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Clique Clac #261

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Comment exprimer le sentiment de ne pas vivre dans la bonne peau, dans le bon corps ? L’ayant vécu elle-même, Paola Paredes a cherché la forme la mieux adaptée pour traduire ce déchirement… et l’a trouvée en mettant à contribution les spectateurs de ses images. Le projet Skin Deep (Piel adentro en version originale) réunit ainsi une quinzaine de portraits réalisés par la photographe équatorienne que l’on est invité à déchirer (virtuellement) pour révéler la vie cachée/la part d’ombre d’une personne appartenant à la communauté queer. Aussi simple soit-il, ce procédé interactif nous oblige à quitter notre position de spectateur pour essayer de comprendre ce qui se joue entre les deux portraits ainsi révélés. Le texte qui les accompagne (en anglais ou en espagnol, mais hélas pas en français) donne quelques éléments clés sur le parcours des sujets photographiés. Pour en savoir plus sur Paola Paredes et le « long voyage » qu’a été son propre coming-out, vous pouvez lire cet article écrit par Gem Fletcher pour le site WePresent.


France Bleu Alsace se réjouit du fait que Strasbourg apparaissent en 9e position des « skylines » préférées sur Instagram. Doit-on rappeler que ce genre de distinction a tout du cadeau empoisonné, l’afflux de likes ne faisant qu’amplifier le tourisme de masse ? Ce problème est au cœur de « Theatre of Authenticity », série dans laquelle Natacha de Mahieu questionne les effets pervers des images postées sur les réseaux sociaux.


Quand un article s’intitule « L’ascension et la chute de l’État islamique en photos », on s’attend à voir des horreurs. Il n’en est rien ici, le travail de Lorenzo Meloni s’attachant davantage à montrer comment les frontières tracées par les empires coloniaux britanniques et français ont contribué au déchirement du Moyen-Orient : « [Ces frontières] sont devenues des points de rencontre et d’affrontement entre religions et ethnies. Je cherchais une histoire complexe qui me donnerait la liberté de prendre des photos autres que des images de personnes tirant à la kalachnikov. »


Si vous avez un peu d’argent de côté (mais pas assez pour vous offrir le Flatiron  d’Edward Steichen), donnez un coup de pouce à LABO 1000 ou aidez JB Liautard (cf. C.I.418) à financer son premier livre.


Constitué de trois chanteuses et chanteurs et de sept instrumentistes, l’Ensemble Maja était l’invité la semaine dernière de l’émission « Création mondiale » sur France Musique. À cette occasion, il a interprété une suite de miniatures composées par Januibe Tejera sous l’influence de György Ligeti et de… Josef Koudelka. « Une photo, rappelle le compositeur franco-brésilien, peut nous faire ressentir des choses, même si on n’était pas là au moment de la prise de vue. Ça m’a toujours troublé et c’est à cette perception que je fais référence [dans cette pièce vocale et musicale] plutôt qu’à une photo spécifique. » Puisque c’est une affaire de sensations, oubliez ce que vous croyez savoir et laissez-vous porter par cette « Photographie à trois ».


Tout au long de l’année, le Stade Rennais confie des cartes blanches à des artistes locaux. Une belle opportunité que Yann Levy a saisie le 15 septembre dernier, pour la réception de Fenerbahçe, en s’intéressant, non pas au match, mais aux émotions qu’il faisait naître dans les tribunes. Un angle qui n’étonnera pas celle et ceux qui suivent son travail.


« La question essentielle pour un photographe, c’est pourquoi je veux faire un livre ? Vouloir faire un livre à tout prix n’est pas une bonne chose. Une exposition ratée, ça s’oublie, un mauvais livre, ça reste. » Caroline Bénichou sait de quoi elle parle, elle a travaillé 11 ans pour la maison Delpire et dirige aujourd’hui la galerie Vu’.


RAPIDO

• Pour la cinquième fois en 58 ans, le lauréat du Wildlife Photographer of the Year est une lauréate. Bravo à Karine Aigner !
• Les Rencontres d’Arles ont mis en ligne les conférences données lors de la semaine d’ouverture du festival.
• Après avoir inauguré un musée de la foudre au Fort l’Ecluse, Nicolas Gascard est passé dans les locaux de la RTS pour parler chasse aux orages.
• Trois photographes figurent au Top 50 des artistes contemporains les plus « bankables » : Richard Prince, Cindy Sherman et Liu Wei.
• Pour le podcast « Derrière l’objectif », Marie Dorigny évoque le travail sur les réseaux de prostitution qu’elle mène depuis les années 1990, essentiellement en Asie (attention, certains passages peuvent choquer).
• L’opération « Un dimanche à la galerie » est de retour ce week-end.
• D’Albert Londres on se souvient des écrits, moins des photos. Une expo présentée en marge du Prix Bayeux Calvados vient réparer cette injustice.
• Ben Thouard a remporté le Grand Prix du Ocean Photographer of the Year 2022 grâce à une photo de surfeur prise sous la vague de Teahupo’o, à Tahiti.


Avis aux Lyonnaises et aux Lyonnais qui nous lisent, si vous voyez un Leica égaré, merci de le rapporter à son propriétaire, « l’inconsolable Vincent Delerm », faiseur d’images et auteur de chansons qui parfois parlent de photographie…
…ouvertement :

…sous l’angle de l’anecdote :
…sous l’angle du name-dropping :

…ou en l’utilisant comme prétexte pour parler de choses plus sombres :

« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images. Visuel d’ouverture : capture d’écran issue du site Skin Deep © Paola Paredes 

BONUS

Pour saluer le Prix Nobel de littérature décerné à Annie Ernaux, nous reproduisons ici la chronique de son livre L’Usage de la photo, publiée dans le n°437 de Chasseur d’Images.

L’Usage de la photo. On croirait le titre d’un traité de sociologie… ce qui n’est sans doute pas un hasard quand on sait l’influence des travaux de Pierre Bourdieu sur les écrits d’Annie Ernaux. Mais « l’usage » dont il est question ici a plus à avoir avec l’habitude qu’avec l’habitus. Cette habitude, c’est celle qu’ont Annie Ernaux et Marc Marie de photographier leurs vêtements jonchant le sol après leurs ébats amoureux, fascinés qu’ils sont par ce « paysage » sans cesse changeant. Leurs clichés, souvent réalisés au petit matin, ressemblent par certains côtés à des scènes de crime : chaise renversée, papiers éparpillés sur le plancher, verres encore à moitié pleins, escarpin solitaire, soutien-gorge et porte-jarretelles entremêlés… Autant d’indices à interpréter pour l’observateur extérieur, autant de preuves d’amour pour les deux intéressés (« Nous, nous voyons ce qui n’est pas représenté : ce qu’il s’est passé avant, pendant et juste après. »). Ce rituel photographique, qui dura près d’un an (de mars 2003 à janvier 2004), se transforma en ping-pong littéraire quand les deux amants convinrent d’écrire, chacun de leur côté, sur quatorze de ces photos. L’Usage de la photo, paru en 2005 aux éditions Gallimard, entrelace sur 197 pages ces textes et ces images, dans un roulement à deux voix qui, pour personnel qu’il soit, sonne de façon universelle. Un seul regret : pour des raisons économiques, les photos sont reproduites en noir et blanc (dans la version poche de 2006 mais aussi dans l’édition originale) alors qu’elles sont en couleurs (la couverture du Folio en atteste) et que les textes font souvent référence à celles-ci.