accueil Vie culturelle Clique Clac #323

Clique Clac #323

1064

Régulièrement cité dans le top 10 des professions qui font rêver, le métier de photographe perd de sa superbe quand on le confronte à la réalité du terrain et des chiffres. Dans une étude parue en 2020, « Et pourtant elles photographient… », Irène Jonas avait déjà pointé les nombreux obstacles jalonnant le parcours des femmes photographes. Aujourd’hui le CLAP (Comité de liaison et d’action pour la photographie) enfonce le clou en publiant les résultats de son enquête sur la rémunération des photographes exerçant sur le territoire français (on vous invite à télécharger le pdf pour le compte-rendu détaillé). 1035 ont répondu anonymement à cette étude, d’où il ressort que le niveau de vie des photographes pros, quel que soit le statut sous lequel ils et elles opèrent, ne va pas en s’améliorant. Une majorité de participants constatent en effet une baisse de leurs revenus depuis la crise du Covid. Et ils sont 56,7% à considérer leur métier difficile, 28% à le penser en danger. Mais le CLAP ne veut pas s’arrêter à ce triste constat, l’idée est de se servir de cette enquête pour engager des mesures remédiant aux problématiques de la profession.

 
RETOUR À LA TERRE
Après Paysâmes, livre paru en 2021 dans lequel elle présentait onze portraits de femmes ayant choisi d’épouser le travail de la terre, Johanne Gicquel est de retour avec un second volume, cette fois-ci centré sur les agriculteurs. Dans Paysômes, cette diplômée en sciences de l’environnement use de ses multiples talents (photo, dessin, poésie) pour raconter le quotidien pas forcément joyeux de paysans bretons qui ont fait le choix du bio. « Une fracture intellectuelle avec le milieu où j’ai grandi », confie-t-elle au micro de France Bleu Breizh Izel. Fille d’éleveurs, la Concarnoise a en effet grandi dans une grosse exploitation qui n’était « ni bio, ni durable, ni alternative ».
 

LE PETIT DICO

Baseline : slogan publicitaire servant de devise à une marque ; exemple : « Prendre part à la transformation du monde » est la baseline de Photo Doc, association fondée en 2015 par Charlotte Flossaut.
Doris : embarcation en bois possédant un fond plat qui servait à la pêche à la morue dans la région de Terre-Neuve ; motif souvent présent sur les photos du voyageur suisse Edgard Aubert de la Rüe.
Gulyáskommunizmus: (littéralement, communisme du goulash) expression décrivant le régime politique en œuvre en République populaire de Hongrie durant la Guerre froide ; période durant laquelle officia le photojournaliste Tamas Urban.
Hikikomori : mot japonais désignant un état psychosocial et familial qui pousse à vivre coupé du monde ; accessoirement, source de compréhension de la société japonaise pour Pierre-Élie de Pibrac.
Kreuzstich : point de croix en allemand ; technique de broderie adoptée par Diane Meyer pour donner à voir sur ses tirages le mur qui séparait Berlin en deux.
Obaasima : terme ghanéen (littéralement « femme de substance ») désignant la force, l’amour et le dévouement des femmes dans le monde entier ; titre d’une série dans laquelle Carlos Idun-Tawiah rend hommage à toute les femmes noires victimes de discrimination à cause de leurs cheveux tressés.
Sendero luminoso : nom donné à la guérilla maoïste péruvienne, dont la lutte armée contre les autorités gouvernementales a causé, entre 1980 et 2000, près de 70000 morts ; depuis 2012, Musuk Nolte documente l’impossible deuil des proches des victimes.
 
AU BOUT DU ROULEAU
Native de Thessalonique, Daphne Kotsiani a choisi un format tout droit venu de l’Antiquité pour porter ses images : le volumen. After echo, son dernier ouvrage, se constitue en effet d’une longue bande de papier enroulée sur une baguette de bois, façon parchemin. Un réceptacle idéal (mais déjà sold out) pour cheminer parmi les paysages émotionnels de la photographe.
 
BRUIT NUMÉRIQUE
On sort un peu du champ de la photo, mais cette interview de Marc Attalah parlera à celles et ceux qui fréquentent assidument les musées et regrettent que le numérique y soit trop souvent utilisé comme un gadget. Extrait : « Le numérique ne me paraît nécessaire que s’il est central pour traiter le thème de l’exposition ou qu’il permet d’en révéler une dimension fondamentale. Le musée doit rester un lieu où l’on apprend à regarder. » Plus loin, le directeur de La Maison d’Ailleurs développe son propos : « Le musée du futur doit être plus humain que le musée du passé, pas plus high-tech ! On doit y retrouver de l’humanité, car je crois qu’on est dans une société fondamentalement déshumanisante. On le voit dans notre rapport aux minorités, dans le rapport des gens entre eux, dans la paupérisation de la société civile ; on est dans une société qui est extrêmement dure, où on consomme sans fin pour supporter cette violence du quotidien. »
 
 
EN BREF
• « C’est toujours pas sorcier », l’émission de vulgarisation scientifique des 9-12 ans, s’est intéressé à la photographie. Et pour ce faire, quoi de mieux que de suivre quelques cours à l’École nationale supérieure Louis Lumière ?
• La rétrospective Julia Margaret Cameron du Jeu de Paume a fermé ses portes, mais sa magie perdure dans les mots de Virginia Woolf mis en voix par Clémence Poésy.
• Si Bernd et Hilla Becher étaient nés au Canada, ils se seraient appelés Richard Johnson. Le photographe, disparu en 2021, a fait des cabanes de pêcheurs installées sur les lacs gelés son centre d’intérêt principal et systématique.
• Vous vous sentez engoncé(e) dans vos vêtements lorsque vous photographiez, mais, pour des raisons de goût évidentes, vous refusez de céder à l’appel du gilet multipoche ? Optez pour les costumes dessinés par Unix Tokyo !
• Instagram menace régulièrement de suspendre son compte, mais Phillip Kremer veut juste rendre les visages des gens ordinaires plus intéressants à regarder.
 
MUSIQUE
Le remix est à la musique ce que la retouche est à la photo. Bien fait, il peut rehausser les tonalités éteintes et donner un pep’s insoupçonné à l’œuvre de départ. À ce petit jeu, la surenchère est souvent mal v(en)ue. Et pourtant, en gonflant le son, en doublant sa durée et en multipliant les invités, le rappeur argentin Mesita a fait de son succès de 2023 « Una Foto » le tube de ce début d’année dans son pays. Et vous, vous préférez la Foto originale ou sa version retouchée ?
 
« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.