Petits secrets d'oiseaux

Démarré par Roland Ripoll, Novembre 25, 2022, 08:58:37

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ChrisC06

Encore un sujet intéressant qui montre bien qu'il faut se méfier des idées reçues...  ;)
Chris

DarkBlues

Encore de magnifiques images, bravo !
Et les multiples interprétations de cette posture montrent bien que l'homme a encore tant à apprendre...
Olivier

Charly 84

Suite toujours aussi constructive, bravo  ;)

Jorel

Merci pour les infos et les images pour un partage bien agréable.

Philip

Caloux

Ces attitudes bien singulières ont des réponses plurielles.
On a longtemps fait de l'éthologie par le biais de l'anthropomorphisme (surtout chez les mammifères). Chez les oiseaux, ces hypothèses que tu recenses montrent que les réponses simples n'ont plus cours : vive la recherche !
Et toujours de belles illustrations !
Amitiés. Pascal

Roland Ripoll

Merci !

4. De la bavette du moineau...

Des études (A.P. M ØLLER (« Animal behviour » 1987 et « Sociobiology » 1989) ont montré la relation entre la bavette du moineau domestique, sa taille et sa forme, et la reproduction, la compétition entre mâles et le choix des femelles.



Il a été observé que les mâles avec de larges bavettes symétriques obtiennent les meilleurs territoires et se reproduisent plus tôt car ils attirent plus facilement les femelles. Les femelles de ces mâles pondent également plus d'œufs et il y a plus de jeunes à l'envol.



Dans son livre « Animal Talk », Tim FRIEND explique que des scientifiques ont capturé des individus à petite bavette et ont teinté leurs plumes de manière à leur donner un large bavoir. Les femelles ont alors été très attirées par ces "beaux" mâles.





Rebecca KIMBALL, de l'université de Mexico, a également étudié l'épaisseur du bec et conclut que chez les jeunes mâles d'un an, ce sont ceux avec le bec le plus large qui attirent le plus de femelles.



...à l'ergot du faisan.

Selon une autre étude, menée par des scientifiques suédois, l'atout majeur de séduction du faisan mâle ne serait pas, contrairement à ce qu'on croit, son beau plumage mais la longueur de son ergot.

Pour le démontrer,  ils ont raccourci l'ergot de certains mâles et ont constaté qu'ils étaient moins appréciés des femelles. A l'inverse, ils ont rallongé artificiellement l'ergot d'autres mâles et ceux-ci suscitaient alors l'intérêt de ces dames.



Des analyses ADN tendraient à prouver que les mâles à long éperon ont une descendance plus nombreuse.
Ces données sont toutefois contestées par d'autres chercheurs qui estiment que c'est davantage la couleur et l'augmentation de volume des caroncules qui attirent les femelles ainsi que le temps pendant lequel ces caroncules restent gonflées.



Cependant, ces mêmes études montrent également une nette corrélation entre la longueur de l'éperon, la grandeur des caroncules, la valeur combative du mâle et l'attrait pour les femelles...
Etre simple pour être vrai

ChrisC06

Voilà des aspects que nous, humains, ne considérons pas forcément mais qui sont très importants...  ;)
Merci Roland !
Chris

Larchi

Je file de ce pas faire une rhinoplastie, acheter une cravate et ajouter des éperons pour mes baskets. A moi les petites pépées !

Charly 84

C'est très beau et très instructif.
Merci et bravo

Lautla

Un grand merci pour ce fil que je vais suivre.

Citation de: Roland Ripoll le Novembre 26, 2022, 08:50:08
la Rhipidure hochequeue, est connu pour hocher sa queue beaucoup plus souvent lorsqu'il est dans l'ombre qu'au soleil. Les insectes étant généralement moins actifs dans l'ombre, des hochements de queue fréquents les dérangeraient et permettraient à la bergeronnette de les chasser plus facilement...

Enfant je ne connaissais pas le nom Bergeronnette, c'était Hochequeue qui était employé. Le nom de Bergeronnette n'est venu que plus tard, vers la fin de mon adolescence.

Rhipidure le laid (amha) nom du Fantail, nom si explicite, je n'avais jamais entendu cette explication pour lui.

JPM84

Citation de: Larchi le Décembre 02, 2022, 11:34:31
Je file de ce pas faire une rhinoplastie, acheter une cravate et ajouter des éperons pour mes baskets. A moi les petites pépées !
:D :D :D

Jean-Jacques Groult

Participerais tu à la revue l'Oiseau Mag ? j'ai vu les mêmes études sur le numéro de ce mois-ci ! Encore et toujours un grand bravo pour ce fil.
Amicalement. JJ

Roland Ripoll

Merci à vous !

Citation de: Jean-Jacques Groult le Décembre 03, 2022, 17:42:13
Participerais tu à la revue l'Oiseau Mag ? j'ai vu les mêmes études sur le numéro de ce mois-ci !

Non, Jean-Jacques. Mes informations datent de plusieurs années maintenant.
Etre simple pour être vrai

DarkBlues

Toujours aussi intéressant ton fil 👍
Merci de partager tes connaissances en image !
Olivier

Roland Ripoll

Merci !

5. Les vilains petits canards...

Qui se douterait en voyant nager paisiblement des canards colverts sur un plan d'eau que, derrière ces oiseaux sympathiques et colorés, se cachent de redoutables et  « d'ignobles violeurs » ?
Il faut savoir que les canards colverts sont une des rares espèces d'oiseaux à posséder un pénis. Les autres espèces n'ont qu'un cloaque. Et ce pénis n'est pas banal, puisqu'il mesure plus de 20 cm en érection, qu'il est en forme de spirale et qu'il peut jaillir en une demi seconde !





De nombreuses observations attestent  de véritables viols de canes par plusieurs mâles. Ils semblent d'ailleurs  si fréquents que la moitié des couvées aurait des paternités multiples. Cela confirme cette vieille  stratégie évolutionniste du mâle cherchant à dispenser son sperme au maximum de femelles possibles pour que ses gènes se répandent dans un grand nombre de descendants.





On constate que ces viols ont souvent lieu au printemps, lorsque les femelles  « légitimes » sont occupées à couver, discrètement cachées, et que les mâles, totalement inutiles à l'élevage des jeunes, sont en goguette sur les plans d'eau, à la recherche d'une jeune cane ou d'une cane qui voudrait effectuer une ponte de remplacement.



Les ornithologues anglais appellent ces viols des FEPC (Forced Extra-Pair Copulations). Ils pensent que les colverts tentent d'augmenter leurs chances de se reproduire en fertilisant d'autres femelles, pendant que leurs conjointes sont occupées au nid. Mais les femelles, réticentes et toujours soucieuses d'assurer la meilleure descendance, ont trouvé la parade pour éviter ces fécondations non désirées : elles sont dotées d'un vagin  spiralé lui-aussi, mais dans le sens contraire du pénis du mâle.  Violées certes mais pas fécondées !  Tel semble être le principe qu'elles ont adopté...





A l'époque, Henrid avait souhaité publié ces trois images pour illustrer ces viols collectifs. Je le remercie encore aujourd'hui.





Etre simple pour être vrai

Jean-Jacques Groult

Je connaissais ce comportement mais j'ai appris des détails supplémentaires. Merci Roland !
Amicalement. JJ

Charly 84

De belles scènes, même si je n'apprécie pas du tout le comportement de ces canards qui va parfois jusqu'à noyer la pauvre cane !!!

Larchi

De belles images illustrent un comportement qui bien qu'"animal" n'est pas franchement classe. La course à la descendance est un phénomène irrépressible qui mène à tous les outrages.
Voilà une perception des choses qui nous permet de définir une différence entre les termes "civilisé" et "sauvage"...
Je crois savoir que les dauphins et certains crapauds sont également coutumiers du harcèlement et du viol.

Ludo37

Citation de: Charly 84 le Décembre 02, 2022, 18:40:54
C'est très beau et très instructif.
Merci et bravo
Idem pour moi Roland ! Merci.
Amicalement.
Ludo

ChrisC06

Instructif, effectivement... J'avais constaté mais je ne pensais pas à une agression !
Chris

Seb65

Merci pour toutes ces infos précieuses  !  :)

Roland Ripoll

Merci à vous tous !

6 .Les oiseaux infidèles ?

   La monogamie et la grande fidélité des oiseaux ne seraient pas si évidentes que cela... S'il est vrai que 90% des espèces sont monogames, ce n'est peut être qu'en apparence. Même si on pense que quelques espèces comme l'oie des neiges, l'albatros, la cigogne et les cygnes seraient fidèles, elles restent toutefois des exceptions.



De récents tests ADN ont en effet montré que, pour 70% des passereaux, l'infidélité était plus ou moins un fait établi et plutôt d'un usage courant. Conséquence: les œufs d'une même couvée ne sont pas toujours du même père...





On a longtemps cru que le pinson des arbres était un joyeux monogame, on a eu tort. Le mâle est un coureur invétéré, et la femelle ne l'est pas moins. Elles auraient hérité ce trait de caractère de leurs pères biologiques. Ce gène de l'infidélité, transmis de père en fille, est baptisé "gène de Casanova" par les chercheurs allemands.



Souvent infidèles, les femelles n'hésiteraient donc pas à chercher d'autres partenaires, plus forts, en meilleure santé, dotés d'un plumage plus vif et d'une plus belle voix. C'est le cas, par exemple, de la mésange charbonnière qui, si d'aventure un mâle autre que le sien chantait d'une manière assez convaincante,  ne se priverait pas d'une petite liaison de "derrière les buissons..."



Ce comportement, en apparence volage, viserait à les prémunir contre la stérilité de certains mâles et  à assurer une meilleure survie de l'espèce. Les femelles désirant s'accoupler de préférence avec des mâles  « de qualité » pour donner plus de chances à leur progéniture.

Pas étonnant alors que 14% des jeunes moineaux ne sont pas issus du mâle « officiel » et que 18% des pontes chez le Canard colvert  sont de plusieurs mâles.

Le risque de consanguinité justifierait également l'infidélité, comme pour le chevalier guignette ou le gravelot à collier interrompu. Chez ces espèces d'oiseaux côtiers, les femelles multiplient les accouplements lorsque leur partenaire ''légitime'' est génétiquement trop proche d'elles, afin d'avoir la meilleure progéniture possible. Reste à se demander comment les oiseaux reconnaissent cette proximité génétique ?





Chez certaines espèces d'oiseaux chanteurs, les femelles sont fréquemment infidèles. Mais le partenaire "cocufié" n'est pas dupe pour autant. Les mâles nourriraient moins bien les petits qui ne sont pas d'eux.

Des chercheurs de l'Université de Fribourg ont effectué des tests ADN sur 500 oisillons de bruant des roseaux afin de vérifier si le père était bien l'oiseau vivant en couple avec la mère. Et il
s'est avéré que 39% des rejetons étaient issus d'infidélités de cette dernière.



Les conséquences de ces infidélités sont moins bien connues. Les biologistes constatent que les bruants mâles se rendent compte de la tromperie et la sanctionnent. Lorsque la couvée comporte de nombreux rejetons qui ne sont pas d'eux, ils apportent nettement moins de nourriture au nid... Mais on ignore totalement comment les bruants font pour savoir que certains oisillons ne sont pas d'eux...
Etre simple pour être vrai

Lautla

Encore merci pour ce fil.

Je me suis permis de t'envoyer un mail

Clic-Clac 51

C'est top ::) ::) ::)
Bravo Roland
Amicalement Denis ;)

Larchi

Ces enquêtes sont passionnantes et enrichissantes, sans oublier les belles images qui les illustrent !
J'aimerais bien savoir comment sont menées ces recherches. C'est une question qui me vient souvent en lisant ou visionnant les documents expliquant la vie sauvage. "Comment ont-ils fait pour déduire tel ou tel fait scientifique ?"
Merci Roland, tu alimentes ma curiosité tout en rassasiant mon savoir !