À l’heure du tourisme de masse, tout le monde se rend sur les mêmes sites, adoptent les mêmes points de vue, produit les mêmes photos. Corinne Vionnet s’est véritablement rendu compte de ce panurgisme mondialisé en 2005, en se rendant à Pise puis en constatant que sur Internet les photos postées était toutes prises du même endroit. Ce phénomène, qui n’a fait que s’accentuer avec l’arrivée d’Instagram, lui donna l’idée de « Photo opportunities », une série créée par assemblage de milliers de photos glanées sur le web. En résultent des compositions vibrantes qui flirtent avec l’impressionnisme. Dans « Going nowhere », son projet le plus récent, elle utilise le Rolodex, ce carnet d’adresses rotatif tombé en désuétude avec l’arrivée des smartphones, pour traduire le tourbillon d’images qui finit par nous engloutir : « En tournant ce Rolodex, j’espère que le public va ressentir cette boucle sans fin, cet engrenage et se demander comment en sortir. » Pour entendre l’artiste s’exprimer en longueur sur sa démarche, on vous conseille l’entretien qu’elle a donné il y a un an à Thibault Brunet et Marceau Truffaut dans le cadre de l’émission « Sans-titre ».

IAN BERRY, 1934-2026

Ian Berry nous a quittés à l’âge de 92 ans. Il restera comme le seul photojournaliste à avoir couvert le massacre commis le 21 mars 1960 dans le township sud-africain de Sharpeville. Lors du procès qui suivit, ce sont ses photos qui prouvèrent la culpabilité des policiers (blancs). Ces derniers avaient dans un premier temps déclaré qu’ils avaient tiré une rafale parce que les manifestants (noirs) s’étaient montrés agressifs envers eux, là où les photos les montraient tirant dans la foule sans distinction puis rechargeant leurs armes. Trente-quatre ans plus tard (une éternité), le photographe britannique documentait l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela. Ian Berry fut aussi l’un des rares à couvrir, en 1968, le Printemps de Prague. Dans un registre beaucoup plus léger, signalons enfin ce reportage de commande sur le couple Gainsbourg-Birkkin en goguette à Londres en 1970.

BONNES FEUILLES D’AUTOMNE

La libraire La Comète vient de mettre en ligne un nouvel épisode de “Dans les pages de…”, module audio et vidéo dans lequel un auteur ou une autrice présente son livre. Ici, Bénédicte Blondeau présente Ondes, projet mêlant l’expérimental au sensible. Avant elle, Maxiliano Tineo, Apolline Lamoril et Lucas Kleinholtz avaient ouvert la voie. Une initiative à saluer en ces temps moroses pour le marché du livre (photo ou non). Et d’autant plus qu’elle met en lumière la photographie d’auteur et des maisons d’édition étrangères.

pho•pho•photus

Sur le principe de feu Motus, saurez-vous trouve ce mot de 10 lettres en lien avec la photographie ?

À part ça...

Vous travaillez dans une bibliothèque ou dans un établissement public et vous voulez participer aux festivités du Bicentenaire de la photographie ? C’est possible. Le GrandPalaisRmn (Réunion des musées nationaux) et la Médiathèque du patrimoine et de la photographie mettent à disposition des collectivités des expositions thématiques en kit (moyennant inscription, on vous envoie gratuitement les fichiers HD, il vous reste ensuite à les imprimer).
S’en étonnera-t-on ? Trump aurait banni Associated Press du Bureau oval et d’Air Force One parce que l’agence a refusé de lui céder les droits de la photo prise par Evan Vucci lors de l’attentat raté de Butler en 2024.
Autorisée dans un premier temps (à condition de ne pas utiliser le flash), la photographie est désormais interdite dans la salle du British Museum accueillant la tapisserie de Bayeux.
Le portfolio de Stéphane Lavoué dans le nouveau numéro de Chasseur d’Images vous a donné envie d’en savoir plus sur sa démarche ? Rendez-vous le 30 septembre à Ploemeur pour une rencontre-signature.
Le petit du cheval se nomme le poulain, mais comment appelle-t-on le petit de l’hippocampe. Il faudra demander à Julien Anton, grand vainqueur du Ocean Photographer of the Year.
En début d’année, on vous disait tout le bien qu’on pensait de la série documentaire Origines, un conte de la lumière. L’émission « Le Dock » a invité le réalisateur et le créateur des effets spéciaux à en raconter les coulisses (si vous trouvez le début longuet, sautez à la 54e minute).
Envoyée comme missionnaire au Congo, Alice Seeley Harris a photographié les atrocités commises par les colons belges… sans mesurer la portée historique de ses images.
La nébuleuse du requin n’a jamais aussi bien porté son nom que dans l’image réalisée par Ali Alobaidly depuis le désert du Koweit. Un cliché d’exception qui a convaincu le jury de l’Astronomy Photographer of the Year 2026.
Le 15 septembre dernier, la NASA a, pour sa part, mis à l’honneur un alignement céleste du plus bel effet. Ce cliché, capturant le passage de Vénus derrière la Lune, a été réalisé en plein jour par Arnaud Mariat, photographe basé dans l’Ain qui n’en est pas à son coup d’essai.
Dimitri Beck se souvient de Catherine Ringer par l’entremise d’une photo prise en 2009 par Renaud Corlouër.

Ian Berry, dont on vous parlait plus haut, a un homonyme spécialisé dans la recréation de photos à partir de… blue jeans.  

Que faire quand une harde de 400 rennes sauvages se rue dans votre direction ? Serrer les fesses !

façon puzzle

Question : À qui doit-on cette photo conservée à la Bibliothèque du Congrès ? Le nom suffira. 

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verbatim

Messieurs les Présidents,
Madame et Messieurs les ministres de la Culture,
Madame et Messieurs de la finance,
Je ne peux pas fêter le bicentenaire de la photographie alors qu’il n’y a plus un seul photographe professionnel qui gagne sa vie aujourd’hui…
Serge ASSIER

Avec la poussée de l’IA, le monde va dans deux directions différentes en termes de visuels. Il y a le super-évident : « l’IA peut faire ça, alors pourquoi ne pas en profiter ? ». Et puis il y a toute cette  attraction pour l’imperfection humaine. Moi, j’ai toujours été attirée par les imperfections humaines, parce qu’elles rendent les choses belles. Donc je plonge encore plus dans cette voie. Je ne pense pas que l’IA puisse imiter ça.
Olivia BEE

la petite musique de fin

Il y a vingt ans, Nikon sortait le D80, un reflex grand public doté d’un capteur APS-C de 10 Mpix et offrant une rafale de 3 i/s. Un boîtier sans histoires (à quelques « Err » près), mais qui a suffisamment marqué Keith Matthew Thornton, alias Kool Keith, pour qu’il lui consacre un morceau en 2019 sur l’album Computer technology. Fun fact : le temps d’un titre, le rappeur a collaboré en 2024 avec le dénommé Kiew Nikon, pseudonyme choisi pour sa double référence à des marques d’appareil photo : Kiev d’un côté, Nikon de l’autre.

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