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Clique Clac #321

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Le passage d’une photo couleur en noir et blanc simplifie-t-il sa lecture ou accentue-t-il les erreurs présentes au départ ? La réponse varie selon le sujet et les circonstances. En tout cas, en photo de presse, une chose est sûre : cela retire de l’information. Dans sa dernière chronique pour Radio-Canada, Ivanoh Demers nous le démontre en s’appuyant sur un reportage récent d’Alexander Koerner disponible en versions couleur et monochrome. Ivanoh Demers aime porter son regard sur les photos des autres, mais il ne parle pas de nulle part. Il est lui-même photojournaliste depuis vingt ans (seize pour le quotidien québécois La Presse, quatre pour Radio-Canada), même si le métier a beaucoup changé : « J’ai dû, depuis quelques mois, user de diplomatie pour effectuer mes mandats en toute quiétude. On m’a en effet injurié, suivi, et parfois on refuse de me parler simplement parce que je suis identifié comme un journaliste. » 

 
CARTON ROUGE
Portraitiste engagée, Catherine Cabrol travaille depuis plusieurs années sur les questions liées au handicap (ses séries « Les passagers de l’autisme » et « Angata ») ou aux violences faites aux femmes (« Blessures de femmes » et « Consentement »). Pour servir au mieux les causes qui lui tiennent à cœur, elle a fondé l’association Libre Vue. Sous cette bannière, elle a récemment mené le projet « Carton rouge », soit une série de portraits mettant à l’honneur des athlètes ayant subi dans leur enfance des violences sexuelles (dans le cadre sportif ou familial). L’exposition, qui fait écho au tout récent rapport d’une commission d’enquête parlementaire sur le sport français, est à voir rue de Rivoli (Paris 4e) jusqu’au 1er mars.
 
LA GENÈSE D’HARCOURT
Pas ou peu de profondeur de champ, pas de décor, une pose de trois-quarts ou de profil, un éclairage valorisant le modelé de la peau : le portrait Harcourt répond à des critères précis qui ont traversé les décennies depuis la création du fameux studio en 1934. À l’initiative de cette entreprise, on trouve deux patrons de presse, les frères Lacroix, et une photographe, Germaine Hirschfeld dite Cosette Harcourt. C’est cette dernière, juive allemande réfugiée en France en 1923, qui, inspirée par le cinéma expressionniste de son pays d’origine, imprimera son style à la maison Harcourt – avec le succès que l’on sait. Une histoire particulière que l’émission du même nom retrace en deux parties : « Naissance d’un style »« Naissance d’un mythe ». Malgré la mort de ses fondateurs, la patte Harcourt perdure et se déploie aujourd’hui dans d’autres domaines que le portrait, comme le montre l’exposition autour de la Ville rose actuellement présentée chez le concessionnaire toulousain Pelras.
 
LES BELLES ANNÉES DE DFA
Si vous avez dansé sur House of jealous loversBy the time I get to Venus ou Daft Punk is playing at my house au début des années 2000, vous serez heureux d’apprendre qu’un livre photo consacré aux jeunes années de DFA Records (le label new-yorkais qui héberge ces titres) vient de sortir. Son auteur, Tim Soter, est passé à la rédaction de Rolling Stone pour commenter quelques-unes des images. Où l’on se rend compte que James Murphy, le cofondateur du label, n’est pas le meilleur client qui soit : « C’est quelqu’un qui ne sait pas quoi faire devant l’appareil photo, et c’est aussi le genre de personne qui n’accepte pas les instructions que je lui donne. C’est donc un espace amusant à investir pour un photographe. »
 
WERNER & ROSELLINA
Si, comme certains membres de notre rédaction, vous considérez cette photo de Werner Bischof comme l’une des plus belles jamais prises, alors vous aurez plaisir à découvrir la planche-contact dont elle est issue et les coulisses de sa réalisation. L’article en dit long aussi sur la relation étroite qu’entretenaient le photographe suisse et son épouse Rosellina. Relation qui fait d’ailleurs l’objet d’une double exposition, visible pour quelques jours encore à Winterthur.
 

EN BREF…

• Des étudiants de Stanford se sont appuyés sur le jeu GeoGuessr pour mettre au point une IA capable de deviner le lieu d’une prise de vue. Mouais, y a pas écrit « pigeon »… eh ben si justement !
• Rarement bienvenus dans les musées et les galeries, les chiens (de catégorie 3, n’exagérons pas) pourront accompagner leur maître le 25 janvier et le 8 février à La Sucrière pour voir la rétrospective Elliott Erwitt.
• Ce vendredi sort le nouvel album de Sarah Jarosz, Polaroid lovers, « un titre logique pour un disque où toutes les chansons sont des instantanés de différentes histoires d’amour. »
• Il est des selfies moins égoïstes que d’autres, comme le suggère le thème insolite du concours organisé par l’AEJM.
• Des chercheurs d’Harvard ont mis au point des metalenses qui, à terme, pourraient soulager les cervicales des paparazzis… et de tous les adeptes des téléobjectifs (via FranceInfo).
• Habitué du Wildlife, Frank Deschandol est en lice cette année pour le Prix du public avec une photo de guêpe coucou prise dans l’Hérault.
• Yann Castanier, Laurence Geai, Guillaume Herbault, Catalina Martin-Chico et d’autres ont signé une tribune pour que soient revus les critères d’attribution de la carte de presse. « Vous vous trompez de cible », leur a répondu la C.CI.J.P.
• Les 20 photos lauréates du concours du CNRS « La preuve par l’image » ont été sélectionnées. À vous de décerner le prix du public.
• Les dynamiques éditions Light Motiv vont lancer une revue, Réel. Rendez-vous le 1er février à La Madeleine (Nord) pour rencontrer les auteurs et autrices du premier numéro.
Vogue rend hommage au photographe de mode Hans Feurer, disparu cette semaine à l’âge de 84 ans.
• Un tribunal de Pékin a reconnu le statut d’auteur d’un artiste ayant créé une image avec Stable Diffusion.
 
MUSIQUE
De Charlie Parker à Dizzy Gillespie, en passant par Art Blakey, Pannonica de Koenigswarter a soutenu nombre de jazzmen, mais c’est avec Thelonious Monk que la « baronne » entretint les liens les plus forts (doc visible jusqu’au 27 janvier, hâtez-vous !). Elle lui facilita l’accès aux clubs, l’hébergea et, en adepte du Pola, le photographia à maintes reprises (cf. L’Oeil de Nica). Le roi du be-bop lui rendit la pareille (l’appareil ?) en donnant son nom à l’un de ses morceaux.

 

 
« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.