Petits secrets d'oiseaux

Démarré par Roland Ripoll, Hier à 10:48:23

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Roland Ripoll

En rangeant et en triant mes dossiers photos sur le disque dur, j'ai retrouvé ce vieux fil, posté il y a plusieurs années dans la section digiscopie. Il m'a semblé pertinent de le reposter aujourd'hui ici pour davantage de lisibilité, les sujets abordés me paraissant pouvoir vous intéresser, du moins je l'espère...

1. Au nom du Saint-Esprit

Le Faucon crécerelle est une des rares espèces, comme l'Élanion blanc, le Circaète, les sternes, le Balbuzard pêcheur et d'autres,  à faire du  vol stationnaire.  C'est sans doute lui qui le pratique le mieux et le plus souvent. Tout le monde a pu l'observer comme suspendu à un fil,  battre des ailes rapidement, la queue étalée et rabattue vers le bas. Il maîtrise ce vol dit « en Saint-Esprit » grâce à une coordination parfaite des ailes et de la queue.  Lorsqu'on l'observe faire ainsi du surplace, on pourrait penser qu'il cherche, au hasard,  à apercevoir au sol une proie.



Ce n'est pas faux mais ce n'est pas non plus tout à fait  exact. Cela ne doit rien au hasard. Ce qu'il cherche en réalité, ce n'est pas un mulot, un campagnol ou une souris, mais plus précisément les traces fraîches d'urine ou de matières fécales que les petits rongeurs déposent le long de leurs trajets. Ces traces sont très visibles à la lumière ultraviolette et le Faucon crécerelle a la faculté de percevoir cette lumière.

Le campagnol, comme beaucoup de mammifères, laisse des marques d'urine partout où il passe. Il laisse derrière lui un véritable réseau de pistes odorantes totalement invisibles à l'œil nu. Mais éclairée avec une lampe à ultraviolets, l'urine de campagnol prend alors une teinte  bleu fluorescent. Le faucon crécerelle peut, grâce à cette étonnante acuité visuelle, facilement repérer ce genre de traces et guetter en vol stationnaire, juste au-dessus de l'endroit où elles sont le plus nombreuses ou les plus récentes, le passage attendu et prévu  de l'une de ses proies...



Les yeux du Faucon crécerelle sont donc des organes très performants. Rappelons qu'il est capable de voir un insecte de 2 mm à 18 mètres de distance ! De plus, les taches sombres qu'il a sous les yeux absorbent les rayons du soleil et l'empêchent d'être ébloui.



Des études récentes tendraient à montrer que les odeurs mettent sans doute aussi les rapaces sur la piste des rongeurs, mais les zoologistes mesurent encore mal leur importance...



Enfin, et pour essayer d'être complet, ses yeux étant fixes à l'intérieur de leur orbite, il ne peut donc pas regarder à gauche et à droite sans bouger la tête comme nous le pouvons le faire. Pour pallier à cet inconvénient, sa colonne cervicale est particulièrement mobile, elle possède jusqu'à 14 vertèbres . Il n'y en a que 7 chez l'homme.

Etre simple pour être vrai

rdmphotos

tout un art la digiscopie que tu maitrise a la perfection
excellentes images

agl33

Je vais suivre ce fil avec attention, cela va me permettre d'apprendre beaucoup de chose que je ne connaissais pas, par avance, merci.

Clic-Clac 51

Citation de: rdmphotos le Hier à 11:31:16tout un art la digiscopie que tu maitrise a la perfection
excellentes images
Tout a fait d'accord avec toi Daniel

Vivement la suite...on va se régaler ::)  ::)  ::)

Amicalement Denis ;)

robsou

Une initiative bienvenue qui permet déjà d'associer, dans cette première série, qualité des illustrations et intérêt du naturaliste pour le comportement du Faucon crécerelle.

Robert

Citation de: Roland Ripoll le Hier à 10:48:23En rangeant et en triant mes dossiers photos sur le disque dur, j'ai retrouvé ce vieux fil, posté il y a plusieurs années dans la section digiscopie. Il m'a semblé pertinent de le reposter aujourd'hui ici pour davantage de lisibilité, les sujets abordés me paraissant pouvoir vous intéresser, du moins je l'espère...

1. Au nom du Saint-Esprit

Le Faucon crécerelle est une des rares espèces, comme l'Élanion blanc, le Circaète, les sternes, le Balbuzard pêcheur et d'autres,  à faire du  vol stationnaire.  C'est sans doute lui qui le pratique le mieux et le plus souvent. Tout le monde a pu l'observer comme suspendu à un fil,  battre des ailes rapidement, la queue étalée et rabattue vers le bas. Il maîtrise ce vol dit « en Saint-Esprit » grâce à une coordination parfaite des ailes et de la queue.  Lorsqu'on l'observe faire ainsi du surplace, on pourrait penser qu'il cherche, au hasard,  à apercevoir au sol une proie.


Ce n'est pas faux mais ce n'est pas non plus tout à fait  exact. Cela ne doit rien au hasard. Ce qu'il cherche en réalité, ce n'est pas un mulot, un campagnol ou une souris, mais plus précisément les traces fraîches d'urine ou de matières fécales que les petits rongeurs déposent le long de leurs trajets. Ces traces sont très visibles à la lumière ultraviolette et le Faucon crécerelle a la faculté de percevoir cette lumière.

Le campagnol, comme beaucoup de mammifères, laisse des marques d'urine partout où il passe. Il laisse derrière lui un véritable réseau de pistes odorantes totalement invisibles à l'œil nu. Mais éclairée avec une lampe à ultraviolets, l'urine de campagnol prend alors une teinte  bleu fluorescent. Le faucon crécerelle peut, grâce à cette étonnante acuité visuelle, facilement repérer ce genre de traces et guetter en vol stationnaire, juste au-dessus de l'endroit où elles sont le plus nombreuses ou les plus récentes, le passage attendu et prévu  de l'une de ses proies...

Les yeux du Faucon crécerelle sont donc des organes très performants. Rappelons qu'il est capable de voir un insecte de 2 mm à 18 mètres de distance ! De plus, les taches sombres qu'il a sous les yeux absorbent les rayons du soleil et l'empêchent d'être ébloui.

 

Des études récentes tendraient à montrer que les odeurs mettent sans doute aussi les rapaces sur la piste des rongeurs, mais les zoologistes mesurent encore mal leur importance...

 

Charly 84

Un très beau départ, je ne suis pas surprise, ça va parfaitement dans ton sens  ;)

svt

Bonjour,

Merci beaucoup Roland pour l'ouverture de ce fil.

Citation de: Roland Ripoll le Hier à 10:48:23Cela ne doit rien au hasard. Ce qu'il cherche en réalité, ce n'est pas un mulot, un campagnol ou une souris, mais plus précisément les traces fraîches d'urine ou de matières fécales que les petits rongeurs déposent le long de leurs trajets. Ces traces sont très visibles à la lumière ultraviolette et le Faucon crécerelle a la faculté de percevoir cette lumière.
Le campagnol, comme beaucoup de mammifères, laisse des marques d'urine partout où il passe. Il laisse derrière lui un véritable réseau de pistes odorantes totalement invisibles à l'œil nu. Mais éclairée avec une lampe à ultraviolets, l'urine de campagnol prend alors une teinte  bleu fluorescent. Le faucon crécerelle peut, grâce à cette étonnante acuité visuelle, facilement repérer ce gen

Or sur la page de Wikipedia consacrée au Faucon crécerelle on peut lire :

"Une étude de 1995 suggère que le Faucon crécerelle verrait dans l'ultraviolet, ce qui lui permettrait de suivre les traces d'urine et de fèces laissées par les campagnols, ces traces étant visibles en lumière ultraviolette (320-400 nm)[91]. Toutefois, une expérience de 2013 montre que le facteur de transmission des ultraviolets dans l'œil des faucons chute sensiblement en deçà de 400 nm pour atteindre zéro à 340 nm. Les chercheurs ont également mesuré la réflectance UV de l'urine et des fèces du Campagnol des bois et du Campagnol agreste, sans retrouver les chiffres publiés en 1995, et concluent que davantage de recherches sont nécessaires. La question reste donc ouverte."

En 2020, le biologiste Graham R. MARTIN écrit dans son livre Bird Senses How and What Birds See, Hear, Smell, Taste, and Feel :
"Il convient de noter que l'affirmation largement répandue selon laquelle les faucons ont une vision UV, qu'ils utilisent pour guider leur quête de nourriture, n'est plus soutenue."

Jean-François

Roland Ripoll

Merci à vous tous ! Et merci à toi Jean-François d'apporter de nouvelles informations ! C'est toute la finalité d'un forum que d'échanger et de partager.
Etre simple pour être vrai

svt

Bonjour

Citation de: Roland Ripoll le Hier à 10:48:23Les yeux du Faucon crécerelle sont donc des organes très performants. Rappelons qu'il est capable de voir un insecte de 2 mm à 18 mètres de distance !
Pourrais-tu indiquer les sources (article(s) scientifique(s)) de cette information?
Les rapaces comme le Faucon crécerelle ont certes une excellente vue mais par quelle méthode scientifique rigoureuse peut-on mesurer qu'il voit "un insecte de 2 mm à 18 mètres" ?
Je suis d'accord sur le fait qu'on peut lire cette information sur de nombreux sites internet qui se copient les uns les autres mais sans citer la source originale si elle existe (?).
Qu'en penses-tu?

Jean-François

Roland Ripoll

Je ne sais pas, Jean-François, s'il existe une source originelle de cette information. De plus, je n'ai pas les moyens de la vérifier. Je me suis fié à ce qui est paru dans la littérature.

2.Quand le cormoran étire ses ailes...

Quand le cormoran étire ses ailes au soleil, fait-il réellement sécher son plumage ? Face à une posture aussi évidente, poser la  question, c'est douter de la réponse.... Car certains pensent qu'il est tout simplement en train de digérer !



Le comportement « ailes ouvertes » du cormoran, silhouette caractéristique, a pourtant  fait l'objet de nombreuses études et  beaucoup ont conclut à la fonction purement séchage de cette attitude. Son plumage en effet ne serait pas imperméable [plus précisément, son plumage n'est que partiellement perméable.] car il ne possède pas, comme les autres oiseaux aquatiques, de glande uropygienne.

Mais une étude menée en 1984 a montré que les sécrétions de la glande uropygienne ne servaient pas à l'imperméabilité du plumage des oiseaux. C'est la structure microscopique des plumes qui confère cette propriété.



Certains scientifiques ont donc avancé que cette posture  aurait d'autres fonctions, et notamment  une fonction digestive. Le cormoran prendrait cette attitude pour réchauffer sa poitrine et par conséquent le bol alimentaire, facilitant ainsi la digestion.

Ce mécanisme de thermorégulation permettant à l'oiseau d'utiliser la chaleur dégagée par la contraction des muscles alaires (SIMMONS 1986, GREMILLET 1997), pour mieux digérer les proies en milieu froid..



D'autres ont également pensé que cette attitude lui servait à garder un certain équilibre, qu'elle était un moyen de communication, ou bien qu'elle assurait et qu'elle délimitait un espace autour de l'individu, lui permettant de tenir à distance raisonnable ses congénères...



Enfin certains ont pensé que signal annonçait aux autres individus une pêche fructueuse...

Comme on le voit, le débat n'est pas tranché et il faut bien reconnaître qu'on ne pas encore très bien les raisons de ce comportement.


Etre simple pour être vrai