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Clique Clac #316

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Girls in the windows © Ormond Gigli

S’il a fait une carrière plus qu’honnête, Ormond Gigli a surtout accompli le rêve de tout photographe : réaliser une icône capable de traverser les années et de capter le regard des spectateurs d’hier et d’aujourd’hui. Cette photo, il la prend en 1960 à Manhattan. Dans une rue à proximité de son studio, un immeuble est en passe d’être abattu et le photographe, alors âgé de 35 ans, compte bien s’en servir de décor. Précisément, il engage, pour quelques heures et contre un dollar par modèle, une quarantaine de mannequins qu’il fait poser dans les différentes ouvertures dudit bâtiment. Aucune consigne vestimentaire n’a été donnée au préalable, Gigli demande juste à chacune de faire comme si elle donnait un baiser à quelqu’un. Pour détonner définitivement avec le délabrement du cadre, une Rolls est placée au pied de l’immeuble. Clic clac, « Girls in the windows » est né. À partir de 2010 et jusqu’à sa mort en 2019, Gigli a produit, imprimé et signé des centaines d’exemplaires de la photographie, dans différents formats et sur différents papiers. Il l’a fait à la demande de son fils, Ogden, 63 ans, qui gère aujourd’hui la succession de son père et a fait de l’image un phénomène, puisqu’il s’agirait de la photo la plus rentable au monde (…ou peut-être pas).

 
FIN DE PARTIE POUR 6MOIS
Le numéro d’automne de 6Mois sera le dernier. En attendant une éventuelle renaissance en ligne, les photoreportages seront accueillis dans les pages de XXI, magazine frère. Les éditions Indigo justifient cet arrêt par la hausse du coût du papier, mais, selon Actua Litté, le ver était dans le fruit depuis bien longtemps. Au fil des années et des changements de propriétaires, les dettes se sont accumulées et de nombreux photographes, illustrateurs et journalistes n’ont pas été rémunérés pour leur travail. Constitués en collectif, ils se battent aujourd’hui pour faire valoir leurs droits.
 
ÊTRE LÀ
Par leur scénographie même, les salons et festivals créent une promiscuité entre les exposants qui, les jours passant, suscite une complicité et, parfois, fait naître des projets communs. Voisins de stand lors de Paris Photo, Lee Shulman et Omar Victor Diop ont ainsi lié connaissance et se sont trouvé suffisamment de points d’accroche pour monter ensemble le projet « Being there », série utopique qui réécrit l’Amérique ségrégationniste des années 1950-60 à l’encre de l’inclusion – ou, plus exactement, de l’incrustation. Invités des Midis de Culture, les deux auteurs ont raconté les coulisses de ce projet cultivant l’artifice et l’intelligence, mais cependant garanti sans IA.
 

VERBATIM

« Lors d’une des plus grosses manifestations de janvier 2013, quelque chose s’est décapsulé dans ma tête : je me suis mise à crier au milieu de la place : « Je suis lesbienne et je vous emmerde ! » Et ce mot est devenu émancipateur, transgressif : un vrai retournement de stigmate. C’est important de le prononcer pour le vider de cette charge négative. » 

Marie Docher, entre intime et politique.

« Les pochettes de disques peuvent être très importantes. En particulier lorsqu’elles transmettent quelque chose de fondamental à propos de la musique, ou si elles suggèrent visuellement des concepts ou des connexions dans le contenu ou le processus musical. » 

Bruce Brubaker, pianiste qui file droit.

« J’ai eu la première copine de Brad après Angelina, si j’ai engrangé 15 000 euros c’est le bout du monde. Tu ne gagnes plus rien. Les magazines rechignent à défrayer, à prendre des risques. Tous mes copains de Los Angeles se sont recasés, chauffeur Uber, jardinier…  » 

Sébastien Valiéla, paparazzi rangé mais pas repenti.

« Je lui ai dit : « Tu sais, j’aimerais bien faire une photo dans le style de la couverture de Cat People, où l’on voit un chat sur les épaules d’une fille. » Ça dit des choses sur le fait de porter le poids du monde sur ses épaules et d’assumer ce défi. Elle a accepté et c’est ainsi qu’est née la photo. » 

Inez van Lamsweerde, au sujet du portrait de Taylor Swift,
personnalité de l’année selon le magazine Time.

« Je déteste avoir à censurer mes images sur les réseaux sociaux, car flouter un endroit d’un corps peut donner l’impression que mes photos ont un caractère sexuel ou pornographique, ce qui n’est pas le cas. »

AdeY, artiste en paix avec son corps et celui des autres.

« Je fais toujours très attention à bien expliquer mes idées pour que les gens comprennent ce que je fais et pourquoi. Je veux être sûr que l’image résultera d’une collaboration entre le photographe et le sujet, et pas seulement d’une demande à sens unique de ma part. »

Kin Coedel, de retour du Tibet.

« Il était extrêmement généreux au sein de la famille Magnum. Robert Capa et lui se sont battus pour la protection du droit d’auteur pour tous les photographes. C’est pour moi son plus grand héritage. »

Susan Meiselas, à propos d’Elliott Erwitt.

 

D’UN CENTENAIRE À L’AUTRE
Il vous reste une quinzaine de jours pour visiter la rétrospective Marc Riboud présentée au Musée des Confluences mais encore six mois pour visionner le documentaire que Virginie Linhart a consacré à celui qui aurait eu 100 ans cette année. Articulé autour d’images d’archives et accompagné en voix off de témoignages de proches du photographes (dont Sarah Moon et Patrick Zachmann), le documentaire retrace chronologiquement la vie de ce fils de la grande bourgeoisie lyonnaise, enfant mutique à qui son père confia un jour de 1937 son Vest Pocket (en l’accompagnant de ces mots prophétiques : « Marc, tu ne sais pas parler, mais tu sauras peut-être regarder »). De son passage dans la Résistance à sa rencontre avec Cartier-Bresson, de ses portraits des hommes de pouvoir à sa découverte de l’Asie, des guerres de décolonisation à la « Jeune fille à la fleur », tous les moments charnières du parcours de Marc Riboud sont abordés.
Et quelques minutes sont évidemment réservées au « Peintre de la tour Eiffel », son coup d’essai, coup de maître. À ce propos, saviez-vous que Gustave Eiffel (dont on célèbre cette année le centenaire de la mort) nourrissait une passion secrète pour la technique photographique ? Une exposition à Vevey explore ce pan méconnu de la vie de l’ingénieur.
 
MUSIQUE
À l’occasion de la parution de Rock La France, on redécouvre des groupes oubliés (« oubliables », diront les esprits taquins), comme WC3, quatuor saint-quentinois formé en 1978 et auteur trois ans plus tard de ce strident « Photo-couleur ».
 
 
 
 
« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.