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Clique Clac #273

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Photographe et teinturier, Adolfo Kaminsky est devenu faussaire « par nécessité et par hasard » à l’âge de 18 ans, confectionnant différents outils (dont une centrifugeuse avec une roue de vélo) pour contrefaire les papiers d’identité pendant la Seconde Guerre mondiale. Quitte à sacrifier ses nuits, un œil et sa vie de famille, celui que les résistants appelait « le technicien » exportera ensuite son talent en Algérie, en Afrique du Sud, en Grèce ou en Espagne. Mais l’art de la contrefaçon n’est pas héréditaire, comme l’a appris sa fille Sarah à ses dépens lorsqu’elle a voulu imiter la signature de ses parents pour un bulletin scolaire. Il ne faut évidemment pas s’arrêter à cette anecdote et saluer la constance avec laquelle elle a porté le message de résistance de son père (notamment dans cette biographie publiée en 2009). Son frère José, alias Rocé, a rendu hommage à leur faussaire de père le temps d’une chanson (cf. Clique Clac #259) et, le temps d’une ardente compilation, à toutes celles et tous ceux qui ont lutté en donnant de la voix. Les chiens ne font pas des chats…
Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire d’Adolfo Kaminsky, dont on a appris la disparition cette semaine à l’âge de 97 ans, on vous signale cet entretien exhaustif disponible sur le site de l’INA, le numéro d’Affaires sensibles qui lui est consacré ou encore cette interview centrée sur le 17 octobre 1961 (dans laquelle Kaminsky souligne l’importance du témoignage photographique d’Elie Kagan). Enfin, il faut lire le portrait hommage d’Elisabeth de Fontenay dans lequel la philosophe réconcilie le photographe et le militant : « Dans la rigoureuse précision de ses gestes de chimiste, Kaminsky fut l’anti Bertillon par excellence, déjouant la chasse au faciès, dissociant les visages et les noms, donnant de nouveaux vêtements à ces vies mises à nu, à ces humains pris en flagrant délit d’exister. » 


Arrêtée en septembre dernier pour avoir couvert les manifestations de protestation contre la mort en détention de Mahsa Amini, la photojournaliste Yalda Moaiery a été condamnée par les autorités iraniennes à deux mois de travaux d’intérêt général et à rédiger un essai de 100 pages sur Morteza Motahhari, un religieux chiite. Elle a aussi interdiction, pendant deux ans, de voyager à l’étranger, de se rendre à Téhéran, d’utiliser son smartphone ou les réseaux sociaux.


On aurait tort de laisser l’économie aux seuls spécialistes et, plus encore, d’éluder la question lorsqu’on parle de photographie. Le temps de trois émissions, « Entendez-vous l’éco? » a ainsi examiné l’œuvre de quatre géants de la photographie, Dorothea Lange, Willy Ronis, Bernd et Hilla Becher, à travers le prisme de l’histoire économique (le krach boursier de 1929, les grèves de 1936 et le déclin industriel de la Ruhr). Si cette approche vous intéresse, notez que l’émission a eu pour invité, en septembre dernier, Sebastião Salgado qui – le saviez-vous ? – a été économiste avant d’embrasser la carrière de photographe.


Dans la rétrospective 2022 de Time Magazine, son portrait de Volodymyr Zelensky trône en bonne place, mais avant de photographier le président ukrainien, Alexander Chekmenev s’est d’abord fait connaître par ses portraits de sans-logis, croisés dans les rues de Kyiv (« Deleted »). Lorsque la guerre a éclaté, Chekmenev a poursuivi ce travail en l’étendant aux hommes et aux femmes restés sur place (« Citizens of Kyiv »), conscient que la seule arme qu’il sache manier, c’est son appareil photo.


Pour illustrer Duo Solo, son dernier opus, Astrig Siranossian s’est adjoint les services d’Antoine Agoudjian. Au-delà de leurs origines arméniennes communes, les deux se sont trouvés artistiquement, comme l’a confié la violoncelliste à France Info : « Si je suis seule à jouer sur cet album, je ne voulais pas être seule sur la couverture. On est très souvent seul sur les couvertures d’albums, c’est un peu dommage, et je pense qu’on peut être le sujet principal d’une photo sans y être pour autant seul. J’aime beaucoup le jeu de la lumière effectué par Antoine Agoudjian, il est vraiment très fort ! » On peut voir le fruit de cette collaboration (du moins quelques images) sur le site officiel d’Astrig Siranossian.


« Chaos », c’est le titre d’un livre mythique de Josef Koudelka mais aussi celui d’un court-métrage photographique de Tao Douay. Selon votre humeur du jour, vous le trouverez envoûtant ou plombant. Le jury des Nuits Photo a, pour sa part, été emballé puisqu’il lui a décerné son Grand Prix 2022.


LE SAVIEZ-VOUS ?

• Laura Wilson, qui assista Richard Avedon et accomplit ensuite une brillante carrière de photographe, est aussi la mère des acteurs Owen et Luke Wilson.
• La mer Morte est en train de mourir.
• C’est en travaillant sur l’émission télévisée Contacts que William Klein eut l’idée d’ajouter des traits de peinture sur ses propres planches-contacts.
• Au début des années 2000, Mattel a produit deux versions de Ken photographe (mais seul le plus évolué des deux a eu droit à son spot publicitaire !).
• La charge de la contraception n’est pas réservée aux femmes.
• Henri Cartier-Bresson s’était initialement opposé à l’entrée de Martin Parr à l’agence Magnum Photos.
• Une circulaire de l’éducation nationale définit les codes et usages de la photographie scolaire, notamment l’interdiction au professionnel de créditer ses photos.
• En bambara, « Maa ka Maaya ka caa yere kono » signifie « Les personnes de la personne sont multiples dans la personne ».
• En toute rigueur, on ne devrait pas parler d’arc-en-ciel mais de cercle-en-ciel.
 

Il y a deux ans, Musique Journal recommandait l’écoute d’un titre de Pascal Comelade (« Détail monochrome ») pour accompagner la visite de l’Atlas des régions naturelles, l’ambitieuse exploration photographique d’Éric Tabuchi et Nelly Monnier (en portfolio et interview dans le dernier C.I.). Ça n’aurait sans doute pas déplu au musicien catalan, qui n’a jamais caché son attrait pour les arts visuels (Les Krims figure même parmi ses amis). Le second degré est donc de mise quand il intitule un de ses derniers titres « Cimetière de la photographie ». 

 

« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images. Visuel d’ouverture : Adolfo Kaminsky posant avec ses Rolleiflex, Paris, 1997 (photo prise par sa femme Leïla)