En 1993, le World Press Photo récompensait Bojan Stojanovic pour sa photographie d’une exécution commise au début de la guerre des Balkans dans la ville de Brčko. Longtemps la légende accompagnant l’image a été la suivante : « Un milicien serbe exécute un sniper musulman après qu’il a été capturé près de Brčko et accusé d’avoir tiré sur un convoi de réfugiés serbes. » En 2022, cette version a été corrigée quand une vidéo du photographe a filtré dans laquelle il déclarait que l’homme abattu, Husein Kršo, n’était pas un sniper mais un simple civil. La mention a été apportée sur le site du WPP, mais de nouveaux éléments pourraient conduire à l’annulation pure et simple du prix. Depuis plusieurs années, en effet, la journaliste indépendante Barbara Matejčić tente de faire la lumière sur les circonstances dans lesquelles Bojan Stojanovic a réalisé sa photo. Au fil de son enquête, elle a rencontré les protagonistes encore vivants (y compris le tueur, Goran Jelisić, condamné ensuite pour crime contre l’humanité), a confronté les versions des uns et des autres et est arrivée à la conclusion que la photographie n’avait pas été prise sur le vif, comme le prétendait l’auteur, mais qu’elle avait été préparée à des fins de propagande. Elle relaie aussi l’hypothèse selon laquelle Bojan Stojanovic aurait payé Jelisić pour le photographier en train de commettre ses actes. L’article résumant son enquête se termine sur le témoignage glaçant de Mustafa Kršo, le fils de l’homme abattu froidement : « Mon père a-t-il juste été tué parce qu’un photographe se trouvait là à ce moment-là ? » Et d’ajouter : « S’il a payé pour photographier ce meurtre, il ne vaut pas mieux que Jelisić à mes yeux. »

RENÉ GROEBLI (1927-2026)

Destiné à devenir chimiste, René Groebli a vu sa trajectoire prendre un tour nouveau quand il a découvert, grâce au Rolleiflex de son père, la photographie. On est à la fin des années 40 quand le Zurichois, sans doute influencé par ses compatriotes Werner Bischof ou Robert Frank, décide de devenir reporter. Pour l’agence Black Star, il se rend en Afrique et au Moyen-Orient. Mais assez vite il quitte les sentiers de l’actualité pour emprunter une voie plus contemplative. Il y aura « Magie der Schiene » (Magie du rail), variation inspirée sur l’univers du chemin de fer et, surtout, « Das Auge der Liebe » (L’œil de l’amour), série touchée par la grâce réalisée notamment lors de son voyage de noces à Paris en 1952 – un travail intimiste qui fit scandale lors de sa première diffusion. Suite à cela, il crée son propre studio et se consacre à la photographie publicitaire et industrielle, explorant, avant d’autres, les possibilités des procédés couleur. Il délaisse son activité commerciale au début des années 80 pour se lancer résolument dans la photographie expérimentale, tombe quelque peu dans l’oubli avant d’être redécouvert dans les années 2000, multipliant les expositions et recevant en 2015 le Lifetime award de la Swiss Photo Academy. La riche vie de René Groebli s’est terminée le 5 mai. Il avait 98 ans.  

LES MILLE VIES DE MILLER

Initiée à la photographie par son père, pour qui elle posa nue, muse et partenaire de Man Ray, Lee Miller s’est vite émancipée de ses figures masculines envahissantes pour mener sa barque, enchaînant les shootings pour Vogue avant de se lancer dans le reportage de guerre. Un itinéraire hors-norme que raconte, avec force images et témoignages, le documentaire de Teresa Griffith visible jusqu’au 8 juin sur le site d’Arte. Un bon complément à la grande rétrospective (250 tirages anciens et modernes) actuellement présentée au Musée d’art moderne de Paris. Petit bonus avec ce dessin de Julien Couty  pour Télérama qui illustre les différentes facettes de l’artiste.

pho•pho•photus

Sur le principe de feu Motus, saurez-vous trouver ce mot de 9 lettres en lien avec la photographie ?

AVIS...

…aux Toulousains et Toulousaines : la galerie du Château d’Eau ouvre ses portes gratuitement ce samedi à l’occasion de la Nuit européenne des musées (dont vous pouvez retrouver le programme photo complet ici).
…aux 16-25 ans : Lumière d’Encre (Céret, 66) recrute un ou une volontaire en service civique.
…à celles et ceux qui nous lisent depuis la Martinique : Maxime Briola vous livre ses conseils pour photographier Bothrops lanceolatus.
…aux experts du tri d’images : Le Monde attend vos témoignages.
……aux climatosceptiques : ce doc de James Balog va vous remettre les idées en place.
…aux aspirants photojournalistes : prenez exemple sur Nicole Tung et son impeccable travail sur la surpêche en Asie du Sud-Est.
…aux amateurs de roue arrière : Brian Finke a trouvé à Brooklyn d’autres fous du guidon.
…à celles et ceux qui ont eu une phase gothique dans leur jeunesse : le livre de Luca Desienna et Laura Estelle Barmwoldt devrait vous rappeler des souvenirs.
…aux cinéphiles de passage à Istanbul : ne ratez pas l’exposition du musée Ara Güler sur les belles heures du Festival de Cannes.
…à celles et ceux qui ne croient plus en la politique : Bruno Salomon va tenter de vous faire changer d’avis.
…aux galeristes et aux amateurs d’art : Alexey Vasilyev vous invite dans les ateliers des artistes iakoutes.
…aux nostalgiques des JO de Tokyo : Alain Mounic vous raconte l’un des plus beaux moments des épreuves d’athlétisme.
…aux naturobédéphiles : Yoann Thionnet et Sylvain Bauduret viennent de sortir le tome 2 du Monde sauvage.
…aux amateurs de stats insolites : selon l’enquête annuelle de Cewe, 33% des Français  photographient leur animal de compagnie, soit 2% de plus que ceux déclarant photographier leurs enfants.
…aux nostalgiques de la 4L : cette campagne de 1992 signée Thierry Des Ouches et annonçant la fin de ce modèle mythique vous redonnera du baume au coeur.
…aux fans de Valérie Damidot : cette vidéo vous montre comment redonner des couleurs à votre boîtier… à vos risques et périls.
……à celles et ceux qui ont perdu leur âme d’enfant : Chuck Eiler l’a retrouvée
…aux Trekkies : vous n’êtes pas seuls.

verbatim

Pour ce projet, j’ai décidé d’avoir une écriture photographique qui soit une évocation à la fois de la musique de Chopin et de la présence de Chopin – qu’on dit exquise. C’était un homme plus malicieux qu’on ne le croit, certainement mélancolique, mais à la présence tellement attachante que je me suis tenue à cela. En parallèle, évidemment, j’ai lu tout George Sand, les textes sur Nohant et l’intégralité de la correspondance de Chopin.
FLORE

Une photo, ce n’est jamais la vraie vie. C’est toujours un choix. Mettre quelqu’un dans un studio immaculé avec un manteau hors de prix… ce n’est pas notre monde. Nous voulons un contexte, nous voulons construire une réalité autour de la personne que nous photographions.
INEZ & VINOODH

la petite musique de fin

Active depuis la fin des années 1970, Taeko Ōnuki est présentée par les sites spécialisés comme la reine de la city pop. Vous ne connaissez pas ce style musical ? Pourquoi ne pas commencer votre initiation par ce « Jaques-Henri Lartigue » (la coquille est d’origine), tiré de son album de 1985 Copine. Comme vous l’aurez deviné, la dame est francophile.

« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile
à travers quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.