Dans le nouveau numéro de Chasseur d’Images, vous trouverez, entre autres joyeusetés, un portfolio inédit de Kourtney Roy tiré de sa dernière série en date, « Failed postcards from Napoli ». Ce travail, réalisé à l’occasion d’une résidence artistique dans la cité parthénopéenne, voit comme à son habitude la photographe se mettre en scène en multipliant perruques et vêtements. Si la Canadienne décrit son mode opératoire dans l’interview qu’elle nous a accordée, la vidéo surpasse l’écrit pour comprendre de quoi il retourne vraiment. On vous conseille donc de visionner le mini-documentaire qu’a réalisé Sylvain Huet lors de la mission photographique menée par Kourtney Roy en 2024 dans le Morbihan. Où l’on se rend compte que la direction d’acteur compte autant dans son processus que la prise de vue elle-même. 
Le fruit de cette commande photographique est actuellement exposé à l’hôtel de Limur, à Vannes. Le livre tiré de la série « Failed postcards from Napoli » est édité chez André Frère.

NO VOITURE ?

Avec sa série « Homo mobilis », Martin Roemers s’est attelé à un drôle de projet : dresser le portrait des conducteurs et de leur véhicule dans différents pays du monde (Inde, Sénégal, États-Unis, Chine, etc.). D’aucuns pourraient y voir un éloge de la bagnole, le photographe assure au contraire qu’il s’agit « d’un adieu à une certaine culture automobile qui a façonné le XXe siècle. Un adieu au moteur à combustion. Un adieu à l’idée que posséder une voiture est un symbole de liberté ou d’âge adulte ». Baladata scelle le sort de la voiture de manière bien plus radicale. Pour montrer l’omniprésence des autos et de tout ce qui s’y rapporte (asphalte, panneaux, feux de signalisation, etc.) dans notre quotidien, ce projet collectif et contributif les raye purement et simplement du paysage urbain, l’idée étant de faire la preuve par le vide que les voitures « ont dévoré nos imaginaires ».

DÉ-COMPOSITIONS

Judith Nangala Crispin photographie les cadavres de mammifères et d’oiseaux qu’elle trouve sur les routes près de Wamboin, ville du sud-est de l’Australie où elle réside. À partir de cette matière première, qu’elle obtient via la technique du lumen print, elle compose des tableaux où se mêlent les ocres, les graines, les brindilles et les feuilles provenant de l’endroit où les animaux ont été trouvés. En résultent des œuvres étranges mais jamais dérangeantes, et pour tout dire étonnamment apaisées. Serait-ce dû au mode opératoire de l’artiste ? « Je reste auprès de la créature morte pendant près de cinquante heures, explique-t-elle. En observant un oiseau ou un animal se décomposer pendant de longues heures, je vois comment la terre reprend ce cadavre en elle, comme une feuille morte ou un coquillage… la douceur de ce processus. »

Pendant ce temps...

…à Toulouse, après un an et demi de travaux, le Château d’Eau a rouvert ses portes et accueillera ce week-end un salon de l’édition photogaphique.
…à Taichung, Hsu Sho-Er et Chang Wan-Ji sont devenus des stars locales depuis que leur fils les fait poser dans les vêtements oubliés par les clients de la blanchisserie familiale.

…à Kaboul, Fatima Hossaini et Oriane Zérah mettent à mal les clichés sur la résignation des femmes afghanes et l’insensibilité des hommes.
…à Gaza, sous l’œil d’Abdel Kareem Hana, on monte des écoles de fortune pour accueillir les enfants qui n’ont plus eu cours depuis deux ans.
…à Chambéry, la Maison de l’Avocat expose les tirages au charbon de Frédéric Chiola.
…à Nantes, le magasin Photo Saint Pierre, fidèle à l’argentique, s’apprête à souffler ses cinquante bougies.
…à Morges, Hélène Lambert transforme les molécules en œuvres d’art.
…à Tokyo, Kim Kyung-Hoon montre comment les « Muscle girls » défient les stéréotypes.
…au Théâtre du peuple de Bussang, dont le fond de scène a la particularité de s’ouvrir sur la forêt vosgienne, 650 personnes bien emmitouflées ont assisté à une projection en avant-première du Chant des forêts de Vincent Munier.
…à Montreuil, lors d’un gala du Rixe Club, Julien Rahmani a réalisé une photo en noir et blanc qui lui vaut aujourd’hui la première place du Prix Richard Martin, catégorie amateurs (côté pros, c’est Gaëlle Mobuchon qui l’emporte).
…à l’École des arts joailliers, les natures mortes minimales de Juliette Agnel révèlent « la susceptibilité des roches ».
…à Hanoi, Jean-François Spricigo a présenté son « Journal d’un effaré » au public vietnamien.
…à Comines-Warneton, les maternelles de l’école ont posé en mode « gangsters » pour une photo de classe devenue virale.

verbatim

Ce qui m’intéresse dans les fantasmes sexuels, c’est que c’est un monde qui existe en nous et qu’on nous apprend à cacher, à en avoir honte, alors qu’en même temps, toute la violence dans le vrai monde est normalisée. C’est comme un journal intime collectif constitué d’histoires personnelles, les miennes et celles que je rencontre.

Myriam BOULOS

J’ai eu une chance folle que Brother, une marque d’électronique japonaise peu connue, soit le sponsor officiel du club de Manchester City à l’époque. Visuellement, avoir les deux frères Gallagher qui portent ce maillot, c’était du pain béni. Ça n’aurait pas marché avec une autre marque, Vodafone par exemple.
Kevin CUMMINS

la petite musique de fin

Rare chanteur autrichien à avoir connu le succès outre-Atlantique (avec ceci), Falco ne s’est pas seulement inspiré de Mozart. Il a trouvé dans le destin tragique de Robert Capa la matière d’une chanson dont le titre fait tristement écho à la phrase célèbre du reporter : « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près. » 

« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile
à travers quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.