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Clique Clac #245

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C’est un drôle d’anniversaire que célèbre cette semaine BuzzFeed, celui d’une séance photo impliquant des sportifs américains qui a beaucoup fait jaser outre-Atlantique mais dont vous n’avez sans doute jamais entendu parler si vous n’êtes pas fan de foot. L’histoire nous ramène en 2002 dans les semaines précédant la coupe du monde coorganisée par le Japon et la Corée du Sud. Pour illustrer un article sur la Team USA, alors en pleine préparation, le New York Times fait appel à Matthias Vriens, photographe néerlandais qui s’est fait un nom dans le milieu de la mode. Conscient du peu d’intérêt des Américains pour le soccer, le journal lui donne une seule consigne : « Fais en sorte que l’équipe ait l’air sexy ». Le photographe ne se fait pas prier : chemises ouvertes, regards langoureux, poses suggestives… il transforme le onze américain en boys band. Dès leur publication, les images deviennent virales et suscitent de la gêne chez les principaux protagonistes et des rires du côté du public, voire des commentaires aux relents homophobes. L’émoi aurait pu durer le temps d’un été, mais il a perduré et les joueurs aujourd’hui retraités continuent de se faire charrier à ce sujet. De son côté, Matthias Vriens s’étonne qu’on lui parle encore de cette bien innocente séance vingt ans après. Cette insistance serait, selon lui, révélatrice du puritanisme américain. Pour appuyer son hypothèse, il cite en exemple les rugbymen français qu’il photographiait à la même époque (et dans le plus simple appareil) pour le calendrier des Dieux du Stade : « Les joueurs français se sentaient tout à fait à l’aise pendant les séances photo, valsant sur le plateau avec leurs parties génitales à l’air et plus que désireux de se lécher les lèvres ou de courber le dos afin de mettre en valeur leurs corps musclés. »

La 3e édition du Parlement de la photographie, qui se tiendra les 7 et 8 juin au Palais de Tokyo, promet des tables rondes et conférences passionnantes… auxquelles vous pourrez assister de façon virtuelle en vous inscrivant sur le site dédié à l’événement.


Émilie Brout et Maxime Marion ont érigé le photobombage, cette pratique consistant à s’incruster sur les photos des autres, au rang de performance artistique, s’invitant dans le cadrage photo de touristes en goguette puis traquant sur les réseaux sociaux les clichés en question. Le duo, qui a rassemblé ses exploits sur le site Ghosts of your souvenir, a répondu à quelques questions de Federica Chiocchetti. Une interview où ils nous apprennent qu’un tel projet serait aujourd’hui impossible : « [En 2014-2015], les outils offerts par les médias sociaux étaient alors plus ouverts, permettant par exemple de filtrer des images en fonction de coordonnées de géolocalisation extrêmement précises. »


« Je n’ai pas de problème avec l’agence Bestimage. Elle remplit les pages des magazines people et c’est très bien comme ça. Là où ça devient problématique, c’est quand un pouvoir élu et républicain utilise ce service. » Confidences d’un vieux routard de la photo politique : Jean-Claude Coutausse.


Diffusée entre 1985 et 1991 sur ABC, A&E et Travel Channel, l’émission américaine « World of Photography » proposait chaque semaine pendant une demi-heure d’explorer un domaine de la prise de vue à travers le regard d’un ou d’une photographe (le portrait avec Annie Leibovitz, l’animalier avec Roy Morsh, le sport avec Audrey C. Tiernan, etc.). Une chaîne YouTube a été créée qui regroupe 200 vidéos issues de l’émission.


DANS LES ARCHIVES DE L’INA

• 1er septembre 1991 : quand les tout jeunes membres de Blur prenaient la pose pour Rapido.
• 1er avril 1988 : quand la galerie Chomette nous faisait découvrir l’illustre P.M. Hoblargan.
• 8 décembre 1963 : incursion dans le joyeux service photo de la RTF.
• 14 février 1995 : écoutez, le petit oiseau va parler.
• 2 juin 1990 : quand Frank Horvat se prêtait à l’interview pinceau des « Lunettes noires pour nuits blanches ».
• 3 novembre 1963 : premières paparazzades, et déjà « on ne sait plus très bien s’il s’agit d’indiscrétion ou de publicité ».
• 13 mars 1998 : l’enseigne Tati, alors au faîte de sa gloire, photographiée par William Klein et consorts.
• 1er janvier 2015 : Jacques a dit : « Explique-moi la bascule de l’argentique au numérique en moins de six minutes et en glissant un peu d’humour ».
 

Il n’est pas impossible qu’on ait déjà parlé ici d’Emilio Morenatti, mais la trajectoire de ce photojournaliste est telle qu’elle mérite qu’on y revienne. Au-delà de son talent, qui lui a valu maintes publications et récompenses (World Press Photo en 2008, Prix Lucas Dolega en 2012, Prix Pulitzer en 2021), c’est l’humilité et la capacité de rebond de l’Espagnol qui impressionnent. Kidnappé lors d’un reportage à Gaza en 2005, mutilé par une bombe en 2009 alors qu’il couvrait la guerre en Afghanistan, il a continué à faire son travail pour Associated Press tout en accordant plus d’attention à ses compagnons d’infortune, tous ces civils ou militaires que la guerre a physiquement cassés. Preuve en est ce récent reportage réalisé dans les hôpitaux de Lviv et Kiev. Preuve en est aussi cette vidéo postée sur le blog d’AP.


Parce qu’on maîtrise mal le sujet, on peine à mettre des mots sur l’effet que produisent sur nous les images venues de l’espace. Faute de mieux, on se limite à « c’est loin, mais c’est beau ». Heureusement qu’il existe des Bethany Downer, des Mahdi Zamani ou des Owen Higgins pour expliquer et faire vivre les photos rapportées par le télescope spatial Hubble.


Il y a 127 ans pile naissait Dorothea Lange, pionnière de la photographie documentaire connue pour son travail sur les conséquences de la Grande Dépression sur les populations vivant dans le sud des États-Unis. Sa photo la plus célèbre a inspiré au groupe de metal progressif Protest the Hero un morceau dans lequel le chanteur/narrateur se met dans la peau de Florence Owens Thompson, la fameuse « Migrant mother ».

 

« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images. Photo d’ouverture : Pablo Mastroeni, milieu défensif, 2002 © Matthias Vriens
 

Post-Scriptum

De 2016 et 2019, Laurent Elie Badessi a réalisé un travail photographique sur le culte des armes à feu chez les jeunes Américains. Il en a fait un livre, Age of innocence, édité fin 2019 chez Images Plurielles, dont nous reproduisons ici la chronique publiée dans le n°420 de Chasseur d’Images.
 

Selon que l’on habite de l’un ou l’autre côté de l’Atlantique, on percevra différemment le travail de Laurent Elie Badessi, photographe franco-américain qui dans cette série de 60 portraits explore, sans la juger, la fascination de la jeunesse états-unienne pour les armes à feu. Lointains cousins de B.J. Van Fleet, teenager posant avec sa carabine en 1982 devant l’objectif de Richard Avedon, Connor, Dylan ou Waverly brandissent, qui sa Winchester, qui son revolver, qui son pistolet à eau, le plus souvent en accompagnant ce geste d’un sourire… désarmant. En regard de chaque portrait, le jeune modèle est caractérisé par son âge, l’état où il réside et sa réponse à cette question: “Qu’est-ce qui te plaît dans les armes à feu?” Chasser, se protéger, parader arrivent en tête des arguments, mais certains disent aussi leur haine des armes. Un paradoxe qu’éclairent l’avant-propos du photographe et l’introduction de la sociologue Jennifer Carlson.
Laurent Élie Badessi – Age of Innocence. 144 p, 60 photos N&B, 24×23 cm, bilingue français/anglais, éd. Images Plurielles, 25 €.
 
Cette série de portraits est actuellement exposée à Sète, dans le cadre du festival ImageSingulières. Si vous avez des questions à poser au photographe sur ce travail (ou sur d’autres), sachez qu’il sera présent ce jeudi 26 mai à 18h au Chai des Moulins à Sète.