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Clique Clac #263

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David LaChapelle est de ces photographes qui énervent autant qu’ils fascinent. M’as-tu vu pour les uns, génie pour les autres, l’artiste américain a construit une œuvre protéiforme qui doit autant à la publicité qu’au pop-art, et qui le conduit aujourd’hui à exposer dans les plus grands musées du monde. À l’occasion d’une exposition new-yorkaise, LaChapelle a donné une interview à Vice dans laquelle il se livre sur son parcours, sur la mort de son petit ami en 1984, véritable déclencheur (« J’ai voulu donner un sens à ma vie. Il ne s’agissait pas d’argent ou d’héritage. Je voulais léguer de belles images au monde. »), sur sa relation avec Andy Warhol, sur sa propension à représenter les stars de l’époque en demi-dieux ou sur ses réticences vis-à-vis d’Instagram (« Je fais très attention à ce que je digère avec mes yeux, et je ne veux pas regarder des trucs moyens en scrollant au hasard. »).

Photographe partagé entre les États-Unis et la France, Ronan Guillou est décédé mi-octobre à l’âge de 54 ans. Le meilleur hommage à lui rendre si vous résidez du côté de Cergy-Pontoise ou de Beauvais est d’aller voir ses photos exposées dans le cadre du Festival du Regard et des Photaumnales. À défaut, vous pouvez (re)découvrir son travail ici ou bien écouter le photographe commenter une de ses images. 


Ils s’appellent Grisha, Borys, Ksenia, Maks, Maryna ou June. Ils passent leur journée à se baigner, à jouer de la musique, à boire des coups, à faire du skate. Autant de loisirs normaux pour les gens de leur âge… sauf quand on vit en Ukraine.


Vous avez aimé Les racines de la colère de Vincent Jarousseau ? Sans doute aimerez-vous également le documentaire Nous, les enfants de Denain, plongée dans la France des classes populaires inspirée du livre et co-réalisée par le photographe et Laurence Delleur. Vous en voulez encore ? Ruez-vous sur le dernier ouvrage de Vincent Jarousseau, Les Femmes du lien. Dans ce livre mêlant récit graphique et docu-photo, l’auteur raconte le quotidien de huit travailleuses œuvrant dans le secteur de l’accompagnement (auxiliaire de vie, assistante familiale, éducatrice spécialisée, etc.). Des métiers nécessaires mais précaires, comme le rappelait récemment le documentariste sur France 24.


Dans la foulée de son travail sur la Grande Dépression pour la Farm Security Administration, Dorothea Lange se voit confier en 1942 la mission de documenter la vie dans les camps où sont internés des citoyens américains d’origine japonaise. La commande émane, là encore, d’une agence gouvernementale, la War Relocation Authority, qui va vite s’en mordre les doigts. Contrairement à Ansel Adams, lui aussi envoyé dans ces camps d’internement, Lange refuse d’épouser la vision patriotique qu’on attend d’elle. Le gouvernement Roosevelt met rapidement un terme à la collaboration et censure ses images, lesquelles resteront invisibles pendant trente ans. Le temps d’une fiction documentaire, l’émission « Autant en emporte l’Histoire » nous raconte cet épisode révélateur – ô combien – de l’éthique de la photographe. (si vous manquez de temps, cette vidéo de 11 minutes résume bien l’histoire)


Si le sommeil est réparateur pour certains, il est destructeur pour d’autres. En proie à des cauchemars récurrents, Ivannalys a décidé de faire de ses mauvaises nuits la matière première de « J’ai peur d’aller dormir », projet photographique dans lequel elle exorcise ses phobies et celles d’autres anonymes.


Même s’il respecte ses confrères et consœurs qui travaillent avec la presse sportive, Nick Wosika n’échangerait pour rien au monde le créneau qui l’a fait connaître : la carte de collection. « Obtenir une couverture ou une double page est impressionnant, confirme-t-il, mais la plupart des gens jettent [les journaux] après les avoir lus. Si vous faites la bonne carte du bon joueur, elle est mise dans un étui de protection et est chérie ou vendue sur eBay à quelqu’un qui la chérira pour toujours. Pour moi, c’est plus durable. »


De 2012 à 2019, Brigitte Patient a fait les belles heures des amateurs de photographie en animant sur France Inter “Regardez voir”. Arrêtée brutalement, l’émission renaît sous la forme d’un podcast produit par wave.audio et intitulé… “Écoutez voir”. Le principe reste le même : une discussion avec des auteurs ou autrices émaillée de pastilles sonores (comme la traditionnelle description d’une image de l’invité par quelqu’un qui ne sait rien de son travail). Après un premier épisode, consacré au duo lauréat du Prix Swiss Life à 4 mains (le photographe Vincent Fournier et le compositeur Sébastien Gaxie), la journaliste a reçu la jeune photographe bruxelloise Charlotte Abramow.


EN VRAC…

• Dans Nsenene, Michele Sibiloni voit la vie en vert. Le vert des grillons de brousse mais aussi celui des lampes fluorescentes que les Ougandais utilisent pour les chasser et s’en nourrir.
• Hasard ou coïncidence, Tony Crocetta est à la une de Nat’Images… et sur la Une.
• Manon Lanjouère a remporté le 2e Prix Photographie & Sciences avec « Les particules, le conte humain d’une eau qui meurt », projet mariant cyanotype et phosphorescence qui dénonce la pollution plastique dans les océans.
• Coiffant sur le poteau William Daniels, Claude Iverné et Pierre de Vallombreuse (excusez du peu), Olivier Jobard a pour sa part remporté le Prix Marc Ladreit de Lacharrière – Académie des beaux-arts.
• Nul besoin de comprendre l’anglais pour apprécier ce reportage d’Akosua Viktoria Adu-Sanyah sur l’élevage des chevaux de course à Accra.
• L’auteur de la première photo d’un astronaute flottant dans l’espace est mort.
• Les 3 et 4 novembre, l’EHESS et Le BAL organisent à Aubervilliers un séminaire autour de la question « Qu’est-ce qu’une image populaire ? ». L’entrée est libre mais l’inscription obligatoire.

Pour boucler la boucle, on aurait pu conclure avec un clip signé par David LaChapelle (entre Kelis, les Dandy Warhols, Moby ou Amy Winehouse, on avait l’embarras du choix), mais restons plutôt de ce côté-ci de l’Atlantique avec une entêtante chanson d’Alain Chamfort tirée de l’album « Personne n’est parfait » dont le photographe a réalisé l’artwork sobrement aguicheur. 

 
« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images. Visuel d’ouverture : capture d’écran issue de Vice