les piégeages photo pour tirer le portrait du loup-cervier. Avec un certain succès puisqu’il a déjà élaboré deux livres autour de cette quête. Un troisième vient même de voir le jour aux éditions Salamandre. Simplement intitulé Lynx, il fait office de bande-annonce « papier » au documentaire qu’a réalisé Laurent Geslin et qui sortira en salles le 19 janvier prochain. « En voyant le film, disait récemment le photographe, les gens ne vont probablement pas saisir le nombre de fois où je suis sorti sans voir le lynx. Je le vois sept ou huit fois par an en moyenne. C’est peu, surtout par rapport au temps passé dehors. » Peut-être aussi en oublieront-ils que le lynx boréal est en voie de disparition et qu’un plan national en faveur de sa protection vient d’être lancé.


Parce qu’on n’est jamais trop informé sur le sujet, l’IFAW (Fonds international pour la protection des animaux) a élaboré, en collaboration avec Tamron, une Charte du photographe animalier, qui doit à la fois servir de rappel des règles de base aux photographes quant à leurs interactions avec les animaux, et d’outil de sensibilisation du grand public sur les questions d’environnement et de bien-être animal. Cette initiative fera l’objet d’une conférence le 21 novembre, de 10h à 11h, dans le cadre du Festival de Montier. Festival où, bien évidemment, toute l’équipe de Nat’Images vous attend !


Entre la peinture et la photographie Jim Naughten n’a pas choisi. Sa dernière série, « Eremozoic », se compose de tableaux naturalistes qui évoquent les dioramas d’antan. Une altération de la réalité volontaire qui vise à montrer, sur fond de 6e extinction de masse, la déconnexion entre l’humanité et la nature.


Interro surprise : à qui doit-on le premier livre photo ? À Anna Atkins, botaniste britannique née en 1799 et qui, dès 1843 (un an donc avant le Pencil of Nature de Talbot), entama la publication de British Algae : Cyanotype Impressions, recueil de photogrammes réalisés selon la technique du cyanotype. On dit qu’il reste environ 15 exemplaires à peu près complets de cet herbier en 12 tomes. Pour la petite histoire, le Rijksmuseum d’Amsterdam en a acquis un en 2017 auprès d’un collectionneur privé contre la modique somme de 450 000 €. Mais vous pouvez feuilleter la version numérisée ici. Et si l’histoire des premiers livres photo vous intéresse, on vous conseille ce diaporama dynamique conçu par le musée Nicéphore Niépce.


Si National Geographic était un film de James Bond, Tom O’Brien serait Q. C’est à lui en effet que les photographes s’adressent quand ils ont besoin d’un dispositif de prise de vue particulier. Cet article passe en revue quelques-unes de ses inventions, du faux tétras sur rail au boîtier accroché à la paroi d’El Capitan.


Sous ses atours de beau livre, Il était une fois la nuit de Carole Reboul est d’abord et avant tout un plaidoyer pour l’obscurité. Enjeu de premier ordre puisque, selon l’ANPCEN, la quantité globale de lumière émise la nuit a augmenté de 94% (!) en vingt ans. Au micro de France Bleu Pays d’Auvergne, la photographe est revenue sur ce qui l’a poussée à explorer le monde nocturne et sur le plaisir qu’elle éprouve à écouter et observer les espèces sauvages tandis que nous dormons. La partie prise de vue n’étant pas abordée dans l’interview, on vous renvoie au dernier numéro de Nat’Images dans lequel Carole Reboul explique par le menu sa technique photographique.


Vous rêvez de visiter la Laponie ? En un clic c’est possible grâce à Virtual Lapland, Le réalisme de cette immersion est tel qu’il a conquis trois des plus réputés photographes finlandais et qu’un concours photo dans cette Laponie virtuelle a été lancé. En jeu : un séjour (pour de vrai) à Rovaniemi.


Omar Victor Diop a célébré ses dix ans d’activité en présentant à Paris Photo « Allegoria », nouvelle série d’autoportraits où il pose en boubou ou survêtement au milieu d’animaux sauvages : zèbres, rhinocéros et même kangourous ou ours polaires… d’aucuns crieront à l’aberration géographique, mais ce serait passer à côté du message de fond de ce travail, à savoir célébrer la beauté de la nature en insistant sur le fait que les menaces qui pèsent sur elle n’ont pas de frontières. Une évidence pour Omar Victor Diop : « Dans notre absurdité destructrice, nous les humains, nous poussons le vice jusqu’à territorialiser les problématiques. »


BRÈVES DE NATURE

• Clémence Guinard décrit les circonstances dans lesquelles elle a pris sa photo de « babouin ténor », sélectionnée parmi les finalistes des Comedy Wildlife Photography Awards.
Łukasz Gwiździel, quant à lui, raconte comment il a réalisé l’image de pic vert retenue au palmarès 2021 du Wildlife Photographer of the Year.
• Quand Wilfried Hien ne tient pas la basse au sein de Sangdragon, il chasse les orages.
• Près de Tcherski (en Yakoutie), Sergey Zimov et son fils Nikita ont créé une réserve naturelle pour ralentir le dégel du permafrost. Maxim Shemetov les a suivis.
• On connaissait les combats de coqs ou de chiens, grâce à Bradley Secker on connaît désormais les combats de chameaux.
• L’ami Ghislain Simard était récemment l’invité de « Faut pas pousser les ISO » pour parler bokeh (à 30’15).
• Et l’ami Stéphane Hette est au sommaire du nouveau numéro d’Openeye.
• La steppe d’Asie centrale est l’un des écosystèmes les plus vastes du monde et l’un des moins connus. Un paradoxe que réparent Valentin Nivet-Mazerolles, Maxime Loubon et Thomas Edward Martin dans leur dernier ouvrage.
• Jusqu’où peut-aller le réensauvagement ? Jusqu’en prison, nous dit Arnaud Théval qui imagine dans ce travail l’irruption de bêtes sauvages dans l’espace carcéral.
• Cinq épisodes ne sont pas de trop pour faire le tour de Yann Arthus-Bertrand, photographe, écologiste et documentariste.
• « Il doit y avoir une juste façon d’être les grands singes hyperactifs et hyper-créatifs que nous sommes sans mettre l’écosystème de la planète en danger.« 
 

 


« Clique clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.

Photo d’ouverture : capture d’écran issue de la bande-annonce de Lynx de Laurent Geslin