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Clique Clac #249

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Depuis Lillehammer en 1994, Bernard Brault n’a manqué aucun rendez-vous olympique. Mieux, depuis 1978, le photojournaliste québécois n’a raté aucun Grand Prix de F1 du Canada. À l’invitation de Plein mon casque (« le balado qui décoiffe »), il a évoqué pêle-mêle la dynastie Villeneuve, l’adrénaline des collisions, l’évolution du matériel photo, les rapports distants avec les pilotes ou encore une marmotte intrépide bondissant à quelques centimètres des bolides. Après 46 ans d’une carrière bien remplie, Bernard Brault ne parle pas encore d’arrêter (pas plus tard que dimanche dernier, il était sur le circuit Gilles Villeneuve) même s’il a levé le pied : « Je préfère parler de semi-liberté plutôt que de préretraite ». Et il l’utilise bien cette semi-liberté, comme le prouvent les deux récompenses qu’il a reçues récemment aux Prix Antoine-Desilets 2021, l’une pour la photo des joueuses de football canadiennes exultant lors de la finale olympique à Tokyo, l’autre pour le portrait de l’artiste et performeur Victor Pilon qui en septembre dernier a rejoué le mythe de Sisyphe en déplaçant 50 tonnes de sable pendant 30 jours, à raison de 6 jours par semaine et 7 heures par jour.


Avis aux photographes pros, il vous reste quelques jours pour participer à la deuxième édition du Prix Herez Corpo, qui entend redonner un coup de jeune à la photo corporate.


VERBATIM 1

• « Vous savez, je ne suis qu’un petit amateur. Il y a des gens qui font des photos beaucoup mieux que moi. Je pourrais peut-être faire une exposition en profitant de mon nom de comédien, mais c’est malhonnête je trouve. » (Jean-Louis Trintignant, en 1973)
• « On connaît déjà les photos des tortues qui s’étouffent avec du plastique, des ours polaires sur leur petit bout de banquise, mais ça ne parle pas parce que ça paraît lointain. Il faut montrer que c’est aussi à côté de nous que ça se passe, dans les mers qu’on côtoie tous les jours. » (Samuel Bollendorff, photographe)
• « Il était peut-être perdu, s’il venait de quitter le nid, mais il était sans peur, il m’a regardée dans les yeux. » (Isabelle Pouliquen, habitante de Meudon-la-Forêt)
• « La fête est toujours liée au sacrifice, donc dans le cas des free-parties on peut peut-être dire qu’on sacrifie l’État et la société. » (Julie Hascoët, photographe)
• « Quand j’ai vu l’éclair arriver, je me suis dit : ça va être chaud. Mais sur l’ordinateur, j’ai pu bien voir l’éclair et ses ramifications. C’était une bonne surprise. » (Thierry Michel, chasseur d’orages)
• « Regardez autour de vous, la femme qui lave vos vêtements est peut-être une reine, et vous ne le savez pas. » (Camila Falquez, photographe)
 

Peut-être avez-vous découvert le travail d’Adrien Vautier à travers son reportage en Afghanistan publié dans le n°436 de Chasseur d’Images ou bien en lisant cette interview donnée à Vice alors qu’il se trouvait à Irpin en Ukraine. Dans ces deux articles transparaît une irrésistible attraction pour les théâtres de guerre. Attraction que l’on comprend mieux en écoutant le long entretien que le photographe a accordé au podcast Vision(s). Où l’on apprend que le trentenaire s’est longtemps cherché (graffeur, ultra au Montpellier HSC, etc.) avant de trouver sa voie et de comprendre que partir dans des régions où règne le chaos pouvait contribuer à son équilibre intérieur : « Je me sens en paix avec moi-même quand je fais ce métier-là. »

Si le sujet, ô combien d’actualité, du reportage de guerre vous intéresse, on vous conseille de regarder le documentaire Ukraine, des photographes dans la guerre, disponible sur le site de LCP. On y suit Éric Bouvet depuis les quais de la gare où s’entassent les civils ukrainiens en partance jusqu’à la ligne de front (ou du moins à proximité, tout accès étant interdit aux journalistes). Aux images de terrain le documentaire entremêle des interviews de photographes revenus d’Ukraine, comme Chloé Sharrock, Guillaume Binet, Guillaume Herbaut qui, chacun à leur manière, disent le difficile compromis à trouver entre la gestion de la peur et le besoin de dénoncer les choses.
 
Dénoncer les choses, tel est le propos du rapport sur la mort du photojournaliste ukrainien Maks Levin, publié hier mercredi par Reporter sans frontières. Cette enquête doit beaucoup à Patrick Chauvel qui a collecté sur le terrain les preuves de l’assassinat de celui qui partagea son quotidien au tout début du conflit. Au-delà de la quête de vérité, c’est aussi une manière pour le chevronné reporter de rendre hommage au travail des journalistes ukrainiens : « Souvent ils nous servent de fixeurs parce qu’ils ont besoin d’un peu d’argent. Eux, ils ne peuvent pas rentrer comme nous. Nous au bout de six semaines on peut dire : « je suis fatigué je rentre »
 

VERBATIM 2

• « C’est aussi génial que n’importe quelle image prise dans le basket. Que ce soit les dunks de Julius Erving, Michael Jordan en lévitation, ou le sky hook de Kareem, cette image les surpasse toutes. » (Gary Pomerantz, biographe de Wilt Chamberlain)
• « De nombreuses spéculations et rumeurs ont circulé ces dernières années sur un « Nikon phone », un « Canon phone », etc. Des rumeurs non seulement jamais concrétisées, mais qui plus est contredites par des exemples réels : pour sa partie photo, le japonais Sharp a l’an dernier fait appel à Leica et non à un de ces compatriotes. » (Adrian Branco, journaliste)
• « C’est un énorme bond en arrière qu’a fait l’Afghanistan ces derniers mois, encore pire que si les Talibans étaient restés en place depuis 2001. » (Sandra Calligaro, photoreporter)
• « Il a fallu que je travaille dans un lieu dédié à la mort pour que je m’intéresse au vivant. »(Benoît Gallot, conservateur du Père-Lachaise)
• « La photo de création n’est pas oubliée de tous, mais dans les grands festivals elle est portion congrue… Serait-ce parce que les décideurs de ce qui «doit se montrer» n’exposent que de la photographie documentaire ? » (François Delebecque, photographe plasticien)
 

Attention, l’excès de Photoshop peut faire mal à la tête… mais pas l’excès de Sparks !

 
 
 

« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images. Visuel d’ouverture : assemblage de photos réalisées par Bernard Brault dimanche 19 juin lors du Grand Prix de F1 du Canada