Petits secrets de fleurs...

Démarré par Roland Ripoll, Juin 29, 2022, 10:28:01

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Mex (alias Jmc)

Et bien tu nous offres encore une belle série Roland,

avec tournesols carotte souci marguerite qui viennent ici enrichir ton joli fil

bravo encore!! 
Jean mi

Clic-Clac 51

Belle MàJ et c'est toujours un plaisir de te lire
Amicalement Denis ;)

ChrisC06

Les marguerites sont des fleurs sympas... et j'adore des explications...  ;)
Merci Roland !
Chris

Roland Ripoll

Merci à vous tous !

L'Ophrys abeille:  labelle et la bête...

Le labelle est la caractéristique des orchidées, du moins des Ophrys. Le plus souvent tourné vers le bas, comme une lèvre inférieure, ce pétale présente souvent une couleur et une forme différentes de celles des deux autres pétales.

Le labelle de l'Ophrys abeille (Ophrys apifera) ressemble à un insecte et, comme son nom l'indique, plus précisément à une abeille. Il s'agit ici d'un mimétisme très poussé chez plusieurs orchidées qui porte non seulement sur la forme, la couleur et la pilosité mais également sur l'odeur. Car la fleur émet en effet des substances volatiles, près d'une centaine, qui ressemblent aux phéromones produites par les abeilles femelles !

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Portées par le vent, ces composés odorants sont détectés de loin  par les abeilles mâles qui sont attirés et se dirigent alors vers la fleur. Arrivés près d'elle, ils se posent et confondent le labelle avec une abeille femelle avec lequel ils tentent de s'accoupler. Car il ne s'agit pas ici de récolter du nectar, l'Ophrys abeille n'en produit pas.

C'est un cas rare, pour ne pas dire unique, d'un accouplement "contre-nature" entre une fleur et un animal car c'est un accouplement réel pour l'insecte qui peut rester plusieurs minutes sur la fleur. Durant ce temps, en faisant des mouvements de va-et-vient,  il frotte sa tête contre les étamines qui y déposent des grains de pollen. Un autre accouplement un peu plus loin avec un autre labelle d'Ophrys permet la fécondation (croisée) de cette fleur, le mâle ayant déposé le pollen sur ses stigmates...

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Cette  stratégie reproductive sophistiquée, basée sur le mimétisme sexuel est déjà extraordinaire,  mais le plus extraordinaire dans tout cela, à mon sens, c'est qu'à une certaine époque (quand ?) il a fallu que la plante élabore ce stratagème et pense (mais avec quel cerveau ?)  à utiliser le leurre sexuel comme moyen d'attirer les insectes.

Puis qu'elle observe en détails (mais avec quels yeux ?) l'abeille femelle pour lui ressembler tant soit peu.

Enfin qu'elle capte ses phéromones (mais avec quel nez ?) pour décomposer (comment et par quels moyens ?) et recompose chimiquement (dans quel laboratoire ?) à coups, de molécules, de terpénoïdes, d'esters méthyliques phénoliques et autres substances, la même odeur ?

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On a par exemple retrouvé les mêmes hydrocarbures dans le labelle de l'Ophrys araignée et dans la cuticule des femelles de l'abeille Andrena nigroaenea.

Plus surprenant encore, ces composés volatils – des alcanes et des alcènes – sont présents exactement dans les mêmes proportions chez la plante et chez l'insecte. Elle est en l'état des connaissances la seule du genre Ophrys à avoir une chimie correspondant précisément à celle de l'insecte qui la pollinise.

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Cette stratégie de pollinisation reposant sur une relation exclusive, ou quasi-exclusive avec leur  pollinisateur rend les Ophrys particulièrement vulnérables au changement climatique.

En effet, si leurs insectes pollinisateurs venaient à naître plus tôt que ne fleurissent les Ophrys, cela pourrait aboutir à une rupture de l'interaction entre l'orchidée et son pollinisateur, à moins que la plante ne parvienne à attirer un autre insecte un petit peu plus tardif.

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A noter toutefois qu'en l'absence d'insectes, l'Ophrys abeille est capable de s'autoféconder. Ce qui fait dire à certains que cette stratégie du leurre sexuel semble ne pas fonctionner et n'est peut être qu'une légende...

Cette autofécondation entraîne parfois des anormalités de couleur, telles que la dépigmentation et favorise l'apparition  de mutants particuliers (appelés lusus) que les anciens botanistes ont décrit par erreur comme des espèces à part entière.

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Etre simple pour être vrai

Charly 84

Superbe série, bravo Roland, come d'habitude tu nous gâtes  ;)

Mex (alias Jmc)

Bravo pour cette série Orchidées

 des fleurs que j'adore photographier!
Jean mi

urka

Très belles réalisations sur la page précédente et, bien sûr, excellente présentation
de l'ophrys abeille! ;)
André.

Clic-Clac 51

Citation de: Mex (alias Jmc) le Décembre 01, 2025, 20:53:12Bravo pour cette série Orchidées
des fleurs que j'adore photographier!
Il en est de même pour moi

J'ai également lu avec grande attention le texte qui accompagne ces belles images

Amicalement Denis ;)

robsou

Une orchidée très photogénique et bien illustrée dans ta série avec un + pour les 2 et 5.

Roland Ripoll

#259
Merci beaucoup ! J'ai plaisir à voir que les petits secrets des fleurs vous intéressent.

Quand les fleurs mâles et les fleurs femelles n'ont pas la même odeur...

Chez les plantes dioïques, les fleurs mâles et les fleurs femelles se trouvent sur des pieds différents. On appelle cela la diécie.

Pour assurer la fécondation, ces plantes ont obligatoirement recours aux insectes pollinisateurs. La visite des fleurs mâles (chargées de pollen) devant bien évidemment se faire avant la visite des fleurs femelles (porteuses d'ovules).

Compagnon blanc (fleur mâle)




Compagnon blanc (fleur femelle)




on a observé, notamment chez le "Compagnon blanc" (Silène latifolia)  que les fleurs mâles sont plus odorantes que les fleurs femelles afin d'attirer prioritairement les pollinisateurs. Même procédé chez le "Compagnon rouge" (Silene dioica).

Compagnon rouge (fleur mâle)


Compagnon rouge (fleur femelle)


Chez les "Cirse des champs" (Cirsium arvense) les fleurs femelles sont plus petites, plus claires et de forme allongée. Les fleurs mâles sont d'un rose plus vif et d'un port plus étalé.



Le Cirse des champs attire les abeilles et les bourdons qui cherchent du pollen avec une certaine odeur émise par les fleurs mâles, tandis que les fleurs femelles, produisant du nectar, les attirent avec une odeur différente. Les insectes, qui récoltent à la fois le pollen et le nectar, visitent donc les deux types de fleurs et assurent ainsi la fécondation...


Etre simple pour être vrai

Charly 84

Une très belle série, bravo  ;)

Mex (alias Jmc)

Et bien je ne me baisse pas pour les sentir peut être à tord,

bien souvent elles sont toutes petites, mais maintenant je ferais un effort,

belle série encore mais se que j'apprécie le plus, c'est la petite histoire (écrit) que tu rajoutes sur ces belles.. :D
Jean mi

Berzou

Merci Roland et Bonne année fleurie !
Tes petites histoires croustillantes sont charmantes

Et quand on pense quelles proviennent d'études scientifiques 😄
On peut sourire mais ces connaissances permettront peut être de sauver des espèces menacées, de protéger des milieux sensibles

👍🥳

Clic-Clac 51

Citation de: Roland Ripoll le Janvier 06, 2026, 11:46:49Merci beaucoup ! J'ai plaisir à voir que les petits secrets des fleurs vous intéressent.
Oui, oui Roland et j'ai d'ailleurs encore lu cette MàJ avec grand intérêt
Bravo et merci
Amicalement Denis ;)

urka

Il y a tant à apprendre de cette nature qui nous entoure.
Bravo Roland et merci pour tout ce que tu dispenses ici!
André.

Seb65

Merci Roland pour cette instruction florale et bravo pour tes images d'égale qualité !  :)

Roland Ripoll

Merci à vous !

L'étrange  ballet des étamines de la Rue fétide

La Rue fétide (Ruta graveolens)  a, comme d'autres fleurs, la particularité de s'auto féconder dans le cas où la fécondation par les insectes n'aurait pas eu lieu ou n'aurait pas été bien assurée.

Mais cette particularité est bien particulière ! En effet, ses étamines se redressent à tour de rôle pour aller buter sur le gros pistil au centre de la fleur et le féconder. Les 8 ou 10 étamines se relèvent,  les unes après les autres, successivement pour toucher le pistil et le saupoudrer de pollen. Fait étonnant, l'étamine qui heurte celle qui l'a précédée la remet aussitôt en place.

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Ce mouvement des étamines est dû à un raccourcissement rapide de la façade interne du filet dont les cellules contiennent de l'eau et qui se rétractent ou se contractent.

A noter cette autre curiosité: les premières fleurs ont souvent 5 pétales, les autres, un peu plus tardives n'ont que 4 pétales et sont généralement situées sur le pourtour de l'inflorescence.

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La Rue fétide a longtemps été considérée comme une "herbe de sorcières", notamment pour ses propriétés abortives. Sa culture fut même interdite en France par une loi en 1921. A cette époque, les quelques plants du Jardin des plantes de Paris furent protégées par une grille en fer pour empêcher d'éventuelles candidates à l'avortement d'en cueillir...

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Etre simple pour être vrai

urka

Il m'a fallu quelques années pour accepter l'odeur spéciale de la Rue fétide...
Merci Roland pour les explications quant à l'auto fécondation de cette plante!
André.

Seb65

Beau et instructif à la fois, comme d'habitude !  :)

jmr87

Tu fais un travail éducatif extrêmement documenté et intéressant illustré par de superbes photos.

Roland Ripoll

Merci !

La Cymbalaire des murs: côté pile et côté face...

C'est une fleur qui affectionne les murs, les vieilles pierres, les falaises calcaires. Elle forme des touffes qui retombent sur les murs ou qui s'étalent sur des surfaces verticales. Elle possède de longues tiges rampantes  qui se marcottent naturellement en formant des racines adventives au niveau des nœuds et en s'enracinant dans les jointements,  les fissures et les anfractuosités des pierres.





Dans un premier temps, ses fleurs ont la particularité de se tourner vers le soleil jusqu'à leur fécondation.

Après fécondation, le long pédoncule s'allonge et se courbe peu à peu. La fleur se tourne alors vers le mur afin que les graines contenues dans des capsules globuleuses soient déposées dans une fissure proche.





On appelle ce premier mouvement "phototropisme positif" lorsque la fleur s'oriente vers le soleil. Le second mouvement est appelé "phototropisme négatif", quand la fleur se tourne vers le mur ou la paroi pour éviter que les graines tombent au sol ou dans le vide.



Cette adaptation permet d'assurer le succès de la germination et de la dissémination. A noter que les graines parviennent souvent à germer dans un substrat pauvre ou quasi inexistant.



Etre simple pour être vrai

Alfie

Toujours de très belles séries de photos de fleurs avec les explications très intéressantes qui les accompagnent.
Merci Roland on en redemande :)
Alain

Clic-Clac 51

Bonjour Roland
Je tente de rattraper mon retard et j'ai pris grand plaisir a revenir sur ce fil très instructif
Bravo et merci de partager
Amicalement Denis ;) 

Roland Ripoll

Merci Alain et Denis !

La Cardère sauvage plante carnivore ?

La cardère sauvage (Dipsacus fullonum) est également connue sous le nom populaire de "Cabaret des oiseaux". En effet, ses jeunes feuilles embrassantes, opposées et soudées à leur base, forment un réservoir,  un réceptacle  qui retient l'eau de pluie, offrant ainsi aux oiseaux un abreuvoir naturel. D'où son nom "Dipsacus"  qui vient du grec "dipsao"  et signifie avoir soif.



Il s'avère que c'est aussi un piège pour les insectes et autres petits invertébrés qui s'y noient. La plante pourrait elle se nourrir de la décomposition des cadavres d'insectes tombés dans le réservoir de ses feuilles ? Serait-elle une plante carnivore ? C'est la question que se posent les scientifiques.



Le premier à avoir émis cette hypothèse est le propre fils de Darwin qui, en 1870, fut le premier à observer la présence de filaments rétractables dans ces réservoirs.  Ces filaments sont produits par des poils tapissant la face interne du réceptacle et dotés d'un mouvement de rétraction extrêmement rapide car ils sont capables d'apparaître et de disparaitre en quelques secondes...
Il avait suggéré que la plante pouvait tirer ses nutriments des insectes noyés...



Plus récemment, des chercheurs ont mis en évidence l'existence d'un réseau de bactéries et de champignons autour de ces poils sécréteurs de filaments. La plante élèverait des bactéries pour en absorber l'azote grâce à de mystérieux filaments hyper-mobiles. Du jamais vu dans le monde végétal !



Des études récentes montrent que la présence d'insectes morts dans les réceptacles n'a pas véritablement d'impact sur la croissance de la cardère sauvage, mais que les plantes qui contiennent des insectes, et plus particulièrement des mouches mortes, produisent des graines plus grosses.



Alors la Cardère sauvage plante carnivore ? Semi-carnivore ou "Bactérivore" ?
Etre simple pour être vrai

robsou

Des séries instructives joliment illustrées.

Robert