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Clique Clac #254

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« Il existe deux types de photographes : ceux qui prennent des photos et ceux qui en créent. Guy Bourdin était un créateur d’images. » C’est sur cette citation de Bob Richardson que s’ouvre le documentaire que Sean Brandt consacre à celui dont il fut l’assistant. Peu prolixe de son vivant, Guy Bourdin a toujours préféré laisser ses images parler pour lui. Celles-ci donnent une idée de son goût pour le surréalisme, la sensualité, l’humour, mais elles ne suffisent pas pour cerner ce personnage fuyant. C’est pourquoi le réalisateur a interrogé celles et ceux qui l’ont côtoyé : galeristes, responsables de publication, photographes et, bien sûr, modèles. Au final, les témoignages des uns et des autres dressent le portrait d’un visionnaire qui mettait son intégrité artistique au-dessus de toute considération pécuniaire et qui, comme le raconte Brigette York, « jouait en permanence avec les nerfs de l’équipe pour tirer le meilleur de chacun ».


226 km séparent l’île Maurice de la Réunion. Cela n’a pas empêché Adrien Lauziard, dit Lauzad, de faire des images du Piton des Neiges depuis Maurice. À lire les commentaires, les Réunionnais n’y croient pas (« Oui, et moi je vois Dubaï depuis le parking du Leader Price »), mais selon les Mauriciens et les météorologues, c’est tout à fait possible.


« Nous avons tellement de choses à reconstruire en Afrique que, si nous essayons de comprendre ou de répondre à toutes les aberrations culturelles, politiques, intellectuelles qui nous ont été imposées, nous perdons notre temps. Ce n’est pas à nous de déconstruire les préjugés euro-américains sur l’Afrique. Nous avons d’autres chats à fouetter. » Ce propos conclut l’instructif entretien qu’a donné à Jeune Afrique la directrice artistique de la Triennale de photographie de Hambourg, Koyo Kouoh.


On relayait la semaine dernière le billet d’humeur de Loïc Tissot, journaliste à Ouest-France, concernant l’exigence de l’équipe de Christophe Miossec de valider les photos du chanteur avant publication. Il se trouve que ce n’est pas un cas isolé. Les dérives de ce genre se multipliant, le Syndicat national des journalistes a produit un communiqué en soutien aux rédactions qui ont fait le choix de ne pas couvrir les concerts concernés. Interrogé par Arrêt sur Images, Baptiste Bize, journaliste et directeur adjoint de La Nouvelle République en Touraine, résume bien le nœud de l’affaire : « Pour certains, ce n’est qu’une photo sans enjeux, du divertissement, quelque chose d’accessoire, des caprices de journalistes. Mais c’est une question essentielle, si on ne se bat pas sur ce point, on va progressivement accepter les contraintes imposées par les communicants. »


Le portrait de Winston Churchill par Yousuf Karsh qui trônait de longue date dans le « reading lounge » du Château Laurier, hôtel d’Ottawa où le portraitiste avait installé son studio de 1972 à 1992, a été dérobé et remplacé par une copie. Le vol, constaté en début semaine, daterait en fait de huit mois environ. Vu sa bonne place dans le classement des « Photos les plus célèbres de tous les temps » (classement récemment mis à jour), on peut comprendre qu’un tirage original attire les convoitises…


En décembre dernier dans CC#221, nous vous présentions Tsuneko Sasamoto, doyenne japonaise du photoreportage au parcours controversé. À deux semaines de son 108e anniversaire, la photographe s’est éteinte.
Autre disparition notable : celle de Tim Page, photographe britannique dont la couverture de la guerre du Vietnam a laissé des images indélébiles.


À PART ÇA…

• Made in Perpignan présente les temps forts de Visa pour l’Image à quelques jours de l’ouverture du festival.
• Robe traditionnelle portée par la quasi-totalité des femmes vietnamiennes lors des cérémonies officielles, l’áo dài est au cœur de la dernière série de Chiron Duong.
• Petite histoire de la photo de beauté, de Vogue à TikTok.
• Vous avez dit « drôle d’oiseaux » ?
• Un avant-goût du prochain Défi de CI avec cette série de Jean-Bernard Métais, vigneron qui a pris l’habitude de photographier le fond de ses cuves.
• Quand il ne grave pas de vieux boîtiers, Dave Knop propose des solutions pour ôter le vernis brillant des photos instantanées.
• La Fondation HCB partage un joli échange entre Henri Cartier-Bresson et Robert Delpire.
• Pour quelques jours encore, l’expo « Zone mixte » met à l’honneur des femmes photographes spécialistes de sport, domaine où les inégalités demeurent.
• Pictures of the end, c’est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber.


Né en 1944 à Birmingham (Alabama), Tom Wright suit sa famille en Angleterre en 1960. Au Ealing College of Art de Londres, le jeune homme étudie la photographie et se lie d’amitié avec un étudiant en graphisme timide du nom de Pete Townshend. Quand, quelques mois plus tard, Wright est arrêté en possession de marijuana et menacé d’expulsion, il quitte Londres et confie à son copain sa vaste collection de disques. C’est en les écoutant que Townshend trouve et développe son jeu de guitare : « Une chose est certaine, si je n’avais pas rencontré Tom Wright, The Who n’aurait jamais eu de succès. Nous serions restés The Detours, un petit groupe pop solide faisant la même chose que des centaines d’autres. » En 1967, à l’occasion d’une tournée américaine des Who, Townshend reprend contact avec Wright, qui s’est alors spécialisé dans la prise de vues subaquatiques au large de la Floride, et l’invite à l’un de leurs concerts. Le courant passe toujours entre les deux, si bien que Wright devient le photographe officiel du groupe et même, pendant quelque temps, son « road manager ». À l’heure de sa disparition, le site officiel du groupe lui rend un juste hommage. Et nous on se réécoute « The kids are al(w)right »

 

« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images. Visuel d’ouverture : Charles Jourdan Campaign, 1976 © The Estate of Guy Bourdin