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Clique Clac #238

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Souvent présenté comme l’anti-Instagram, Blipfoto se différencie du mastodonte américain sur trois points : pas de selfie, des commentaires bienveillants et, surtout, une photo par jour maximum. L’équation idéale ? Peut-être… si vous aimez les fleurs et les chatons. Au fond, le contenu importe moins que l’histoire de ce réseau pas comme les autres, créé un jour d’octobre 2004 (soit six ans avant Instagram) par Joe Tree. Au départ, l’Écossais avait conçu ce site comme un défi personnel, une sorte de blog sur lequel il posterait chaque jour jusqu’à la fin de sa vie un cliché. L’idée a plu aux visiteurs qui ont voulu, à leur tour, prendre leur part à ce jeu quotidien. La communauté des « blipers » était née. Dans les années qui suivirent, Blipfoto grossit à tel point qu’il remporta un Bafta du meilleur site et se rapprocha de Polaroid pour tenter de conquérir l’Amérique. Mauvaise idée. Faute d’investissements à la hauteur des objectifs, Blipfoto fut mis en liquidation en 2015. Éternelle histoire de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf… sauf qu’ici la grenouille n’explose pas. Attachés à ce réseau, les membres de la communauté ont lancé un financement participatif pour racheter Blipfoto. Aujourd’hui le site appartient donc à ses utilisateurs et utilisatrices. Un réseau vraiment social donc.

Visible un peu partout dans Paris, l’affiche de « Femmes photographes de guerre », l’exposition actuellement présentée au Musée de la Libération, s’appuie sur un cliché réalisé en 1975 par Christine Spengler lors du bombardement de Phnom Penh. Un demi-siècle après les événements, la photojournaliste est revenue sur les circonstances de ce reportage et, plus généralement, sur l’influence qu’a eue Francisco de Goya sur son travail : « Cette photo à Phnom Penh, je l’ai prise en grand-angle. Goya, quand il peignait, il montrait tout ce qu’il se passait autour. Il y a toujours de l’espace en haut pour contextualiser. Chaque fois que je photographie, je pense à lui et je prends du recul. »


C’est en perdant la vie pour la 22e fois dans un jeu vidéo que Rafael Heygster s’est demandé dans quelle mesure cette expérience virtuelle avait à voir avec la réalité de la guerre. Ainsi a-t-il commencé un projet documentaire autour des parades militaires, des salons de vente d’armes, du paintball, etc., autant d’activités périphériques à la guerre qui, drapées dans leur banalité, tendent à rendre la mort abstraite… jusqu’à ce qu’elle frappe « pour de vrai ».
Le travail de Rafael Heygster est à voir en ce moment au Centquatre-Paris, tout comme l’étonnant « Shifters », projet de la plasticienne polonaise Marta Bogdańska qui explore l’histoire militaire du point de vue animal (où l’on apprend que le premier chat espion a été écrasé par un taxi new-yorkais).


Chapeaux en suspension, mosaïques colorées au milieu du désert, ribambelles de ballons sortis de nulle part… Quand on voit les photos-performances de Scarlett Hooft Graafland, on se demande toujours dans quelle mesure elles font appel aux outils de retouche numériques. Cette vidéo donne un embryon de réponse.


LE SAVIEZ-VOUS ?

• Laurent Ballesta a reversé les 10000 £ gagnées au Wildlife Photographer of the Year à la commune de Fakarava.
• En 1942, Dorothea Lange a documenté les camps d’internement de Japonais pour le compte du gouvernement américain.
• Avril est le mois de la photo instantanée.
• Cinq des principales institutions photographiques suisses sont dirigées par des femmes. Parmi elles, Danaé Panchaud, depuis peu à la tête du Centre de la Photographie de Genève.
• Sebastian Volmer a réussi à photographier depuis le sol deux astronautes de l’ISS en sortie extra-véhiculaire.
• Xavier Lambours a incarné Reivax, antihéros mi-Batman mi-Nosferatu, pour un roman-photo.
• Depuis 1991, un pays de la Corne de l’Afrique tente de faire reconnaître son indépendance.
• Yannick Jadot a fait appel au photographe de Dr Dre et Nicki Minaj pour son affiche de campagne.
• Aux États-Unis on ne plaisante pas avec Elvis.
• Comme les chiens et les chats, les gorilles et les chimpanzés peuvent, dans certaines circonstances, fraterniser.

« Je n’ai pas voulu aller en Ukraine, ni faire partie de la masse de journalistes qui y sont présents. Je crois qu’il faut savoir accepter de ne plus avoir sa place dans certains endroits, et je n’ai plus envie de m’abîmer pour quelque chose qui me dépasse. A vrai dire, je ne suis plus attiré par cette grammaire photographique sensationnaliste du conflit, et j’ai l’impression qu’on consomme le conflit, plus qu’on ne le pense. Moi, je cherche plutôt à interpeller le public et à l’emmener dans une réflexion. » Stephen Dock. À écouter en longueur ici, interviewé par des élèves du lycée Jacques Decour.


EN (très) BREF : QUELQUES BOURSES & APPELS

• Festival 9PH, Lyon (date limite : 7 avril)
• Prix Viviane Esders (15 avril)
• Résidence Le Champ des Impossibles, dans le Perche (15 avril)
• Festival MAP Toulouse (15 avril)
• Prix Caritas Photo sociale (17 avril)
• Résidence « Terre & Territoires », en Petite Beauce (18 avril)
• Bourse Laurent Troude (29 avril)
• Prix Virginia (7 mai)
• Bourse Canon de la femme photojournaliste (17 mai)
• Prix Camille Lepage (19 mai)
 

Dans son tout dernier album, Study of the Invisible, la pianiste Vanessa Wagner interprète une pièce composée en 2012 par Caroline Shaw et ayant pour titre « Gustave Le Gray ». Que vient faire ici le pionnier de la photographie, notamment connu pour ses marines ? La compositrice américaine s’en est expliquée dans une interview donnée en 2015 à New Music Box : « Il était célèbre pour avoir développé une technique permettant de représenter les nuages sur une photographie. C’est une idée assez simple. Mais il y avait quelque chose dans l’idée de créer une image fixe et de la regarder se développer lentement qui semblait approprié pour un titre. » Le fait que Gustave Le Gray soit contemporain de Chopin, dont la Mazurka op. 14 en la mineur a inspiré Caroline Shaw, a aussi influencé ce choix. Mais trêve de blabla, écoutez plutôt…

 

« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.