Il ne vous reste plus que dix jours pour visionner gratuitement Toute la beauté et le sang versé, et ce serait dommage de ne pas en profiter car ce documentaire est un modèle du genre. Laura Poitras y suit Nan Goldin dans son combat contre la société pharmaceutique Purdue Pharma impliquée dans la crise des opioïdes. Parce que la photographe ne fait pas de distinction entre son art et ses activités militantes, le documentaire entrelace ces deux fils durant près de deux heures. Et ce n’est pas de trop pour raconter la vie tumultueuse de Nan Goldin. Celle-ci raconte notamment qu’à son arrivée à New York, elle a montré une vingtaine de photos à Marvin Heiferman qui, malgré leur mauvais état, a tout de suite accroché : « Il m’a demandé d’autres photos. Je lui en ai apporté une caisse entière ! J’ai persuadé un chauffeur de taxi de la transporter en échange d’une pipe. C’est comme ça que je suis entrée dans le monde de l’art ! On était en 1979. » Six ans plus tard, elle achevait « The Ballad of sexual dependency », projet phare que l’on peut voir actuellement au Grand Palais dans le cadre de « This will not end well », rétrospective où la voix des disparus emplit l’espace autant que leurs images. Cette exposition est complétée par un accrochage plus modeste, « Sœurs, Saintes et Sibylles », à la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière.

L’APPEL DE LA FORÊT

Photographe et poète attaché à la notion de « primordialité », Bernard Boisson était récemment l’invité d’En forêt, podcast réalisé par Le Zéphyr. Celui qui se décrit comme « un cycliste sans vélo » ne parle quasiment pas photo dans cette interview, mais ce qu’il dit sur la contemplation et sur le temps long a au fond plus de valeur que n’importe quel tuto YouTube : « Quand on s’immerge dans une vieille forêt, on éprouve des sensations, des sentiments qu’on ne vit ni dans les villes, ni dans les exploitations forestières, ni dans les campagnes. Il faut vraiment le vivre pour s’en apercevoir. Aujourd’hui, on est plus reliés aux idées de la nature qu’à la nature elle-même. On s’en rend compte quand on regarde les médias. »

BIENVENUE DANS L’ANTHROBOCÈNE

La photo la plus intrigante du palmarès du World Press Photo 2026 est sans doute celle montrant Waltraud, pensionnaire d’une maison de retraite près de Stuttgart, en pleine discussion avec Emma, un robot social. L’image appartient à un sujet plus large, « Anthrobocene », à travers lequel Paula Hornickel documente, à l’échelle de l’Allemagne, la présence toujours plus grande des robots dans notre quotidien. « J’ai visité plusieurs endroits, a-t-elle confié à Bruno Bayley, où des personnes handicapées collaboraient avec des robots : une compagnie de danse inclusive ou un centre de soins, par exemple. Ce qui m’a marquée, c’est que pour beaucoup d’entre elles, les robots n’étaient pas seulement des outils techniques ; ils les ont aidés à gagner en indépendance. » Ce qui n’empêche pas la photographe de s’interroger : « Quel rôle voulons-nous qu’ils jouent dans le futur ? Quelle autonomie voulons-nous leur donner ? Ces robots existent dans un système capitaliste. Qui les fabrique, qui les possède, qui en profite, et comment ? »  

pho•pho•photus

Sur le principe de feu Motus, saurez-vous trouver ce mot de 8 lettres en lien avec la photographie ?

En bref et en vrac...

Qui dit premier week-end de juin dit Foire de Bièvre ! Au programme de la 62e édition, on retrouve l’immanquable marché de l’occasion et des antiquités photographiques, mais aussi beaucoup d’animations et une double exposition mettant à l’honneur Jean-Christophe Béchet.
« L’intelligence artificielle, ce n’est pas de la photographie. La photo, c’est capter le réel »dit Cyril Drouhet. Ce qui n’empêche pas le commissaire des exposition de La Gacilly Photo de sélectionner le travail de Brodbeck & De Barbuat dans le cadre du festival.
Après Malick Sidibé, Reporters sans frontières met à l’honneur Vincent Munier dans son nouvel album « 100 photos pour la liberté de la presse ».
Plus impressionnant que la deuxième ligue des champions du PSG, ce sujet de Brian Inganga sur une équipe de footballeuses rwandaises qui se reconstruisent grâce au ballon rond.
Si vous travaillez en moyen-format argentique et êtes du genre à jongler entre les boîtiers pour assouvir vos envies de portrait, de paysage ou de panoramique, le VZ-6617 peut peut-être vous intéresser. 
Vogue Adria a fait se rencontrer le philosophe hégélien Slavoj Žižek et le portraitiste de stars Juergen Teller pour une séance photo suivie d’une discussion à bâtons rompus où il est question de Trump, d’Orban, des joies du confinement, des crises présentes et à venir, de la série Pluribus et des moeurs sexuelles de la Gen Z.
L’arrêt de l’utilisation de produits phytosanitaires a fait revenir la vie dans le cimetière du Père-Lachaise. S’il n’y était pas favorable au départ, Benoît Gallot, son conservateur, se réjouit aujourd’hui de voir et photographier des renards parmi les tombes.
Le Belfast Photo Festival fait le buzz en accueillant « Camera obsolete », une exposition qui laisse la possibilité aux visiteurs de détruire des appareils photo à coups de marteau.
Pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de Marilyn Monroe, Beaux-arts a retenu sept images cultes
Grâce à la NASA, vous pouvez désormais écrire votre nom avec des vues terrestres. Ça ne sert à rien ? Oui, et c’est pour ça que c’est bien !

verbatim

J’aime à penser que je pourrais être amie avec mes modèles, que l’appareil photo soit là ou non. J’adore côtoyer d’autres personnes, parler avec elles. Durant les séances, 80% du temps il n’est pas question de photographie. On discute, je demande à mes modèle comment ils vont, ce qui changé dans leur vie depuis la dernière fois qu’on s’est vus. Et les 20% restants, on se demande ce qu’on pourrait créer d’intéressant ensemble.
Mona KUHN

Pour moi qui ai grandi en ville et qui habite en région parisienne, il a fallu que je parte au Pérou pour ressentir l’intimité de notre lien aux plantes. Chaque cycle correspond à un travail d’éveil, spirituel, politique, humain, animal, végétal. Chaque fois, j’ai tâché de m’ouvrir à quelque chose qui m’était mystérieux. Et cela commence toujours par une image.
SMITH

la petite musique de fin

Ah, les ricochets de la mémoire… on regarde un documentaire vintage sur Jim Brandeburg et, dès le prégénérique, on tombe sur une empreinte de loup dans la neige qui fait tilt : « Mais ne serait-ce pas la photo de pochette de Falange canibal ? » Renseignement pris, c’est bien le cas. Cet album paru en 2002 est un des pics de la carrière de Lenine. Qu’est devenu le chanteur brésilien ? Eh bien, il est toujours actif et a même sorti il y a quelques mois un nouvel album, Eita, où l’on trouve ce duo avec la légende Maria Bethânia

A foto que tem cheiro, de tão nítida, ressoa tudo que a memória descortina. 
(La photo qui a une odeur, tellement nette, fait résonner tout ce que la mémoire dévoile.)

« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile
à travers quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.