Le métier d’agent de photographes reste assez mystérieux, et même si certains sites s’emploient à en décrire les arcanes, rien ne vaut la parole des intéressés pour comprendre de quoi il retourne véritablement. Pour son podcast Les Voix de la Photo, Marine Lefort a invité à son micro Sabine Troncin-Denis, l’agent de Michael Kenna pour l’Europe. Cette ex-galeriste au parcours sinueux s’est constitué un réseau avec le temps, mais ce sont les aléas de la vie qui l’ont conduite à représenter le photographe britannique. Concernant son métier, la Nancéienne coupe court aux comparaisons avec la série Dix pour cent : non, elle ne touche pas un pourcentage sur les tirages vendus. Son rôle est, au fond, bien plus stimulant puisqu’elle doit trouver des projets éditoriaux ou muséaux qui valorisent les œuvres de son poulain. Quitte parfois à sentir du dépit dans les yeux de ses interlocuteurs. « Ils préféreraient parler à Dieu qu’à Saint-Pierre », dit-elle avec un sourire. C’est elle aussi qui, en 2022, a œuvré pour que se fasse la donation de 3683 tirages de Michael Kenna à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie. Une véritable déclaration d’amour à la France.
PS : jusqu’au 15 août, la galerie Rousset (Avignon) accueille l’exposition “Paysages de Corée du Sud”, réunissant un ensemble de tirages argentiques en noir et blanc de Michael Kenna.

RÉVEIL NORMAND

Durant le printemps, France TV a proposé une nouvelle expérience de « slow tv ». Après le brame du cerf et les grandes marées, il s’agissait cette fois-ci de contempler H24 le réveil de la nature normande via une batterie de caméras placées à des endroits stratégiques. Le « Sacre du printemps » est désormais terminé, mais on peut en revivre les meilleurs moments commentés par des scientifiques, des naturalistes et des artistes. Régional de l’étape, le photographe Frank Deschandol a ainsi raconté à Maud de Bohan comment son regard s’est construit au contact des paysages normands, même s’il est aujourd’hui reconnu pour ses images d’insectes et de reptiles exotiques. Ce qui ne l’empêche pas de s’aventurer à l’occasion en baie de Seine, près du Havre, pour y photographier la difficile cohabitation entre guêpes coucou et ammophile. Frank Deschandol est à l’affiche du Festival Photo Martagny. Si vous avez des questions à lui poser, ne manquez pas la rencontre organisée le 15 août à 16h dans le cadre de la manifestation.

LES SILLONS DE LA VIE

D’Angela Merkel à Julian Assange, de Cher à Koby Bryant, de Bill Gates à Jane Goodall, tous les grands de ce monde sont passés devant l’objectif de Martin Schoeller. Les portraits de l’ex-assistant d’Annie Leibovitz sont reconnaissables à leur éclairage frontal et à leur cadrage très serré. Cette approche, ajoutée au fait que le Munichois opère en moyen-format, n’épargne pas les modèles dont on voit la moindre cerne, la moindre cicatrice. Le procédé, finalement assez vain, gagne en profondeur quand Martin Schoeller l’applique à ses portraits de survivants de l’Holocauste. Ces anonymes, nonagénaires pour la plupart, portent sur leur visage parcheminé et dans leurs yeux embrumés une histoire qui ne peut laisser insensible.

pho•pho•photus

Sur le principe de feu Motus, saurez-vous trouver ce mot de 8 lettres en lien avec la photographie ?

Vous avez dit 50 ?

Le podcast Faut pas pousser les ISO a consacré une chronique aux 50 ans de Chasseur d’Images (autour de la 21e minute). Merci à eux !
Cinquante festivals de Cannes au compteur, Gilles Traverso remercie Thierry Frémaux d’avoir interdit les smartphones sur le tapis rouge.
« En 1976, un quart de page noir et blanc dans L’Express ou Le Point vaut à peine 150 F (92 €), la pellicule coûte 6 F (3,7 €) et une secrétaire gagne 1 500 F/mois (1750 €). » Retour sur la vie des agences photo de la grande époque…
Neils Slavin raconte When two or more are gathered together, un demi-siècle après la publication de ce livre référence.
Depuis 1976, grâce aux missions Vikings, on peut observer Mars dans toutes ses couleurs… et voir certaines taches s’étendre.
Légende du photojournalisme, Sam Nzima restera dans l’histoire pour son image emblématique du soulèvement de Soweto (qui lui vaudra un placement en maison d’arrêt de 19 mois). Cinquante ans après, son fils Thulani se souvient.
Jusqu’au 13 septembre, le Musée McCord-Stewart de Montréal se souvient des JO de 1976.
Sans chronologie ni fil thématique, cette galerie commentée tient davantage du fourre-tout que du corpus raisonné, mais la voix off a quelque chose de berçant.
Non, le 50 mm n’est pas une focale ennuyeuse. La preuve en trois astuces. À compléter évidemment par la lecture de notre Défi du mois.
À Ajaccio, Albert Saladini fête ses cinquante ans de photojournalisme à travers une exposition réunissant cinquante de ses clichés.
Parmi les premiers signataires de « L’appel du 18 joint », diffusé il y a cinquante ans, on trouve une photographe… qui depuis a emprunté des voies bien plus académiques. Saurez-vous la retrouver ?
Nate Emmanuel ou quand le folk chrétien chante les louanges du 50 mm : « Life is like a fifty mil / I was meant to focus on you, God… »

verbatim

Cette image raconte le monde contemporain. C’est le regard d’une femme sur une femme. Il y a quelque chose d’éternellement paisible, d’archaïque, alors qu’on ne voit ni le ciel, ni la terre et qu’il n’y a pas d’eau… C’est hostile. Ça raconte où en est le monde, comment on élève des enfants et comment retrouver le lien du geste naturel, de la tendresse, dans un monde de brutes.
CAMILLE

Il y a beaucoup de trains dans mes images, comme une représentation à la fois figurative et littérale de l’espace entre A et B, un terrain presque imperceptible. C’est là que j’ai souvent trouvé cette expérience quotidienne. Il n’y a pas de gens avec des fusils ou de gangsters. Ce n’est pas non plus une histoire de superlatifs. Très souvent, on n’entend parler d’une personne noire que si elle a escaladé un immeuble pour sauver un enfant, ou si elle a marqué un but. Mes photos montrent le quotidien, une expérience humaine. C’est ce qui m’intéresse vraiment et c’est ce qui relie toutes mes photographies.
Johny PITTS

la petite musique de fin

Sorti fin mai, l’ambitieux dernier album de Mull Historical Society fait le pari d’unir musique, littérature et photographie. Pour ce projet, Colin Mcintyre (l’homme derrière MHS) a demandé à des auteurs et autrices de langue anglaise mais d’origines diverses (Écosse, Irlande, Angleterre, Botswana, Palestine, États-Unis, Nigeria) d’écrire un texte sur une photographie de leur choix. À partir de cette matière, MacIntyre a composé douze chansons « explorant les thèmes de l’espoir, de l’identité, de la mémoire et de l’humanité ». Le premier extrait de cette super-production est « Dopamine eyes », un titre réalisé en collaboration avec Irvine Welsh, romancier à succès à qui l’on doit, entre autres, Trainspotting.

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