Dans une perspective pédagogique, la photographie a longtemps servi à rendre compte de la maladie et de son emprise sur les corps. Mais qu’en est-il quand la maladie n’a aucune manifestation visible ? Eh bien, les artistes prennent le relai des documentaristes. Pour illustrer la maladie d’Alzheimer qui touche sa mère, Alicia Vera s’est lancée dans un projet multiforme (« Va a Llover Toda La Noche ») où les trous de mémoire se matérialisent dans la matière même des photos. L’imbrication de portraits de sa mère à différents âges de sa vie, le jeu sur l’ombre qui gagne ou le recours à des cordons censés matérialiser le lien qui se délite ajoutent au dispositif une dimension symbolique. La mère de Flore Prébay, elle, est décédé en juin des suites de la maladie de Charcot. Une lente disparition que l’artiste plasticienne a appréhendé de manière métaphorique avec « Deuil blanc », série s’appuyant sur la fragilité des paysages islandais pour dire l’effacement de l’âme. « Quand j’ai fabriqué les photographies à l’atelier, raconte Flore Prébay, le fait de peindre sur chacune m’a permis de prendre le temps de réfléchir à cette série, à ce qu’elle voulait dire, à donner du sens. J’avais envie par ce « Deuil blanc » de pouvoir parler de sentiment, de ce qu’on traverse, plutôt que de montrer ma mère dans la maladie, ou en photo documentaire. » Aucun lien familial n’unit Jérémy Lempin et les personnes qui posent pour sa série « Aux armes et caetera ». Mais son passé de photographe de l’ECPAD a joué en sa faveur au moment de nouer le contact avec des militaires souffrant de stress post-traumatique. Classique dans la forme, son reportage au long cours vaut autant pour ses images que pour la parole qu’elles libèrent

DEUX VISIONS DE LA PHOTO ENVIRONNEMENTALE

Pour son dernier numéro de l’année 2025, « De cause à effets », le magazine de l’environnement de France Culture, a invité à son micro deux photographes qu’on n’aurait, a priori, pas eu l’idée d’associer : Éric Bouvet et Christophe Jacrot. Le premier a derrière lui quarante années de reportage d’actualité (souvent dans des théâtres de guerre), le second est devenu la référence française en matière de photographie d’intempéries (rendez-vous dans le dernier numéro de CI pour avoir un aperçu de son talent). À l’écoute, on se rend compte qu’il y a plus d’un point commun entre les deux hommes, le principal étant leur intérêt pour la neige – sur les cimes alpines et à la chambre pour Éric Bouvet, dans le blizzard à New York ou au fin fond de l’Islande pour Christophe Jacrot.

DANS LES COULISSES DU MOULIN ROUGE

C’est l’histoire de Paul et Stefan, deux copains qui font les quatre-cents coups dans le Paris des années 80 et qui, avant le déménagement de l’un d’eux, s’introduisent de façon illicite dans le Moulin Rouge. À partir de ce canevas, Ivan Poutnik a imaginé un film photographique qui a obtenu la récompense suprême lors des dernières « Nuits Photo ». « Nous avions plusieurs boîtiers, des argentiques et un numérique, a commenté le jeune réalisateur. L’argentique avec des pellicules pour apporter cette touche esthétique vintage afin d’être le plus authentique possible. Cela contribuait aussi à évoquer ce lien avec le passé et refléter le Paris fantasmé de deux gamins qui découvrent la ville. » Ce film et les autres créations primées sont visibles sur le site de l’événement. 

pho•pho•photus

Sur le principe de feu Motus, saurez-vous trouver ce mot de 10 lettres en lien avec la photographie ?

(indice : c’est de saison)

Des brèves et des questions...

Les finalistes du Prix Marcel-Duchamp 2026 ont été dévoilés, et Laura Henno figure dans la short-list. 
De passage au Mexique, Richard Bellia a accordé un entretien à Rock Lab. L’occasion pour celui qui dit « photographier avec ses oreilles » de rappeler quelques vérités sur son métier. L’interview commence à 37″30, mais regardez l’émission dès le début, vous y découvrirez la photographe mexicaine Toni François.
En Finlande, on peut couper la tête de son sujet et être sacré photographe nature de l’année.

Pour tester Midjourney, le duo Brodbeck & de Barbuat a prompté la description détaillée des icônes de l’histoire de la photo. Le résultat est surprenant, d’autant plus que ce projet date de 2022. 
Pour commémorer le dixième anniversaire de la mort de David Bowie, Zoom Zoom Zen a eu la bonne idée d’inviter Philippe Auliac, photographe jamais avare d’une anecdote.
Pour célébrer le centenaire de la naissance de William Klein, son site officiel fait peau neuve.
Le CNRS ouvre son appel à contributions au symposium international « Le temps des épreuves. 50 ans de préservation des photographies » qui se tiendra à Paris du 9 au 11 novembre 2026. 
Comment la Shirley card a-t-elle façonné le biais racial en photographie ?
La photographie est-elle la véritable vocation de Yorgos Lanthimos ?
Quel avenir pour l’argentique quand les réparateurs prendront leur retraite ?
Pourquoi vos photos des années 2000 peuvent être perdues pour toujours ?
Que se passe-t-il si l’on monte un gros objectif sur le petit Kodak Charmera ?
L’auto-édition, comment faire ? Pourquoi oser se lancer ?
Un nouveau capteur photo européen pour le prochain Leica M12 ?

verbatim

J’ai ce côté plasticien qui ne me quitte jamais, et quand j’ai redécouvert le Polaroid, que j’ai réussi à remettre en route les appareils de mon grand-père, je me suis dit qu’il fallait que j’aille au-delà de la simple photo. J’ai expérimenté, j’ai essayé le transfert d’émulsion, puis j’ai façonné ma propre technique, par exemple pour avoir plus de contraste.
Marjolaine VUARNESSON

Peinture et photographie sont deux langages distincts, avec leurs techniques, leurs logiques, leurs matérialités. En réalité, elles ne rivalisent jamais : elles se répondent. La photographie part du réel pour inventer une image. La peinture part d’un imaginaire pour revenir vers une réalité matérielle : celle de la surface, du geste, de la matière. Deux mouvements inverses, mais profondément complémentaires.
Romain BERNINI

la petite musique de fin

Prune Simon-Vermot et Prune Carmen Diaz sont une seule et même personne. La première est une photographe professionnelle formée à l’ÉCAL, la seconde évolue dans le domaine musical et a produit l’an dernier son premier long format, le très recommandable Disobedience. « L’album, écrit-elle d’ailleurs sur sa page Bandcamptraite de la notion d’identité au sens large du terme, même si elle recouvre finalement plusieurs réalités différentes. J’essaie de découvrir qui je suis dans un monde qui me semble souvent hermétique. »
Pour en savoir un peu plus sur l’artiste, rendez-vous ici.

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