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Clique Clac #322

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Le temps d’une longue discussion, la documentariste Camille Courcy a accueilli sur sa chaîne YouTube trois de ses collègues (la journaliste indépendante Manon Quérouil-Bruneel et les photographes Charlène Flores et Laurence Geai) afin d’évoquer les problématiques liées au fait d’être mère et reportrice – un sujet d’autant plus intéressant que les quatre consœurs ont l’habitude d’évoluer dans des pays en guerre. Cet échange sans fausse pudeur est l’occasion d’aborder des questions rarement traitées, comme le fait d’aller sur le terrain enceinte, la gestion du post-partum, le besoin de repartir en mission parfois teinté de culpabilité, l’équilibre du couple, etc. Et comme les quatre reportrices ont un parcours et un regard sur le monde différents, on ressort de ce visionnage avec des réponses pour le moins nuancées.

 
LE VOYAGEUR ET SA DESCENDANCE
Twist a consacré sa dernière émission à Caspar David Friedrich, un peintre qui, 250 ans après sa naissance, ne semble jamais avoir été aussi influent. Sa vision d’une nature intouchée (sensible dans son œuvre la plus célèbre Le Voyageur contemplant une mer de nuages) est récupérée par la frange la plus virulente des écologistes, et son goût pour les paysages immaculées inspire des photographes comme Kilian Schönberger ou Elina Brotherus (même si cette dernière n’est pas citée dans l’émission). 
 

LA FOIRE AU QUESTIONS…

• Est-ce que toutes les photos sont bonnes à partager ?
• En quoi l’arrivée de la photographie a-t-elle révolutionné le travail de la police ?
• Pourquoi sourit-on sur les photos ?
• Quelle artiste présidera le jury photo de la 39e édition du Festival de Hyères ? 
• Qu’est-ce qu’une agence de mannequins inclusive ?
• Est-ce que je suis sur la photo ?
• Comment sont fabriquées les pellicules de votre appareil photo ?
• C’est quoi, ces galaxies en forme de pingouin et d’œuf photographiées par la Nasa ?
• À quel point les photos de nos smartphones polluent-elles la planète ?
• Pourquoi sommes-nous obsédés par les capteurs plein format ?
• Peut-on diffuser la photo d’un suspect sur les réseaux sociaux ?
• Entre photographie et peinture, pourquoi choisir ?
• Les scanners de sécurité des aéroports endommagent-ils les films ?
• Pourquoi adorons-nous les photos de neige ?
 
LA GALERIE DES GLACES
Après des études d’art et de philosophie, Jean-François Delhom est devenu instructeur en spéléologie et moniteur de canyoning, deux activités qu’il couple à la pratique de la photographie. Son dernier livre nous entraîne dans le ventre des glaciers, cavités vivantes dont il capte les couleurs et formes changeantes au fil des saisons. L’auteur a raconté les tenants et aboutissants de ce travail poétique et engagé au micro de « Drôle d’époque ».
 
PLAISIR D’OFFRIR
Vous souvenez-vous de ces machines à tirettes installées dans les kermesses ou les fêtes foraines et, qui, contre un franc, vous donnait accès à une petite boîte en carton contenant une surprise (bague en plastique, mini-pistolet, pétards en tout genre, etc.) ? Disparus chez nous, ces distributeurs « Plaisir d’offrir » seraient encore 800 000 en Allemagne, ce qui a donné l’idée à Eckart Bartnik d’en faire le sujet d’une série, « Disenchantment », qui joue du contraste entre le bonheur ténu promis par ces machines et les non-lieux où elles se trouvent. On doit la découverte de ce travail à L’Intimiste, la newsletter des épopées minuscules.
 
UN UNIVERS…
« Le royaume du mystique est inséparable de l’imagination. Alors que beaucoup écartent l’imagination comme scientifiquement peu fiable, c’est en fait notre plus grand outil scientifique, et notre connexion la plus étroite avec la nature la plus vraie des choses. » Bienvenue dans l’univers de Joseph Häxan, photographe australien entre Eros et Thanatos.
 

EN BREF

• Après 107 jours passés à témoigner quotidiennement des pertes et dégâts subis par les Palestiniens (on lui doit notamment cette photo), Motaz Azaiza a décidé de quitter la bande de Gaza.
• Mabeye Deme utilise la trame fragile des textiles qu’il tend entre son objectif et ses modèles pour donner à ses clichés un cachet vintage. Un travail mélancolique mais pas passéiste dont il est venu parler sur le plateau de TV5 Monde.
• Pour célèbre qu’elle soit, la photo couleur du lever de Terre réalisée lors de la mission Apollo 8 fut précédée d’une photo noir et blanc techniquement meilleure.
• C’est l’acteur britannique Ben Whishaw qui incarnera Peter Hujar dans le futur biopic réalisé par Ira Sachs (quoi ? vous ne connaissez pas Peter Hujar ?). 
• Au vu des récentes interventions du Président de la République et à la veille d’un vote important au Conseil de l’Union européenne, l’UPP appelle la France à « réaffirmer sans faillir son soutien historique à la création ».
 
MUSIQUE
Brian Griffin est mort
dans son sommeil le 29 janvier, à l’âge de 75 ans. Et vous connaissez forcément ses images. Le Britannique a signé quelques-unes des pochettes les plus marquantes des années 1980, de Look sharp ! (Joe Jackson) à Vienna (Ultravox) en passant par Goodbye cruel world (Elvis Costello) ou Porcupine (Echo & The Bunnymen). D’ailleurs, The Guardian lui décerna en 1989 le titre de « Meilleur photographe de la décennie ». Mais c’est avec Depeche Mode que le compagnonnage fut le plus long. De Speak & Spell (1981) à Black Celebration (1986), les cinq premiers albums du groupe de Basildon sont illustrés par des photos de Griffin. Et il y a deux semaines encore, il conversait à distance avec Vaughn George au sujet de Mode, ouvrage paru fin 2023 (et déjà sold-out) réunissant toutes ses collaborations avec Depeche Mode. Comme il se doit, le livre accorde une belle place au travail réalisé sur la pochette de A Broken Frame, fameuse image d’une paysanne d’un autre temps dans un champ de blé doré. Associé à la lumière d’un ciel d’orage, l’éclairage artificiel donne sa force picturale à la scène. « J’aimais mettre à profit en extérieur les connaissances que j’avais acquises en studio », disait-il à ce sujet il y a quelques années. Si vous voulez connaître les coulisses précises de cette séance photo (et avoir un aperçu de l’humour tongue-in-cheek du monsieur), regardez ceci.
On se quitte avec un titre de circonstance, tiré dudit album.
 
Pour l’anecdote, la pochette de A Broken Frame plut tellement à Kate Bush qu’elle demanda à Brian Griffin un portrait d’elle dans le même esprit

 

« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.