Petits secrets d'oiseaux

Démarré par Roland Ripoll, Janvier 15, 2026, 10:48:23

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Roland Ripoll

En rangeant et en triant mes dossiers photos sur le disque dur, j'ai retrouvé ce vieux fil, posté il y a plusieurs années dans la section digiscopie. Il m'a semblé pertinent de le reposter aujourd'hui ici pour davantage de lisibilité, les sujets abordés me paraissant pouvoir vous intéresser, du moins je l'espère...

1. Au nom du Saint-Esprit

Le Faucon crécerelle est une des rares espèces, comme l'Élanion blanc, le Circaète, les sternes, le Balbuzard pêcheur et d'autres,  à faire du  vol stationnaire.  C'est sans doute lui qui le pratique le mieux et le plus souvent. Tout le monde a pu l'observer comme suspendu à un fil,  battre des ailes rapidement, la queue étalée et rabattue vers le bas. Il maîtrise ce vol dit « en Saint-Esprit » grâce à une coordination parfaite des ailes et de la queue.  Lorsqu'on l'observe faire ainsi du surplace, on pourrait penser qu'il cherche, au hasard,  à apercevoir au sol une proie.



Ce n'est pas faux mais ce n'est pas non plus tout à fait  exact. Cela ne doit rien au hasard. Ce qu'il cherche en réalité, ce n'est pas un mulot, un campagnol ou une souris, mais plus précisément les traces fraîches d'urine ou de matières fécales que les petits rongeurs déposent le long de leurs trajets. Ces traces sont très visibles à la lumière ultraviolette et le Faucon crécerelle a la faculté de percevoir cette lumière.

Le campagnol, comme beaucoup de mammifères, laisse des marques d'urine partout où il passe. Il laisse derrière lui un véritable réseau de pistes odorantes totalement invisibles à l'œil nu. Mais éclairée avec une lampe à ultraviolets, l'urine de campagnol prend alors une teinte  bleu fluorescent. Le faucon crécerelle peut, grâce à cette étonnante acuité visuelle, facilement repérer ce genre de traces et guetter en vol stationnaire, juste au-dessus de l'endroit où elles sont le plus nombreuses ou les plus récentes, le passage attendu et prévu  de l'une de ses proies...



Les yeux du Faucon crécerelle sont donc des organes très performants. Rappelons qu'il est capable de voir un insecte de 2 mm à 18 mètres de distance ! De plus, les taches sombres qu'il a sous les yeux absorbent les rayons du soleil et l'empêchent d'être ébloui.



Des études récentes tendraient à montrer que les odeurs mettent sans doute aussi les rapaces sur la piste des rongeurs, mais les zoologistes mesurent encore mal leur importance...



Enfin, et pour essayer d'être complet, ses yeux étant fixes à l'intérieur de leur orbite, il ne peut donc pas regarder à gauche et à droite sans bouger la tête comme nous le pouvons le faire. Pour pallier à cet inconvénient, sa colonne cervicale est particulièrement mobile, elle possède jusqu'à 14 vertèbres . Il n'y en a que 7 chez l'homme.

Etre simple pour être vrai

rdmphotos

tout un art la digiscopie que tu maitrise a la perfection
excellentes images

agl33

Je vais suivre ce fil avec attention, cela va me permettre d'apprendre beaucoup de chose que je ne connaissais pas, par avance, merci.

Clic-Clac 51

Citation de: rdmphotos le Janvier 15, 2026, 11:31:16tout un art la digiscopie que tu maitrise a la perfection
excellentes images
Tout a fait d'accord avec toi Daniel

Vivement la suite...on va se régaler ::)  ::)  ::)

Amicalement Denis ;)

robsou

Une initiative bienvenue qui permet déjà d'associer, dans cette première série, qualité des illustrations et intérêt du naturaliste pour le comportement du Faucon crécerelle.

Robert

Citation de: Roland Ripoll le Janvier 15, 2026, 10:48:23En rangeant et en triant mes dossiers photos sur le disque dur, j'ai retrouvé ce vieux fil, posté il y a plusieurs années dans la section digiscopie. Il m'a semblé pertinent de le reposter aujourd'hui ici pour davantage de lisibilité, les sujets abordés me paraissant pouvoir vous intéresser, du moins je l'espère...

1. Au nom du Saint-Esprit

Le Faucon crécerelle est une des rares espèces, comme l'Élanion blanc, le Circaète, les sternes, le Balbuzard pêcheur et d'autres,  à faire du  vol stationnaire.  C'est sans doute lui qui le pratique le mieux et le plus souvent. Tout le monde a pu l'observer comme suspendu à un fil,  battre des ailes rapidement, la queue étalée et rabattue vers le bas. Il maîtrise ce vol dit « en Saint-Esprit » grâce à une coordination parfaite des ailes et de la queue.  Lorsqu'on l'observe faire ainsi du surplace, on pourrait penser qu'il cherche, au hasard,  à apercevoir au sol une proie.


Ce n'est pas faux mais ce n'est pas non plus tout à fait  exact. Cela ne doit rien au hasard. Ce qu'il cherche en réalité, ce n'est pas un mulot, un campagnol ou une souris, mais plus précisément les traces fraîches d'urine ou de matières fécales que les petits rongeurs déposent le long de leurs trajets. Ces traces sont très visibles à la lumière ultraviolette et le Faucon crécerelle a la faculté de percevoir cette lumière.

Le campagnol, comme beaucoup de mammifères, laisse des marques d'urine partout où il passe. Il laisse derrière lui un véritable réseau de pistes odorantes totalement invisibles à l'œil nu. Mais éclairée avec une lampe à ultraviolets, l'urine de campagnol prend alors une teinte  bleu fluorescent. Le faucon crécerelle peut, grâce à cette étonnante acuité visuelle, facilement repérer ce genre de traces et guetter en vol stationnaire, juste au-dessus de l'endroit où elles sont le plus nombreuses ou les plus récentes, le passage attendu et prévu  de l'une de ses proies...

Les yeux du Faucon crécerelle sont donc des organes très performants. Rappelons qu'il est capable de voir un insecte de 2 mm à 18 mètres de distance ! De plus, les taches sombres qu'il a sous les yeux absorbent les rayons du soleil et l'empêchent d'être ébloui.

 

Des études récentes tendraient à montrer que les odeurs mettent sans doute aussi les rapaces sur la piste des rongeurs, mais les zoologistes mesurent encore mal leur importance...

 

Charly 84

Un très beau départ, je ne suis pas surprise, ça va parfaitement dans ton sens  ;)

svt

Bonjour,

Merci beaucoup Roland pour l'ouverture de ce fil.

Citation de: Roland Ripoll le Janvier 15, 2026, 10:48:23Cela ne doit rien au hasard. Ce qu'il cherche en réalité, ce n'est pas un mulot, un campagnol ou une souris, mais plus précisément les traces fraîches d'urine ou de matières fécales que les petits rongeurs déposent le long de leurs trajets. Ces traces sont très visibles à la lumière ultraviolette et le Faucon crécerelle a la faculté de percevoir cette lumière.
Le campagnol, comme beaucoup de mammifères, laisse des marques d'urine partout où il passe. Il laisse derrière lui un véritable réseau de pistes odorantes totalement invisibles à l'œil nu. Mais éclairée avec une lampe à ultraviolets, l'urine de campagnol prend alors une teinte  bleu fluorescent. Le faucon crécerelle peut, grâce à cette étonnante acuité visuelle, facilement repérer ce gen

Or sur la page de Wikipedia consacrée au Faucon crécerelle on peut lire :

"Une étude de 1995 suggère que le Faucon crécerelle verrait dans l'ultraviolet, ce qui lui permettrait de suivre les traces d'urine et de fèces laissées par les campagnols, ces traces étant visibles en lumière ultraviolette (320-400 nm)[91]. Toutefois, une expérience de 2013 montre que le facteur de transmission des ultraviolets dans l'œil des faucons chute sensiblement en deçà de 400 nm pour atteindre zéro à 340 nm. Les chercheurs ont également mesuré la réflectance UV de l'urine et des fèces du Campagnol des bois et du Campagnol agreste, sans retrouver les chiffres publiés en 1995, et concluent que davantage de recherches sont nécessaires. La question reste donc ouverte."

En 2020, le biologiste Graham R. MARTIN écrit dans son livre Bird Senses How and What Birds See, Hear, Smell, Taste, and Feel :
"Il convient de noter que l'affirmation largement répandue selon laquelle les faucons ont une vision UV, qu'ils utilisent pour guider leur quête de nourriture, n'est plus soutenue."

Jean-François

Roland Ripoll

Merci à vous tous ! Et merci à toi Jean-François d'apporter de nouvelles informations ! C'est toute la finalité d'un forum que d'échanger et de partager.
Etre simple pour être vrai

svt

Bonjour

Citation de: Roland Ripoll le Janvier 15, 2026, 10:48:23Les yeux du Faucon crécerelle sont donc des organes très performants. Rappelons qu'il est capable de voir un insecte de 2 mm à 18 mètres de distance !
Pourrais-tu indiquer les sources (article(s) scientifique(s)) de cette information?
Les rapaces comme le Faucon crécerelle ont certes une excellente vue mais par quelle méthode scientifique rigoureuse peut-on mesurer qu'il voit "un insecte de 2 mm à 18 mètres" ?
Je suis d'accord sur le fait qu'on peut lire cette information sur de nombreux sites internet qui se copient les uns les autres mais sans citer la source originale si elle existe (?).
Qu'en penses-tu?

Jean-François

Roland Ripoll

Je ne sais pas, Jean-François, s'il existe une source originelle de cette information. De plus, je n'ai pas les moyens de la vérifier. Je me suis fié à ce qui est paru dans la littérature.

2.Quand le cormoran étire ses ailes...

Quand le cormoran étire ses ailes au soleil, fait-il réellement sécher son plumage ? Face à une posture aussi évidente, poser la  question, c'est douter de la réponse.... Car certains pensent qu'il est tout simplement en train de digérer !



Le comportement « ailes ouvertes » du cormoran, silhouette caractéristique, a pourtant  fait l'objet de nombreuses études et  beaucoup ont conclut à la fonction purement séchage de cette attitude. Son plumage en effet ne serait pas imperméable [plus précisément, son plumage n'est que partiellement perméable.] car il ne possède pas, comme les autres oiseaux aquatiques, de glande uropygienne.

Mais une étude menée en 1984 a montré que les sécrétions de la glande uropygienne ne servaient pas à l'imperméabilité du plumage des oiseaux. C'est la structure microscopique des plumes qui confère cette propriété.



Certains scientifiques ont donc avancé que cette posture  aurait d'autres fonctions, et notamment  une fonction digestive. Le cormoran prendrait cette attitude pour réchauffer sa poitrine et par conséquent le bol alimentaire, facilitant ainsi la digestion.

Ce mécanisme de thermorégulation permettant à l'oiseau d'utiliser la chaleur dégagée par la contraction des muscles alaires (SIMMONS 1986, GREMILLET 1997), pour mieux digérer les proies en milieu froid..



D'autres ont également pensé que cette attitude lui servait à garder un certain équilibre, qu'elle était un moyen de communication, ou bien qu'elle assurait et qu'elle délimitait un espace autour de l'individu, lui permettant de tenir à distance raisonnable ses congénères...



Enfin certains ont pensé que signal annonçait aux autres individus une pêche fructueuse...

Comme on le voit, le débat n'est pas tranché et il faut bien reconnaître qu'on ne pas encore très bien les raisons de ce comportement.


Etre simple pour être vrai

agl33

Merci pour cette suite avec les commentaires qui vont bien.

svt

Merci beaucoup Roland pour cette mise à jour consacrée à l'étirement des ailes chez le cormoran.
En proposant les différentes hypothèses actuelles et passées, on se fait une bonne idée de la difficulté d'interprétation des comportements animaux.


Citation de: Roland Ripoll le Janvier 16, 2026, 10:10:21Je ne sais pas, Jean-François, s'il existe une source originelle de cette information. De plus, je n'ai pas les moyens de la vérifier. Je me suis fié à ce qui est paru dans la littérature.
Des valeurs numériques aussi précises (le faucon crécerelle détecterait des proies de 2 mm à 18 mètre de distance) ont nécessairement été publiées une première fois.
Publiant ces dernières années des articles scientifiques sur la biologie du Martinet noir je me suis bien rendu compte qu'il y avait 2 types de littératures scientifiques :
1. la littérature "scientifique" publiée par des chercheurs dans des revues scientifiques contrôlées par des comités de lecture et
2. la littérature de vulgarisation publiée par des chercheurs mais aussi sans contrôle par des journalistes et avec internet par tout un chacun...Je tiens à préciser qu'il y a sur internet des sites de vulgarisation d'un très bon niveau.

L'exemple ci-dessus de la possible perception des UV par les faucons crécerelles montrent bien que même une publication dans une revue respectée (NATURE) peut présenter des erreurs d'interprétation. C'est normal, la science avance aussi avec des remises en cause. Le problème vient quand les publications de vulgarisation reprennent ces erreurs pour argent comptant et participent à la diffusion de ces fausses informations...

Jean-François

jmr80


svt

Merci beaucoup jmr80 pour le lien.
Je viens de lire le pdf fait par des étudiants en éthologie en 2000.

À la page 3 on y trouve la phrase " Dans les années 70, les chercheurs menant des expériences sur le discernement des contrastes,se sont aperçus que les faucons pouvaient discerner un objet de 2mm d'une hauteur de 18 m, leur acuité visuelle étant près de 2,5 fois supérieure à la nôtre."

À la page 8 : "Si l'on met en relation cette valeur avec les habitudes comportementales des animaux, on peut dire que le faucon, chassant à basse altitude et se nourrissant majoritairement d'insectes, peut discerner un objet de 2 mm à une hauteur de 18 m, par exemple en haut d'un arbre, en n'étant qu'à la moitié de la valeur seuil !"

Dans la biblio, on trouve la référence très probable de la source :
Fox, Lehmkuhle, Westendorf, 1976, Falcon visual acuity. Science 192 :263-265.

Mais comme souvent cet article n'est pas accessible gratuitement...

agl33


svt

Bonsoir,
J'ai repris le jeu de piste.
Je n'ai pas encore trouvé l'article de Fox et al. (1976).
Par contre dans l'ouvrage de Graham R. MARTIN "The Sensory Ecology of Birds" paru en 2017 on peut lire :
"...les affirmations antérieures concernant l'acuité visuelle exceptionnelle des faucons et des aigles ont été revues à la baisse récemment. Il semblerait désormais que l'acuité visuelle maximale des faucons (0,75 minute d'arc) soit approximativement égale à celle de l'œil d'un jeune humain (0,4 minute d'arc) (Fox et al., 1976 ; Gaffney et Hodos, 2003 ; Hirsch, 1982 ; Reymond, 1987), tandis que celle des plus grands aigles (0,2 minute d'arc) est peut-être deux fois supérieure à celle de l'œil humain (Reymond, 1985)."

Cette histoire d'acuité visuelle des rapaces semble suivre le même parcours que l'histoire de la sensibilité aux UV. Des travaux utilisant certainement des méthodes nouvelles viennent contester d'anciennes découvertes. La science est vivante!

Jean-François

robsou

Quelques remarques additionnelles concernant le mémoire de maîtrise des étudiants ainsi que de l'article « Falcon Visual Acuity » paru dans Science de Fox et al. (1976). Dans leur mémoire, les étudiants transforment une hypothèse de travail en un fait établi en affirmant  que « le faucon, chassant à basse altitude et se nourrissant majoritairement d'insectes, peut discerner un objet de 2 mm à une hauteur de 18 m ». Or la méthode comportementale basée sur le pouvoir de résolution spatiale (acuité visuelle) sur la Crécerelle d'Amérique dans l'étude de Fox et al repose sur la discrimination de mires verticales à fort contraste mais ne teste pas directement l'acuité visuelle de ce rapace face à un objet ou un stimulus qui a la forme d'un insecte de 2 mm et dont le contraste et la luminance serait plus faible. Par ailleurs, dans l'article même de Fox et al., les auteurs utilisent le conditionnel lorsqu'ils transposent leurs données expérimentales obtenues sur des mires verticales à une situation de détection d'un objet de 2 mm.  Finalement,  il faut aussi rester prudent sur la portée de cette étude car elle a été menée chez un seul rapace et date déjà de 50 ans. Pour info. je reproduis une partie du texte de cet article où il est question de l'acuité visuelle des faucons pour un objet de 2 mm.

"Thus, falcon performance was 2.6 times better than human performance, a ratio reasonably close to the 2.4 predicted by R. Shlaer from the retinal image quality of his eagle. Since Shlaer's eagle is a much larger bird than Wulst, the agreement between optics and behavior may be fortuitous. Yet there is no functional reason why there should be wide variation in the acuity of falcons and hawks when consideration is given to the size of the prey they prefer, their own body size, and the heights at which they fly. The kestrel scans the ground from tree top height and will attack small insects. At 18 m, an object 2 mm long would be twice the threshold. Larger Falconiformes fly at higher altitudes and attack larger prey. At 1500 m, an object 16 cm long would be twice the threshold. Attacks on smaller prey would probably not justify the energy expended.
After testing Wulst at 350 cd/m2 we measured discrimination at two lower luminance values, 35 and 3.5 cd/m2, to see how acuity varied with luminance. Human acuity changes moderately over this range of luminance values. In contrast, Wulst's performance was strongly influenced by luminance. Figure 2 compares human and falcon acuity as a function of luminance. One set of the data on humans is replotted from thresholds obtained by S. Shlaer. The second set is the averaged threshold performance of two observers who viewed gratings in our apparatus (10). The difference in slope between lines fitted to the human and falcon discrimination functions is approximately 2.4. The steeper decline in falcon acuity with luminance reduction is consistent with the idea that the cones in the closely packed retinas of falcons and hawks have small diameters and are inefficient absorbers of radiant energy for wavelengths in the visible range. Quantitative formulation of that hypothesis, however, requires measurement of cone diameter, length, alignment, and density, data which are not available (11)."





Citation de: svt le Janvier 16, 2026, 22:12:21Bonsoir,
J'ai repris le jeu de piste.
Je n'ai pas encore trouvé l'article de Fox et al. (1976).
Par contre dans l'ouvrage de Graham R. MARTIN "The Sensory Ecology of Birds" paru en 2017 on peut lire :
"...les affirmations antérieures concernant l'acuité visuelle exceptionnelle des faucons et des aigles ont été revues à la baisse récemment. Il semblerait désormais que l'acuité visuelle maximale des faucons (0,75 minute d'arc) soit approximativement égale à celle de l'œil d'un jeune humain (0,4 minute d'arc) (Fox et al., 1976 ; Gaffney et Hodos, 2003 ; Hirsch, 1982 ; Reymond, 1987), tandis que celle des plus grands aigles (0,2 minute d'arc) est peut-être deux fois supérieure à celle de l'œil humain (Reymond, 1985)."

Cette histoire d'acuité visuelle des rapaces semble suivre le même parcours que l'histoire de la sensibilité aux UV. Des travaux utilisant certainement des méthodes nouvelles viennent contester d'anciennes découvertes. La science est vivante!

Jean-François

svt

Bonjour,

Merci Robert pour ces précisions. Le problème majeur c'est que l'affirmation des étudiants dans leur mémoire se retrouve dans de nombreux sites du web francophone. Il est difficile alors d'arrêter le processus de diffusion de cette "information" alors qu'elle est remise en question depuis un certain temps par les spécialistes de la vision des oiseaux.
J'ai rencontré les mêmes problèmes dans mes travaux sur les comportements en vol du Martinet noir.

Jean-François

rico49

Citation de: robsou le Janvier 17, 2026, 10:30:13Quelques remarques additionnelles concernant le mémoire de maîtrise des étudiants ainsi que de l'article « Falcon Visual Acuity » paru dans Science de Fox et al. (1976). Dans leur mémoire, les étudiants transforment une hypothèse de travail en un fait établi en affirmant  que « le faucon, chassant à basse altitude et se nourrissant majoritairement d'insectes, peut discerner un objet de 2 mm à une hauteur de 18 m ». Or la méthode comportementale basée sur le pouvoir de résolution spatiale (acuité visuelle) sur la Crécerelle d'Amérique dans l'étude de Fox et al repose sur la discrimination de mires verticales à fort contraste mais ne teste pas directement l'acuité visuelle de ce rapace face à un objet ou un stimulus qui a la forme d'un insecte de 2 mm et dont le contraste et la luminance serait plus faible. Par ailleurs, dans l'article même de Fox et al., les auteurs utilisent le conditionnel lorsqu'ils transposent leurs données expérimentales obtenues sur des mires verticales à une situation de détection d'un objet de 2 mm.  Finalement,  il faut aussi rester prudent sur la portée de cette étude car elle a été menée chez un seul rapace et date déjà de 50 ans. Pour info. je reproduis une partie du texte de cet article où il est question de l'acuité visuelle des faucons pour un objet de 2 mm.

"Thus, falcon performance was 2.6 times better than human performance, a ratio reasonably close to the 2.4 predicted by R. Shlaer from the retinal image quality of his eagle. Since Shlaer's eagle is a much larger bird than Wulst, the agreement between optics and behavior may be fortuitous. Yet there is no functional reason why there should be wide variation in the acuity of falcons and hawks when consideration is given to the size of the prey they prefer, their own body size, and the heights at which they fly. The kestrel scans the ground from tree top height and will attack small insects. At 18 m, an object 2 mm long would be twice the threshold. Larger Falconiformes fly at higher altitudes and attack larger prey. At 1500 m, an object 16 cm long would be twice the threshold. Attacks on smaller prey would probably not justify the energy expended.
After testing Wulst at 350 cd/m2 we measured discrimination at two lower luminance values, 35 and 3.5 cd/m2, to see how acuity varied with luminance. Human acuity changes moderately over this range of luminance values. In contrast, Wulst's performance was strongly influenced by luminance. Figure 2 compares human and falcon acuity as a function of luminance. One set of the data on humans is replotted from thresholds obtained by S. Shlaer. The second set is the averaged threshold performance of two observers who viewed gratings in our apparatus (10). The difference in slope between lines fitted to the human and falcon discrimination functions is approximately 2.4. The steeper decline in falcon acuity with luminance reduction is consistent with the idea that the cones in the closely packed retinas of falcons and hawks have small diameters and are inefficient absorbers of radiant energy for wavelengths in the visible range. Quantitative formulation of that hypothesis, however, requires measurement of cone diameter, length, alignment, and density, data which are not available (11)."






Bonsoir à tous,

Juste une citation en passant extraite d'un ouvrage de Guido Ferrari intitulé "Un long voyage" :

"Je crois que tout chercheur en sciences naturelles qui sait vraiment ce qu'est la science se rend compte qu'à chaque nouvelle découverte, cette mer immense s'ouvre un peu et nous prenons conscience de tout ce que nous ne savons toujours pas. Ce que nous savons, mais dont ne nous sommes pas certains, est contenu dans un cercle qui grandit et s'élargit. Ce cercle est la limite ultime au-delà de laquelle se trouve l'inconnu."

Cette citation est extraite d'un entretien avec le philosophe Karl Popper.

Merci à Roland d'avoir initié ce fil que je trouve instructif. C'est typiquement le genre d'informations dont je me suis nourri en venant sur ce forum afin d'enrichir ma modeste connaissance du vivant.



rdmphotos

joli documentaire sur le cormoran avec des images le mettant bien en valeur

Loucabanette

Choper un faucon crécerelle en vol avec la digiscopie ?
Je te tire mon chapeau ! ;)

jmr80

pour le cormoran j'en été resté à la thèse de la digestion
effectivement son plumage n'est pas vraiment perméable
photo bof mais pour illustrer cormoran pygmée plutôt mouillé

Roland Ripoll

Merci à vous tous de partager vos informations et vos connaissances !

3. Pourquoi les bergeronnettes hochent- elles la queue ?

Trois hypothèses ont été avancées pour expliquer le hochement de queue si particulier des bergeronnettes. Ce ne sont que des hypothèses...

Selon la première, le hochement de queue serait un moyen de communication (comme l'étalement régulier de la queue  chez les bruants des roseaux). Il  servirait aux bergeronnettes à signaler leur présence et à rester en contact visuel avec leurs congénères..





La deuxième hypothèse suggère que la bergeronnette hoche la queue pour être vue non pas de ses congénères mais de ses prédateurs ! Cette idée a été avancée suite à l'observation de ces hochements de queue qui s'intensifient quand l'oiseau se met en recherche de nourriture.

Ces hochements répétés et flagrants seraient un leurre.  Ils auraient pour but  d'attirer l'attention d'éventuels prédateurs afin qu'ils se dévoilent, permettant à la bergeronnette, encore en alerte, de leur échapper facilement. Dans le cas contraire, la bergeronnette pourrait tranquillement se mettre en quête d'insectes.





Enfin la troisième suppose que les hochements serviraient à déranger les insectes immobiles ou endormis, afin de les réveiller pour que la bergeronnette puisse mieux les capturer.

Cette théorie acquiert davantage de crédibilité quand on sait qu'en Australie un autre oiseau, la Rhipidure hochequeue, est connu pour hocher sa queue beaucoup plus souvent lorsqu'il est dans l'ombre qu'au soleil. Les insectes étant généralement moins actifs dans l'ombre, des hochements de queue fréquents les dérangeraient et permettraient à la bergeronnette de les chasser plus facilement...

Etre simple pour être vrai

agl33

Merci pour les infos Roland Ripoll.

jmr80

Oui merci de ces infos, chez nous la bergeronnette grise est communément appelée hoche-queue