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Clique Clac #265

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Photographe professionnelle depuis 2011, Karoll Petit partage son temps entre le reportage de presse, les missions pour les collectivités locales et les commandes d’entreprises. Avant de s’installer, l’Angevine faisait les « saisons » pour subvenir à ses besoins. Cette prise avec le monde agricole l’a amenée à mieux comprendre les paysans et à s’étonner du peu d’écho médiatique rencontré par les nombreux suicides qui touchent la profession (plus d’un par jour en France !). Karoll Petit a donc pris son appareil photo et est allée à la rencontre d’une vingtaine de familles endeuillées. Elle en a tiré une série dont le dispositif minimaliste (une chaise noire photographiée en divers lieux de l’exploitation) traduit le grand vide laissé par la personne suicidée. Pour en savoir plus sur la photographe et ce projet en particulier, vous pouvez écouter cette interview qu’elle a donnée en janvier 2021 à La Clé des Champs.
Le suicide des agriculteurs n’est, hélas, pas un mal français. En Inde, Laura El-Tantawi a accompli un travail similaire à celui de Karoll Petit en allant à la rencontre de soixante-dix familles touchées par ce drame. Elle en a tiré une série, « I’ll die for you », qui lui a permis de remporter le Prix Virginia 2022.


Avec le bondissant Edward Steichen à l’affiche et l’exubérante Rossy de Palma en invitée d’honneur, Paris Photo célèbre avec panache son 25e anniversaire. Du 10 au 13 novembre, le Grand Palais Éphémère accueille la bagatelle de 183 galeries et maisons d’édition venues de 31 pays. À défaut de vous y rendre, vous pouvez (contre une adresse mail) télécharger le catalogue de l’événement. Et si vous projetez de commencer une collection, le site propose un très pratique glossaire visuel pour vous familiariser avec les procédés anciens.


Pour célébrer Halloween, Yohei Shimada a revêtu son costume de Cameraaman dans les rues d’Osaka. Non seulement son déguisement est une réplique (quasi) parfaite du Canon EOS R5 mais il produit des photos !


Comme l’an passé, c’est une photo de cyclisme (cette fois-ci sur piste) qui a remporté le Prix Richard-Martin. Ce concours organisé par L’Équipe et réservé aux photographes de sport professionnels se doublait pour la première fois d’un concours pour les amateurs. Bravo aux gagnants et au jury, où figurait un certain Benjamin Biolay.


Constitué autour d’une vingtaine d’anciens élèves des beaux-arts de Kinshasa, le collectif « Ndaku ya la vie est belle » dénonce le dépotoir du monde qu’est devenue la République démocratique du Congo. Pour marquer les esprits, ces artistes fabriquent des costumes en utilisant les déchets omniprésents. C’est en les rencontrant que Stephan Gladieu eut l’idée de les faire poser dans les quartiers pauvres de la capitale congolaise. Il en a fait une série, « Homo Detritus », qui rappellera peut-être à certains un travail réalisé par Fabrice Monteiro en 2015 au Sénégal, autre pays confronté à l’afflux de déchets plastiques en provenance d’Europe. Sa série « The Prophecy » met en scène une divinité engendrée par la pollution et censée ramener les humains à la raison.


Après Libération la semaine dernière, GÉO rend à son tour hommage à Olivier Metzger en publiant un de ses derniers reportages réalisé en Norvège.


À VOIR ET À MANGER

• À lire : brillante digression de Bruno Dubreuil autour d’une photo de Wiame Haddad. Où il est question d’une citation de Gary Winogrand, du Nom de la Rose et d’une macabre soirée d’octobre 1961.
• À découvrir : Lusha Nelson, protégé d’Edward Steichen et Alfred Stieglitz qui n’a, malgré un talent indéniable, pas eu la postérité de ses illustres pairs.
• À écouter : une demi-heure en lévitation en compagnie d’Andrea Olga Mantovani, photographe habitée, invitée de l’émission « La quatre saisons n’est pas qu’une pizza ».
• À voir : des centres d’exercice militaire aux stations de l’Arctique, Gregor Sailer a posé son appareil dans des lieux où le commun des mortels ne peut pas aller.
• À écouter : auteur du très beau Eaux fortesChristophe Jacrot évoque son goût pour la pluie et les frimas au micro de Julien Pasternak.
• À voir : Benoît Jacquet fait revivre l’afghan box dans les rues de Braine-le-Château.
• À découvrir : Ramilijaona, pionnier de la photographie malgache… et de la retouche, puisqu’il lui arrivait de mettre en valeur les attributs des sportifs à même la plaque de verre.
• À écouter : une reprise de Fotografia de Tom Jobim par Gal Costa, légende de la chanson brésilienne disparue hier à l’âge de 77 ans.
• À feuilleter : préparez votre voyage à Montier-en-Der en épluchant le (très riche) programme de la 25e édition du festival.
• À explorer : en dix entrées riches en liens, Lara Bochereau et Emmanuelle Dubois nous invitent à visiter le fonds d’archives de l’INA consacré aux Rencontres d’Arles.
• À lire : Siempre que, ouvrage paru à lamaindonne signé Céline Croze, a reçu le Prix Nadar Gens d’images.
• À acheter : Amnesty International met en vente un calendrier illustré par douze photos de Didier Bizet réalisées auprès des Tsaatan.
• À découvrir : des ingénieurs liés à l’université de Stanford ont mis au point le LSST, le plus grand appareil photo numérique jamais construit. Va falloir un sacré sac à dos !

On ne vous apprend rien, l’été 2022 a été marqué par des incendies dévastateurs sur le littoral girondin. Trois mois après les faits, un documentaire diffusé sur France 3 Nouvelle-Aquitaine est revenu sur la lutte menée par les pompiers et les gens du cru contre ces mégafeux. Entre autres témoignages, on y entend celui de Clément Viala, un des premiers photographes à avoir survolé l’incendie et à avoir suivi le SDIS 33 dans ses opérations. Thibaud Moritz a, lui aussi, couvert l’événement pour l’AFP. Une de ses images montrant des baigneurs indifférents à l’embrasement de la forêt a été beaucoup reprise par les médias nationaux. Selon Maxime Fabre, chercheur en sciences de l’information interrogé dans l’émission « Le dessous des images », cette photo, par ses choix de composition, s’inscrit moins dans le registre de l’information que dans celui de l’iconographie du désastre. Au-delà des biens matériels, le feu nous ferait-il perdre tout discernement ?
Ce que nous avons perdu dans le feu (Things we lost in fire), c’est justement le titre d’un alb(a)um(e) de Low, groupe cofondée par Mimi Parker, dont on a appris le décès en début de semaine et à qui l’on rend hommage ici.

 

« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images. Visuel d’ouverture : extrait de la série « Suicide des paysans » © Karoll Petit