Duane Michals, dont on a appris la disparition la semaine dernière, restera comme un des grands rénovateurs du langage photographique. Cet autodidacte, fasciné par l’œuvre de Magritte, sondait le monde et ses fantômes en usant de l’exposition multiple et en ajoutant à ses petits tirages noir et blanc des annotations manuscrites. Il se décrivait comme un « expressionniste », dans le sens où ce qui comptait pour lui c’était de s’exprimer au mieux, que ce soit par l’écrit ou par les photos. En 2009, alors âgé de 77 ans, il avait été invité par Les Rencontres d’Arles à présenter une sélection de ses photos le temps d’une soirée au Théâtre antique. En quelques minutes, ce showman-né avait conquis le public (on est bien loin de l’austérité du numéro de Contacts qui lui a été consacré). Si vous le pouvez, regardez aussi The man who invented himself, documentaire de Camille Guichard disponible en VOD où Duane Michals, 79 ans alors, fait montre de sa drôlerie et de son inventivité. Comme dans ce passage où on le voit lire cette adresse à ses lecteurs : « Ce n’est pas un hasard que tu lises ceci. J’inscris des traces noires sur le papier, et ces traces sont mes pensées. Bien que j’ignore qui tu es, toi qui lis en ce moment, les lignes de nos vies se sont rejointes ici, sur ce papier, le temps de ces quelques phrases. On se rencontre ici. Ce n’est pas un hasard que tu lises ceci ; ce moment t’a attendu, je t’ai attendu. Souviens-toi de moi. » Souvenons-nous de lui.

DES MICROORGANISMES AU SERVICE DE L’IMAGE

Au début des années 2010, Zachary Copfer avait fait parler de lui en produisant des portraits de célébrités à partir de bactéries. Le microbiologiste avait même donné un nom à son invention : la bactériographie. Pour résumer à gros traits le procédé, des bactéries sont élevées dans une boîte de Petri sur laquelle Copfer pose un négatif puis qu’il expose à des radiations pour tuer les bactéries dans les zones claires. Naît ainsi une image qu’il s’agit ensuite de fixer. Hasard ou coïncidence, à peu près au même moment, Wolfgang Ganter a lui aussi mis à contribution les bactéries dans ses travaux photographiques. Mais l’artiste allemand n’utilise pas ces microorganismes comme une matière première, il les voit plutôt comme des auxiliaires de création. Il leur confie, par exemple, des diapositives représentant des tableaux de maître et leur laisse le soin d’en grignoter la gélatine pour en pervertir les couleurs et les formes. Le résultat est aussi aléatoire que jubilatoire. « Pour un artiste, ce n’est jamais ennuyeux, confiait-il récemment à Twist . Il y a sans arrêt des surprises. » Son intervention dans l’émission d’Arte commence à la huitième minute – mais restez jusqu’à la fin pour découvrir le travail original d’Isaac Cordal, entre sculpture et photographie.

CINQUANTE PIONNIÈRES

Les photomontages d’Hannah Höch étaient peuplés d’êtres hybrides, qui questionnaient les identités et les normes de genre. Wanda Wulz, elle aussi, a tâté du photomontage pour créer des images troublantes de magnétisme. Ceux de Grete Stern se voulaient une interprétation psychanalytique des rêves. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Julia Pirotte photographiait au plus près les actions des maquisards. Durant la même période, Mey Rahola travaillait dans un studio qui réalisait des photographies d’identité pour les cartes de rationnement. Et que dire de Madame Yevonde et Felicia Abban, toutes deux pionnières du portrait, la première pour avoir exploré la couleur, la seconde pour avoir inspiré la jeunesse d’Afrique de l’Ouest. Toutes ces infos ne sortent pas de notre chapeau, mais d’une série d’articles de Beaux-Arts, simplement intitulée « 50 artistes femmes que vous devriez absolument connaître » et d’autant plus recommandable qu’elle a la bonne idée de sortir des sentiers battus.

pho•pho•photus

Sur le principe de feu Motus, saurez-vous trouver ce mot de 11 lettres en lien avec la photographie ?

En bref et en vrac...

« L’appareil photo, disait David Hockney, ne peut rivaliser avec la peinture ». Ce qui n’empêchait pas l’artiste britannique d’être un mordu de Pola et de photocollages
Dans le documentaire L’oiseau bleu, Jérôme Guillaumot suit un couple de rolliers d’Europe de retour d’Afrique. Que de chemin parcouru par ces migrateurs… et par le réalisateur depuis ses premières photos de rollier publiées dans Nat’Images !
Les amours de Roméo et Juliette s’écrivent désormais à Central Park, sous les yeux et les objectifs de Jacqueline Emery et David Lei.
Transformer une passion en source de revenus, une fausse bonne idée ?
Au croisement de l’enquête personnelle et du projet universel, Manon Tagand présente son projet « Boîte noire » au micro de L’œil écoute.
À l’occasion d’une exposition au Musée de Grenoble, Bernard Descamps s’est prêté au jeu de l’interview-parcours. Aussi intéressant qu’instructif.
La RTS s’est intéressée à Swisstopo, office fédéral qui depuis cent ans photographie le territoire helvète depuis les airs mais aussi à terre.
Au début des années 90, pour sa série « Signs », Gillian Wearing demanda à 500 Britanniques croisés dans la rue d’écrire leur état d’esprit sur un panneau. Spoiler alert : les gens n’allaient pas mieux avant.
Au macLyon, une rétrospective rend hommage à Jean-Claude Guillaumon, artiste multicarte qui a trouvé dans l’autoportrait photographique un moyen de « détruire la vanité de la représentation de [s]a propre image« .
La RTBF vous propose un quiz « IA ou vraie photo ? »… il est loin le temps où il suffisait d’examiner les mains des personnes pour avoir la bonne réponse.
Quand il a découvert Rain dogs de Tom Waits, Mathieu Potte-Bonneville a cru que c’était le chanteur qu’on voyait sur la pochette (il n’est pas le seul !).
Après le Pont-Neuf, un nouveau projet d’envergure attend JR.

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Ce qui rend l’Amérique latine unique, c’est la façon dont ces rituels et traditions autochtones se sont répandus au-delà de leurs communautés d’origine. Les coutumes anciennes se mêlent à des vagues d’immigration, façonnant une identité profondément hybride. Ce projet est devenu une recherche anthropologique sur l’origine, ce que nous gardons et comment quelque chose de sacré peut se cacher dans quelque chose d’aussi simple que les cheveux.
Irina WERNING

Survêtements, combis d’équitation, chaînes et bagues en or. J’aime ce qui brille, j’aime le bling bling. De ce point de vue, j’étais servi à la foire aux chevaux d’Appleby. Et parce que j’aime aussi les tatouages, je ne pouvais pas m’arrêter de shooter. J’en ai vu de complètement fous, des trucs modernes comme des antiquités.
Lorenzo RONCAGLIONE

la petite musique de fin

Le 17 juin 1983, The Police sortait son cinquième album, Synchronicity. Le dernier du groupe. Les tensions étaient si grandes entre Sting, Andy Summers et Stewart Copeland que chacun avait enregistré ses parties dans son coin. Alors, poser ensemble sur la pochette de l’album, n’y pensez même pas. Dans l’esprit de Let it be, autre disque de séparation, il fut donc décidé de mettre en couverture un patchwork de photos sur trois bandes distinctes (une pour chaque membre du groupe). Et à qui fit-on appel pour prendre ces photos ? À Duane Michals ! 
Les plus attentifs auront remarqué que, dans la vidéo, la pochette de l’exemplaire de Synchronicity que Duane Michals tient entre ses mains est différente de celle présentée plus haut. Et pour cause : rien que pour le marché américain, il en existe 38 variations ! Selon les régions du monde et les distributeurs, la disposition des bandes jaune, rouge et bleu changeait, tout comme les photos d’illustration. De quoi rendre fous les collectionneurs

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