Petits secrets d'oiseaux

Démarré par Roland Ripoll, Janvier 15, 2026, 10:48:23

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Roland Ripoll

En rangeant et en triant mes dossiers photos sur le disque dur, j'ai retrouvé ce vieux fil, posté il y a plusieurs années dans la section digiscopie. Il m'a semblé pertinent de le reposter aujourd'hui ici pour davantage de lisibilité, les sujets abordés me paraissant pouvoir vous intéresser, du moins je l'espère...

1. Au nom du Saint-Esprit

Le Faucon crécerelle est une des rares espèces, comme l'Élanion blanc, le Circaète, les sternes, le Balbuzard pêcheur et d'autres,  à faire du  vol stationnaire.  C'est sans doute lui qui le pratique le mieux et le plus souvent. Tout le monde a pu l'observer comme suspendu à un fil,  battre des ailes rapidement, la queue étalée et rabattue vers le bas. Il maîtrise ce vol dit « en Saint-Esprit » grâce à une coordination parfaite des ailes et de la queue.  Lorsqu'on l'observe faire ainsi du surplace, on pourrait penser qu'il cherche, au hasard,  à apercevoir au sol une proie.



Ce n'est pas faux mais ce n'est pas non plus tout à fait  exact. Cela ne doit rien au hasard. Ce qu'il cherche en réalité, ce n'est pas un mulot, un campagnol ou une souris, mais plus précisément les traces fraîches d'urine ou de matières fécales que les petits rongeurs déposent le long de leurs trajets. Ces traces sont très visibles à la lumière ultraviolette et le Faucon crécerelle a la faculté de percevoir cette lumière.

Le campagnol, comme beaucoup de mammifères, laisse des marques d'urine partout où il passe. Il laisse derrière lui un véritable réseau de pistes odorantes totalement invisibles à l'œil nu. Mais éclairée avec une lampe à ultraviolets, l'urine de campagnol prend alors une teinte  bleu fluorescent. Le faucon crécerelle peut, grâce à cette étonnante acuité visuelle, facilement repérer ce genre de traces et guetter en vol stationnaire, juste au-dessus de l'endroit où elles sont le plus nombreuses ou les plus récentes, le passage attendu et prévu  de l'une de ses proies...



Les yeux du Faucon crécerelle sont donc des organes très performants. Rappelons qu'il est capable de voir un insecte de 2 mm à 18 mètres de distance ! De plus, les taches sombres qu'il a sous les yeux absorbent les rayons du soleil et l'empêchent d'être ébloui.



Des études récentes tendraient à montrer que les odeurs mettent sans doute aussi les rapaces sur la piste des rongeurs, mais les zoologistes mesurent encore mal leur importance...



Enfin, et pour essayer d'être complet, ses yeux étant fixes à l'intérieur de leur orbite, il ne peut donc pas regarder à gauche et à droite sans bouger la tête comme nous le pouvons le faire. Pour pallier à cet inconvénient, sa colonne cervicale est particulièrement mobile, elle possède jusqu'à 14 vertèbres . Il n'y en a que 7 chez l'homme.

Etre simple pour être vrai

rdmphotos

tout un art la digiscopie que tu maitrise a la perfection
excellentes images

Clic-Clac 51

Citation de: rdmphotos le Janvier 15, 2026, 11:31:16tout un art la digiscopie que tu maitrise a la perfection
excellentes images
Tout a fait d'accord avec toi Daniel

Vivement la suite...on va se régaler ::)  ::)  ::)

Amicalement Denis ;)

robsou

Une initiative bienvenue qui permet déjà d'associer, dans cette première série, qualité des illustrations et intérêt du naturaliste pour le comportement du Faucon crécerelle.

Robert

Citation de: Roland Ripoll le Janvier 15, 2026, 10:48:23En rangeant et en triant mes dossiers photos sur le disque dur, j'ai retrouvé ce vieux fil, posté il y a plusieurs années dans la section digiscopie. Il m'a semblé pertinent de le reposter aujourd'hui ici pour davantage de lisibilité, les sujets abordés me paraissant pouvoir vous intéresser, du moins je l'espère...

1. Au nom du Saint-Esprit

Le Faucon crécerelle est une des rares espèces, comme l'Élanion blanc, le Circaète, les sternes, le Balbuzard pêcheur et d'autres,  à faire du  vol stationnaire.  C'est sans doute lui qui le pratique le mieux et le plus souvent. Tout le monde a pu l'observer comme suspendu à un fil,  battre des ailes rapidement, la queue étalée et rabattue vers le bas. Il maîtrise ce vol dit « en Saint-Esprit » grâce à une coordination parfaite des ailes et de la queue.  Lorsqu'on l'observe faire ainsi du surplace, on pourrait penser qu'il cherche, au hasard,  à apercevoir au sol une proie.


Ce n'est pas faux mais ce n'est pas non plus tout à fait  exact. Cela ne doit rien au hasard. Ce qu'il cherche en réalité, ce n'est pas un mulot, un campagnol ou une souris, mais plus précisément les traces fraîches d'urine ou de matières fécales que les petits rongeurs déposent le long de leurs trajets. Ces traces sont très visibles à la lumière ultraviolette et le Faucon crécerelle a la faculté de percevoir cette lumière.

Le campagnol, comme beaucoup de mammifères, laisse des marques d'urine partout où il passe. Il laisse derrière lui un véritable réseau de pistes odorantes totalement invisibles à l'œil nu. Mais éclairée avec une lampe à ultraviolets, l'urine de campagnol prend alors une teinte  bleu fluorescent. Le faucon crécerelle peut, grâce à cette étonnante acuité visuelle, facilement repérer ce genre de traces et guetter en vol stationnaire, juste au-dessus de l'endroit où elles sont le plus nombreuses ou les plus récentes, le passage attendu et prévu  de l'une de ses proies...

Les yeux du Faucon crécerelle sont donc des organes très performants. Rappelons qu'il est capable de voir un insecte de 2 mm à 18 mètres de distance ! De plus, les taches sombres qu'il a sous les yeux absorbent les rayons du soleil et l'empêchent d'être ébloui.

 

Des études récentes tendraient à montrer que les odeurs mettent sans doute aussi les rapaces sur la piste des rongeurs, mais les zoologistes mesurent encore mal leur importance...

 

Charly 84

Un très beau départ, je ne suis pas surprise, ça va parfaitement dans ton sens  ;)

svt

Bonjour,

Merci beaucoup Roland pour l'ouverture de ce fil.

Citation de: Roland Ripoll le Janvier 15, 2026, 10:48:23Cela ne doit rien au hasard. Ce qu'il cherche en réalité, ce n'est pas un mulot, un campagnol ou une souris, mais plus précisément les traces fraîches d'urine ou de matières fécales que les petits rongeurs déposent le long de leurs trajets. Ces traces sont très visibles à la lumière ultraviolette et le Faucon crécerelle a la faculté de percevoir cette lumière.
Le campagnol, comme beaucoup de mammifères, laisse des marques d'urine partout où il passe. Il laisse derrière lui un véritable réseau de pistes odorantes totalement invisibles à l'œil nu. Mais éclairée avec une lampe à ultraviolets, l'urine de campagnol prend alors une teinte  bleu fluorescent. Le faucon crécerelle peut, grâce à cette étonnante acuité visuelle, facilement repérer ce gen

Or sur la page de Wikipedia consacrée au Faucon crécerelle on peut lire :

"Une étude de 1995 suggère que le Faucon crécerelle verrait dans l'ultraviolet, ce qui lui permettrait de suivre les traces d'urine et de fèces laissées par les campagnols, ces traces étant visibles en lumière ultraviolette (320-400 nm)[91]. Toutefois, une expérience de 2013 montre que le facteur de transmission des ultraviolets dans l'œil des faucons chute sensiblement en deçà de 400 nm pour atteindre zéro à 340 nm. Les chercheurs ont également mesuré la réflectance UV de l'urine et des fèces du Campagnol des bois et du Campagnol agreste, sans retrouver les chiffres publiés en 1995, et concluent que davantage de recherches sont nécessaires. La question reste donc ouverte."

En 2020, le biologiste Graham R. MARTIN écrit dans son livre Bird Senses How and What Birds See, Hear, Smell, Taste, and Feel :
"Il convient de noter que l'affirmation largement répandue selon laquelle les faucons ont une vision UV, qu'ils utilisent pour guider leur quête de nourriture, n'est plus soutenue."

Jean-François

Roland Ripoll

Merci à vous tous ! Et merci à toi Jean-François d'apporter de nouvelles informations ! C'est toute la finalité d'un forum que d'échanger et de partager.
Etre simple pour être vrai

svt

Bonjour

Citation de: Roland Ripoll le Janvier 15, 2026, 10:48:23Les yeux du Faucon crécerelle sont donc des organes très performants. Rappelons qu'il est capable de voir un insecte de 2 mm à 18 mètres de distance !
Pourrais-tu indiquer les sources (article(s) scientifique(s)) de cette information?
Les rapaces comme le Faucon crécerelle ont certes une excellente vue mais par quelle méthode scientifique rigoureuse peut-on mesurer qu'il voit "un insecte de 2 mm à 18 mètres" ?
Je suis d'accord sur le fait qu'on peut lire cette information sur de nombreux sites internet qui se copient les uns les autres mais sans citer la source originale si elle existe (?).
Qu'en penses-tu?

Jean-François

Roland Ripoll

Je ne sais pas, Jean-François, s'il existe une source originelle de cette information. De plus, je n'ai pas les moyens de la vérifier. Je me suis fié à ce qui est paru dans la littérature.

2.Quand le cormoran étire ses ailes...

Quand le cormoran étire ses ailes au soleil, fait-il réellement sécher son plumage ? Face à une posture aussi évidente, poser la  question, c'est douter de la réponse.... Car certains pensent qu'il est tout simplement en train de digérer !



Le comportement « ailes ouvertes » du cormoran, silhouette caractéristique, a pourtant  fait l'objet de nombreuses études et  beaucoup ont conclut à la fonction purement séchage de cette attitude. Son plumage en effet ne serait pas imperméable [plus précisément, son plumage n'est que partiellement perméable.] car il ne possède pas, comme les autres oiseaux aquatiques, de glande uropygienne.

Mais une étude menée en 1984 a montré que les sécrétions de la glande uropygienne ne servaient pas à l'imperméabilité du plumage des oiseaux. C'est la structure microscopique des plumes qui confère cette propriété.



Certains scientifiques ont donc avancé que cette posture  aurait d'autres fonctions, et notamment  une fonction digestive. Le cormoran prendrait cette attitude pour réchauffer sa poitrine et par conséquent le bol alimentaire, facilitant ainsi la digestion.

Ce mécanisme de thermorégulation permettant à l'oiseau d'utiliser la chaleur dégagée par la contraction des muscles alaires (SIMMONS 1986, GREMILLET 1997), pour mieux digérer les proies en milieu froid..



D'autres ont également pensé que cette attitude lui servait à garder un certain équilibre, qu'elle était un moyen de communication, ou bien qu'elle assurait et qu'elle délimitait un espace autour de l'individu, lui permettant de tenir à distance raisonnable ses congénères...



Enfin certains ont pensé que signal annonçait aux autres individus une pêche fructueuse...

Comme on le voit, le débat n'est pas tranché et il faut bien reconnaître qu'on ne pas encore très bien les raisons de ce comportement.


Etre simple pour être vrai

svt

Merci beaucoup Roland pour cette mise à jour consacrée à l'étirement des ailes chez le cormoran.
En proposant les différentes hypothèses actuelles et passées, on se fait une bonne idée de la difficulté d'interprétation des comportements animaux.


Citation de: Roland Ripoll le Janvier 16, 2026, 10:10:21Je ne sais pas, Jean-François, s'il existe une source originelle de cette information. De plus, je n'ai pas les moyens de la vérifier. Je me suis fié à ce qui est paru dans la littérature.
Des valeurs numériques aussi précises (le faucon crécerelle détecterait des proies de 2 mm à 18 mètre de distance) ont nécessairement été publiées une première fois.
Publiant ces dernières années des articles scientifiques sur la biologie du Martinet noir je me suis bien rendu compte qu'il y avait 2 types de littératures scientifiques :
1. la littérature "scientifique" publiée par des chercheurs dans des revues scientifiques contrôlées par des comités de lecture et
2. la littérature de vulgarisation publiée par des chercheurs mais aussi sans contrôle par des journalistes et avec internet par tout un chacun...Je tiens à préciser qu'il y a sur internet des sites de vulgarisation d'un très bon niveau.

L'exemple ci-dessus de la possible perception des UV par les faucons crécerelles montrent bien que même une publication dans une revue respectée (NATURE) peut présenter des erreurs d'interprétation. C'est normal, la science avance aussi avec des remises en cause. Le problème vient quand les publications de vulgarisation reprennent ces erreurs pour argent comptant et participent à la diffusion de ces fausses informations...

Jean-François

jmr80


svt

Merci beaucoup jmr80 pour le lien.
Je viens de lire le pdf fait par des étudiants en éthologie en 2000.

À la page 3 on y trouve la phrase " Dans les années 70, les chercheurs menant des expériences sur le discernement des contrastes,se sont aperçus que les faucons pouvaient discerner un objet de 2mm d'une hauteur de 18 m, leur acuité visuelle étant près de 2,5 fois supérieure à la nôtre."

À la page 8 : "Si l'on met en relation cette valeur avec les habitudes comportementales des animaux, on peut dire que le faucon, chassant à basse altitude et se nourrissant majoritairement d'insectes, peut discerner un objet de 2 mm à une hauteur de 18 m, par exemple en haut d'un arbre, en n'étant qu'à la moitié de la valeur seuil !"

Dans la biblio, on trouve la référence très probable de la source :
Fox, Lehmkuhle, Westendorf, 1976, Falcon visual acuity. Science 192 :263-265.

Mais comme souvent cet article n'est pas accessible gratuitement...

svt

Bonsoir,
J'ai repris le jeu de piste.
Je n'ai pas encore trouvé l'article de Fox et al. (1976).
Par contre dans l'ouvrage de Graham R. MARTIN "The Sensory Ecology of Birds" paru en 2017 on peut lire :
"...les affirmations antérieures concernant l'acuité visuelle exceptionnelle des faucons et des aigles ont été revues à la baisse récemment. Il semblerait désormais que l'acuité visuelle maximale des faucons (0,75 minute d'arc) soit approximativement égale à celle de l'œil d'un jeune humain (0,4 minute d'arc) (Fox et al., 1976 ; Gaffney et Hodos, 2003 ; Hirsch, 1982 ; Reymond, 1987), tandis que celle des plus grands aigles (0,2 minute d'arc) est peut-être deux fois supérieure à celle de l'œil humain (Reymond, 1985)."

Cette histoire d'acuité visuelle des rapaces semble suivre le même parcours que l'histoire de la sensibilité aux UV. Des travaux utilisant certainement des méthodes nouvelles viennent contester d'anciennes découvertes. La science est vivante!

Jean-François

robsou

Quelques remarques additionnelles concernant le mémoire de maîtrise des étudiants ainsi que de l'article « Falcon Visual Acuity » paru dans Science de Fox et al. (1976). Dans leur mémoire, les étudiants transforment une hypothèse de travail en un fait établi en affirmant  que « le faucon, chassant à basse altitude et se nourrissant majoritairement d'insectes, peut discerner un objet de 2 mm à une hauteur de 18 m ». Or la méthode comportementale basée sur le pouvoir de résolution spatiale (acuité visuelle) sur la Crécerelle d'Amérique dans l'étude de Fox et al repose sur la discrimination de mires verticales à fort contraste mais ne teste pas directement l'acuité visuelle de ce rapace face à un objet ou un stimulus qui a la forme d'un insecte de 2 mm et dont le contraste et la luminance serait plus faible. Par ailleurs, dans l'article même de Fox et al., les auteurs utilisent le conditionnel lorsqu'ils transposent leurs données expérimentales obtenues sur des mires verticales à une situation de détection d'un objet de 2 mm.  Finalement,  il faut aussi rester prudent sur la portée de cette étude car elle a été menée chez un seul rapace et date déjà de 50 ans. Pour info. je reproduis une partie du texte de cet article où il est question de l'acuité visuelle des faucons pour un objet de 2 mm.

"Thus, falcon performance was 2.6 times better than human performance, a ratio reasonably close to the 2.4 predicted by R. Shlaer from the retinal image quality of his eagle. Since Shlaer's eagle is a much larger bird than Wulst, the agreement between optics and behavior may be fortuitous. Yet there is no functional reason why there should be wide variation in the acuity of falcons and hawks when consideration is given to the size of the prey they prefer, their own body size, and the heights at which they fly. The kestrel scans the ground from tree top height and will attack small insects. At 18 m, an object 2 mm long would be twice the threshold. Larger Falconiformes fly at higher altitudes and attack larger prey. At 1500 m, an object 16 cm long would be twice the threshold. Attacks on smaller prey would probably not justify the energy expended.
After testing Wulst at 350 cd/m2 we measured discrimination at two lower luminance values, 35 and 3.5 cd/m2, to see how acuity varied with luminance. Human acuity changes moderately over this range of luminance values. In contrast, Wulst's performance was strongly influenced by luminance. Figure 2 compares human and falcon acuity as a function of luminance. One set of the data on humans is replotted from thresholds obtained by S. Shlaer. The second set is the averaged threshold performance of two observers who viewed gratings in our apparatus (10). The difference in slope between lines fitted to the human and falcon discrimination functions is approximately 2.4. The steeper decline in falcon acuity with luminance reduction is consistent with the idea that the cones in the closely packed retinas of falcons and hawks have small diameters and are inefficient absorbers of radiant energy for wavelengths in the visible range. Quantitative formulation of that hypothesis, however, requires measurement of cone diameter, length, alignment, and density, data which are not available (11)."





Citation de: svt le Janvier 16, 2026, 22:12:21Bonsoir,
J'ai repris le jeu de piste.
Je n'ai pas encore trouvé l'article de Fox et al. (1976).
Par contre dans l'ouvrage de Graham R. MARTIN "The Sensory Ecology of Birds" paru en 2017 on peut lire :
"...les affirmations antérieures concernant l'acuité visuelle exceptionnelle des faucons et des aigles ont été revues à la baisse récemment. Il semblerait désormais que l'acuité visuelle maximale des faucons (0,75 minute d'arc) soit approximativement égale à celle de l'œil d'un jeune humain (0,4 minute d'arc) (Fox et al., 1976 ; Gaffney et Hodos, 2003 ; Hirsch, 1982 ; Reymond, 1987), tandis que celle des plus grands aigles (0,2 minute d'arc) est peut-être deux fois supérieure à celle de l'œil humain (Reymond, 1985)."

Cette histoire d'acuité visuelle des rapaces semble suivre le même parcours que l'histoire de la sensibilité aux UV. Des travaux utilisant certainement des méthodes nouvelles viennent contester d'anciennes découvertes. La science est vivante!

Jean-François

svt

Bonjour,

Merci Robert pour ces précisions. Le problème majeur c'est que l'affirmation des étudiants dans leur mémoire se retrouve dans de nombreux sites du web francophone. Il est difficile alors d'arrêter le processus de diffusion de cette "information" alors qu'elle est remise en question depuis un certain temps par les spécialistes de la vision des oiseaux.
J'ai rencontré les mêmes problèmes dans mes travaux sur les comportements en vol du Martinet noir.

Jean-François

rico49

Citation de: robsou le Janvier 17, 2026, 10:30:13Quelques remarques additionnelles concernant le mémoire de maîtrise des étudiants ainsi que de l'article « Falcon Visual Acuity » paru dans Science de Fox et al. (1976). Dans leur mémoire, les étudiants transforment une hypothèse de travail en un fait établi en affirmant  que « le faucon, chassant à basse altitude et se nourrissant majoritairement d'insectes, peut discerner un objet de 2 mm à une hauteur de 18 m ». Or la méthode comportementale basée sur le pouvoir de résolution spatiale (acuité visuelle) sur la Crécerelle d'Amérique dans l'étude de Fox et al repose sur la discrimination de mires verticales à fort contraste mais ne teste pas directement l'acuité visuelle de ce rapace face à un objet ou un stimulus qui a la forme d'un insecte de 2 mm et dont le contraste et la luminance serait plus faible. Par ailleurs, dans l'article même de Fox et al., les auteurs utilisent le conditionnel lorsqu'ils transposent leurs données expérimentales obtenues sur des mires verticales à une situation de détection d'un objet de 2 mm.  Finalement,  il faut aussi rester prudent sur la portée de cette étude car elle a été menée chez un seul rapace et date déjà de 50 ans. Pour info. je reproduis une partie du texte de cet article où il est question de l'acuité visuelle des faucons pour un objet de 2 mm.

"Thus, falcon performance was 2.6 times better than human performance, a ratio reasonably close to the 2.4 predicted by R. Shlaer from the retinal image quality of his eagle. Since Shlaer's eagle is a much larger bird than Wulst, the agreement between optics and behavior may be fortuitous. Yet there is no functional reason why there should be wide variation in the acuity of falcons and hawks when consideration is given to the size of the prey they prefer, their own body size, and the heights at which they fly. The kestrel scans the ground from tree top height and will attack small insects. At 18 m, an object 2 mm long would be twice the threshold. Larger Falconiformes fly at higher altitudes and attack larger prey. At 1500 m, an object 16 cm long would be twice the threshold. Attacks on smaller prey would probably not justify the energy expended.
After testing Wulst at 350 cd/m2 we measured discrimination at two lower luminance values, 35 and 3.5 cd/m2, to see how acuity varied with luminance. Human acuity changes moderately over this range of luminance values. In contrast, Wulst's performance was strongly influenced by luminance. Figure 2 compares human and falcon acuity as a function of luminance. One set of the data on humans is replotted from thresholds obtained by S. Shlaer. The second set is the averaged threshold performance of two observers who viewed gratings in our apparatus (10). The difference in slope between lines fitted to the human and falcon discrimination functions is approximately 2.4. The steeper decline in falcon acuity with luminance reduction is consistent with the idea that the cones in the closely packed retinas of falcons and hawks have small diameters and are inefficient absorbers of radiant energy for wavelengths in the visible range. Quantitative formulation of that hypothesis, however, requires measurement of cone diameter, length, alignment, and density, data which are not available (11)."






Bonsoir à tous,

Juste une citation en passant extraite d'un ouvrage de Guido Ferrari intitulé "Un long voyage" :

"Je crois que tout chercheur en sciences naturelles qui sait vraiment ce qu'est la science se rend compte qu'à chaque nouvelle découverte, cette mer immense s'ouvre un peu et nous prenons conscience de tout ce que nous ne savons toujours pas. Ce que nous savons, mais dont ne nous sommes pas certains, est contenu dans un cercle qui grandit et s'élargit. Ce cercle est la limite ultime au-delà de laquelle se trouve l'inconnu."

Cette citation est extraite d'un entretien avec le philosophe Karl Popper.

Merci à Roland d'avoir initié ce fil que je trouve instructif. C'est typiquement le genre d'informations dont je me suis nourri en venant sur ce forum afin d'enrichir ma modeste connaissance du vivant.



rdmphotos

joli documentaire sur le cormoran avec des images le mettant bien en valeur

Loucabanette

Choper un faucon crécerelle en vol avec la digiscopie ?
Je te tire mon chapeau ! ;)

jmr80

pour le cormoran j'en été resté à la thèse de la digestion
effectivement son plumage n'est pas vraiment perméable
photo bof mais pour illustrer cormoran pygmée plutôt mouillé

Roland Ripoll

Merci à vous tous de partager vos informations et vos connaissances !

3. Pourquoi les bergeronnettes hochent- elles la queue ?

Trois hypothèses ont été avancées pour expliquer le hochement de queue si particulier des bergeronnettes. Ce ne sont que des hypothèses...

Selon la première, le hochement de queue serait un moyen de communication (comme l'étalement régulier de la queue  chez les bruants des roseaux). Il  servirait aux bergeronnettes à signaler leur présence et à rester en contact visuel avec leurs congénères..





La deuxième hypothèse suggère que la bergeronnette hoche la queue pour être vue non pas de ses congénères mais de ses prédateurs ! Cette idée a été avancée suite à l'observation de ces hochements de queue qui s'intensifient quand l'oiseau se met en recherche de nourriture.

Ces hochements répétés et flagrants seraient un leurre.  Ils auraient pour but  d'attirer l'attention d'éventuels prédateurs afin qu'ils se dévoilent, permettant à la bergeronnette, encore en alerte, de leur échapper facilement. Dans le cas contraire, la bergeronnette pourrait tranquillement se mettre en quête d'insectes.





Enfin la troisième suppose que les hochements serviraient à déranger les insectes immobiles ou endormis, afin de les réveiller pour que la bergeronnette puisse mieux les capturer.

Cette théorie acquiert davantage de crédibilité quand on sait qu'en Australie un autre oiseau, la Rhipidure hochequeue, est connu pour hocher sa queue beaucoup plus souvent lorsqu'il est dans l'ombre qu'au soleil. Les insectes étant généralement moins actifs dans l'ombre, des hochements de queue fréquents les dérangeraient et permettraient à la bergeronnette de les chasser plus facilement...

Etre simple pour être vrai

jmr80

Oui merci de ces infos, chez nous la bergeronnette grise est communément appelée hoche-queue

Alfie

Citation de: robsou le Janvier 15, 2026, 13:34:23Une initiative bienvenue qui permet déjà d'associer, dans cette première série, qualité des illustrations et intérêt du naturaliste pour le comportement du Faucon crécerelle.

Robert

Citation de: Roland Ripoll le Janvier 15, 2026, 10:48:23En rangeant et en triant mes dossiers photos sur le disque dur, j'ai retrouvé ce vieux fil, posté il y a plusieurs années dans la section digiscopie. Il m'a semblé pertinent de le reposter aujourd'hui ici pour davantage de lisibilité, les sujets abordés me paraissant pouvoir vous intéresser, du moins je l'espère...

1. Au nom du Saint-Esprit

Le Faucon crécerelle est une des rares espèces, comme l'Élanion blanc, le Circaète, les sternes, le Balbuzard pêcheur et d'autres,  à faire du  vol stationnaire.  C'est sans doute lui qui le pratique le mieux et le plus souvent. Tout le monde a pu l'observer comme suspendu à un fil,  battre des ailes rapidement, la queue étalée et rabattue vers le bas. Il maîtrise ce vol dit « en Saint-Esprit » grâce à une coordination parfaite des ailes et de la queue.  Lorsqu'on l'observe faire ainsi du surplace, on pourrait penser qu'il cherche, au hasard,  à apercevoir au sol une proie.


Ce n'est pas faux mais ce n'est pas non plus tout à fait  exact. Cela ne doit rien au hasard. Ce qu'il cherche en réalité, ce n'est pas un mulot, un campagnol ou une souris, mais plus précisément les traces fraîches d'urine ou de matières fécales que les petits rongeurs déposent le long de leurs trajets. Ces traces sont très visibles à la lumière ultraviolette et le Faucon crécerelle a la faculté de percevoir cette lumière.

Le campagnol, comme beaucoup de mammifères, laisse des marques d'urine partout où il passe. Il laisse derrière lui un véritable réseau de pistes odorantes totalement invisibles à l'œil nu. Mais éclairée avec une lampe à ultraviolets, l'urine de campagnol prend alors une teinte  bleu fluorescent. Le faucon crécerelle peut, grâce à cette étonnante acuité visuelle, facilement repérer ce genre de traces et guetter en vol stationnaire, juste au-dessus de l'endroit où elles sont le plus nombreuses ou les plus récentes, le passage attendu et prévu  de l'une de ses proies...

Les yeux du Faucon crécerelle sont donc des organes très performants. Rappelons qu'il est capable de voir un insecte de 2 mm à 18 mètres de distance ! De plus, les taches sombres qu'il a sous les yeux absorbent les rayons du soleil et l'empêchent d'être ébloui.

 

Des études récentes tendraient à montrer que les odeurs mettent sans doute aussi les rapaces sur la piste des rongeurs, mais les zoologistes mesurent encore mal leur importance...

 


Des informations très précieuses sur les crécerelles, oiseaux que je suis régulièrement mais dont j'avoue avoir beaucoup à apprendre sur leur comportement.
Merci beaucoup Roland pour ce partage
Alain

robsou

Des illustrations qui mettent joliment en valeur les Bergeronnettes, agrémentées d'informations factuelles et d'hypothèses sur la signification d'attitudes et d'actes des oiseaux. Merci de proposer un tel fil qui vise à attirer l'attention des visiteurs de ce forum sur les codes comportementaux « cachés » de la communication animale. Juste quelques réflexions sur la notion d'hypothèses issues de mes expériences professionnelles dans le domaine des sciences du comportement (éthologie, neurosciences, psychologie). J'ajouterai qu'il y a plusieurs types d'hypothèses, certaines plus fondées que d'autres. Diverses questions se posent lorsqu'un lecteur ou un auditeur est confronté à différentes hypothèses.  Ont-elles toutes été soumises à l'épreuve des faits découlant d'études statistiquement quantifiées à l'aide d'une méthodologie rigoureuse ? Les études à l'origine de ces hypothèses ont-elles fait l'objet d'une expertise dans une revue à comité de lecture ? L'hypothèse a-t-elle été confirmée par plusieurs travaux ? Lorsque plusieurs hypothèses concurrentes sont proposées, certaines ont-elles été plus critiquées du fait de la remise en question de la fiabilité ou de la validité des données ou d'une méthodologie non basée sur des critères canoniques ?  Les données comportementales qui ont donné lieu à une hypothèse découlent-elles d'une démarche corrélationnelle (association statistique entre des variables sans établir de lien de causalité) ou expérimentale (lien de causalité statistique entre des variables) ?



Citation de: Roland Ripoll le Janvier 18, 2026, 09:39:59Merci à vous tous de partager vos informations et vos connaissances !

3. Pourquoi les bergeronnettes hochent- elles la queue ?

Trois hypothèses ont été avancées pour expliquer le hochement de queue si particulier des bergeronnettes. Ce ne sont que des hypothèses...

Selon la première, le hochement de queue serait un moyen de communication (comme l'étalement régulier de la queue  chez les bruants des roseaux). Il  servirait aux bergeronnettes à signaler leur présence et à rester en contact visuel avec leurs congénères..
 

La deuxième hypothèse suggère que la bergeronnette hoche la queue pour être vue non pas de ses congénères mais de ses prédateurs ! Cette idée a été avancée suite à l'observation de ces hochements de queue qui s'intensifient quand l'oiseau se met en recherche de nourriture.

Ces hochements répétés et flagrants seraient un leurre.  Ils auraient pour but  d'attirer l'attention d'éventuels prédateurs afin qu'ils se dévoilent, permettant à la bergeronnette, encore en alerte, de leur échapper facilement. Dans le cas contraire, la bergeronnette pourrait tranquillement se mettre en quête d'insectes.

 

Enfin la troisième suppose que les hochements serviraient à déranger les insectes immobiles ou endormis, afin de les réveiller pour que la bergeronnette puisse mieux les capturer.

Cette théorie acquiert davantage de crédibilité quand on sait qu'en Australie un autre oiseau, la Rhipidure hochequeue, est connu pour hocher sa queue beaucoup plus souvent lorsqu'il est dans l'ombre qu'au soleil. Les insectes étant généralement moins actifs dans l'ombre, des hochements de queue fréquents les dérangeraient et permettraient à la bergeronnette de les chasser plus facilement...
 

Roland Ripoll

Merci !

4. De la bavette du moineau...

Des études (A.P. M ØLLER (« Animal behviour » 1987 et « Sociobiology » 1989) ont montré la relation entre la bavette du moineau domestique, sa taille et sa forme, et la reproduction, la compétition entre mâles et le choix des femelles.



Il a été observé que les mâles avec de larges bavettes symétriques obtiennent les meilleurs territoires et se reproduisent plus tôt car ils attirent plus facilement les femelles. Les femelles de ces mâles pondent également plus d'œufs et il y a plus de jeunes à l'envol.



Dans son livre « Animal Talk », Tim FRIEND explique que des scientifiques ont capturé des individus à petite bavette et ont teinté leurs plumes de manière à leur donner un large bavoir. Les femelles ont alors été très attirées par ces "beaux" mâles.





Rebecca KIMBALL, de l'université de Mexico, a également étudié l'épaisseur du bec et conclut que chez les jeunes mâles d'un an, ce sont ceux avec le bec le plus large qui attirent le plus de femelles.



...à l'ergot du faisan.

Selon une autre étude, menée par des scientifiques suédois, l'atout majeur de séduction du faisan mâle ne serait pas, contrairement à ce qu'on croit, son beau plumage mais la longueur de son ergot.

Pour le démontrer,  ils ont raccourci l'ergot de certains mâles et ont constaté qu'ils étaient moins appréciés des femelles. A l'inverse, ils ont rallongé artificiellement l'ergot d'autres mâles et ceux-ci suscitaient alors l'intérêt de ces dames.

Des analyses ADN tendraient à prouver que les mâles à long éperon ont une descendance plus nombreuse.

Ces données sont toutefois contestées par d'autres chercheurs qui estiment que c'est davantage la couleur et l'augmentation de volume des caroncules qui attirent les femelles ainsi que le temps pendant lequel ces caroncules restent gonflées. Cependant, ces mêmes études montrent également une nette corrélation entre la longueur de l'éperon, la grandeur des caroncules, la valeur combative du mâle et l'attrait pour les femelles.






Etre simple pour être vrai

Seb65

Là, on entre dans le scientifique pur et dur...avec de belles images à la clef pour illustrer toutes ces hypothèses dont le voile n'a pas encore été levé pour certaines ! Bravo et merci aux contributeurs !  :)

urka

Citation de: Seb65 le Janvier 24, 2026, 11:45:27Là, on entre dans le scientifique pur et dur...avec de belles images à la clef pour illustrer toutes ces hypothèses dont le voile n'a pas encore été levé pour certaines ! 
. Un fil qui m'avait aidé jadis à expliquer à mon entourage pourquoi le Faucon crécerelle
fait ce vol dit "du Saint Esprit".
La suite viendra renforcer mes maigres connaissances sur la vie fascinante des Oiseaux ;) .
Merci Roland!
André;

Harvey

Citation de: urka le Janvier 24, 2026, 13:00:53.  mes maigres connaissances sur la vie fascinante des Oiseaux ;)


Tu sais, étant éleveur, j'me disais chaque année passant que j'en savait de moins en moins en élevage.   ;)   :D

En tout cas, merci pour ce fil très intéressant.  ;)

rdmphotos

peu de photos de c moineaux c bien vu de les mettre a l'honneur

Charly 84

Toujours de belles images, avec des explications très intéressantes  :)

robsou

De joies illustrations du Moineau domestique accompagnées d'informations éthologiques intéressantes renseignant sur les relations possibles entre une caractéristique morphologique comme la taille de la bavette chez cette espèce et son rôle de signalisation du statut reproductif et social.   
D'intéressantes informations aussi sur les débats et hypothèses concernant les relations entre caractéristiques physiques du Faisan mâle (taille de l'ergot, couleur et volume du caroncule) et attractivité sexuelle.

 Robert


Alfie

Merci Roland pour ces explications illustrées par de très belles photo !
Alain

Roland Ripoll

Merci à vous tous !

5. Les vilains petits canards...

Qui se douterait en voyant nager paisiblement des canards colverts sur un plan d'eau que, derrière ces oiseaux sympathiques et colorés, se cachent de redoutables et  « d'ignobles violeurs » ?

Il faut savoir que les canards colverts sont une des rares espèces d'oiseaux à posséder un pénis. Les autres espèces n'ont qu'un cloaque. Et ce pénis n'est pas banal, puisqu'il mesure plus de 20 cm en érection, qu'il est en forme de spirale et qu'il peut jaillir en une demi seconde !





De nombreuses observations attestent  de véritables viols de canes par plusieurs mâles. Ils semblent d'ailleurs  si fréquents que la moitié des couvées aurait des paternités multiples. Cela confirme cette vieille  stratégie évolutionniste du mâle cherchant à dispenser son sperme au maximum de femelles possibles pour que ses gènes se répandent dans un grand nombre de descendants.





On constate que ces viols ont souvent lieu au printemps, lorsque les femelles  « légitimes » sont occupées à couver, discrètement cachées, et que les mâles, totalement inutiles à l'élevage des jeunes, sont en goguette sur les plans d'eau, à la recherche d'une jeune cane ou d'une cane qui voudrait effectuer une ponte de remplacement.



Les ornithologues anglais appellent ces viols des FEPC (Forced Extra-Pair Copulations). Ils pensent que les colverts tentent d'augmenter leurs chances de se reproduire en fertilisant d'autres femelles, pendant que leurs conjointes sont occupées au nid.

Mais les femelles, réticentes et toujours soucieuses d'assurer la meilleure descendance, ont trouvé la parade pour éviter ces fécondations non désirées : elles sont dotées d'un vagin  spiralé lui-aussi, mais dans le sens contraire du pénis du mâle.  Violées certes mais pas fécondées !  Tel semble être le principe qu'elles ont adopté...



Etre simple pour être vrai

rdmphotos

toujours excellent et des attitudes variées

Roland Ripoll

Merci à vous deux !

A l'époque, Henrid (qui a quitté le forum depuis 2022) avait posté ces trois images pour illustrer le propos et bien montrer que la femlle n'est pas toujours consentante...





Etre simple pour être vrai

Seb65

Sadique le colvert je vous dis !!  ;D
Merci Roland pour ce partage du savoir !  :)

Charly 84


philou_m


Roland Ripoll

Merci !

6 .Les oiseaux infidèles ?

La monogamie et la grande fidélité des oiseaux ne seraient pas si évidentes que cela... S'il est vrai que 90% des espèces sont monogames, ce n'est peut être qu'en apparence. Même si on pense que quelques espèces comme l'oie des neiges, l'albatros, la cigogne et les cygnes seraient fidèles, elles restent toutefois des exceptions.

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De récents tests ADN ont en effet montré que, pour 70% des passereaux, l'infidélité était plus ou moins un fait établi et plutôt d'un usage courant. Conséquence: les œufs d'une même couvée ne sont pas toujours du même père...

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On a longtemps cru que le pinson des arbres était un joyeux monogame, on a eu tort. Le mâle est un coureur invétéré, et la femelle ne l'est pas moins. Elles auraient hérité ce trait de caractère de leurs pères biologiques. Ce gène de l'infidélité, transmis de père en fille, est baptisé "gène de Casanova" par les chercheurs allemands.

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Souvent infidèles, les femelles n'hésiteraient donc pas à chercher d'autres partenaires, plus forts, en meilleure santé, dotés d'un plumage plus vif et d'une plus belle voix. C'est le cas, par exemple, de la mésange charbonnière qui, si d'aventure un mâle autre que le sien chantait d'une manière assez convaincante,  ne se priverait pas d'une petite liaison de "derrière les buissons..."

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Ce comportement, en apparence volage, viserait à les prémunir contre la stérilité de certains mâles et  à assurer une meilleure survie de l'espèce. Les femelles désirant s'accoupler de préférence avec des mâles  « de qualité » pour donner plus de chances à leur progéniture.

Pas étonnant alors que 14% des jeunes moineaux ne sont pas issus du mâle « officiel » et que 18% des pontes chez le Canard colvert  sont de plusieurs mâles.

Le risque de consanguinité justifierait également l'infidélité, comme pour le chevalier guignette ou le gravelot à collier interrompu. Chez ces espèces d'oiseaux côtiers, les femelles multiplient les accouplements lorsque leur partenaire ''légitime'' est génétiquement trop proche d'elles, afin d'avoir la meilleure progéniture possible. Reste à se demander comment les oiseaux reconnaissent cette proximité génétique ?

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Chez certaines espèces d'oiseaux chanteurs, les femelles sont fréquemment infidèles. Mais le partenaire "cocufié" n'est pas dupe pour autant. Les mâles nourriraient moins bien les petits qui ne sont pas d'eux.

Des chercheurs de l'Université de Fribourg ont effectué des tests ADN sur 500 oisillons de bruant des roseaux afin de vérifier si le père était bien l'oiseau vivant en couple avec la mère. Et il s'est avéré que 39% des rejetons étaient issus d'infidélités de cette dernière.

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Les conséquences de ces infidélités sont moins bien connues. Les biologistes constatent que les bruants mâles se rendent compte de la tromperie et la sanctionnent. Lorsque la couvée comporte de nombreux rejetons qui ne sont pas d'eux, ils apportent nettement moins de nourriture au nid...

Mais on ignore totalement comment les bruants font pour savoir que certains oisillons les leurs...
Etre simple pour être vrai

Harvey

De très belles images avec de belles explications, que demander de plus ?  ;)

rdmphotos

un fil extrêmement varie et instructif bravo

robsou

Des espèces joliment illustrées et documentées dans ces deux dernières séries.

Robert

jmr80

du libertinage à tous les étages avec ces oiseaux
C'est comme quand on dit un appétit d'oiseaux, quand tu vois ce que ça s'empiffre par rapport à son propre poids  :o

Roland Ripoll

Merci !

7. Les plaques incubatrices

Chez certains oiseaux, les plaques incubatrices nous renseignent précisément sur le nombre d'œufs pondus par la femelle. Les plaques incubatrices sont des zones dénuées de plumes et de duvets sur la poitrine ou l'abdomen et qui a pour fonction de permettre une meilleure transmission de la chaleur lors de l'incubation.

Une expérience tentée au XVII° siècle a consisté à retirer à une femelle d'hirondelle les œufs au fur et à mesure qu'elle pondait. Le résultat fut qu'elle en pondit 19 au lieu des 5 habituellement.





D'autres expériences menées sur d'autres espèces ont depuis donné des résultats similaires. Un moineau domestique, par exemple,  peut ainsi pondre 50 œufs au lieu de 4 ou 5 !





On a également découvert que pour certaines espèces, comme le  vanneau huppé, le retrait des œufs ne changeait absolument rien au nombre total d'œufs habituellement pondus.





Ces expériences ont permis de démontrer que ce sont les plaques incubatrices qui règlent la ponte. Si on ôte les œufs à mesure qu'ils sont pondus, il n'y a pas de stimulation tactile de ces plaques et donc aucun message n'est envoyé au cerveau de l'oiseau pour limiter la ponte. Si les œufs restent en place, les récepteurs tactiles des plaques incubatrices décèlent leur présence et déclenchent un  processus hormonal qui ne va permettre que le développement du nombre "normal" d'œufs dans l'ovaire.

En ornithologie, on distingue donc les oiseaux en deux catégories; les pondeurs déterminés comme le vanneau huppé et les pondeurs indéterminés, comme l'hirondelle ou le moineau ou... la poule.

Tout le monde aura compris que c'est le même processus qui nous permet d'avoir des œufs au poulailler pratiquement toute l'année...
Etre simple pour être vrai

robsou

D'intéressantes informations sur la fonction de la plaque incubatrice chez les oiseaux en fonction de la ponte et des espèces, illustrées de jolies images.

Robert

Roland Ripoll

Merci Robert !

8. Les sudistes contre les nordistes...

Quand un oiseau se sent menacé, choisit-il de sauver ses plumes ou celles de sa nichée ? Tout dépend s'il est originaire du Nord ou du Sud. C'est la conclusion d'une équipe de biologistes des universités de Californie, du Montana et de Riverside aux États-Unis.

Ils ont en effet constaté que les espèces de l'hémisphère Nord (qui - phénomène encore non expliqué - vivent moins longtemps) s'exposent davantage aux prédateurs afin de les détourner. La nichée serait ainsi épargnée.

« Cette stratégie se retrouve également sous nos latitudes. Le gravelot, par exemple, feindra une blessure à l'aile et s'exposera directement à son ennemi dans le but de l'éloigner du nid », explique Philippe DUBOIS, ornithologue à la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux).







En revanche, dans l'hémisphère sud, les espèces privilégient leur survie à celle de leur nichée, préservant ainsi leur chance de procréation.

9.  La membrane nictitante

Cette membrane est souvent appelée la "troisième paupière" dans le langage populaire et palpebra tertia dans la terminologie scientifique. Contrairement aux paupières "classiques", elle est normalement translucide. Elle est cependant blanchâtre chez certaines espèces comme le cincle plongeur chez qui elle très visible quand il cligne des yeux, les protégeant  quand il est immergé.

Chez les oiseaux de proie, elle sert  à protéger les yeux des parents d'éventuels coups de leur progéniture lorsqu'ils les nourrissent ou bien lorsqu'ils s'abattent sur leurs proies.





Elle sert également au fou de Bassan lors de sa plongée dans l'eau. Pour le  grand cormoran lorsqu'il pêche, cette membrane nictitante lui sert de masque de plongée et lui confère une vision aquatique exceptionnelle.

Etre simple pour être vrai

robsou

De jolis portraits dans cette MAJ accompagnés d'informations intéressantes sur des stratégies adaptatives en fonction des latitudes ainsi que sur la fonction de la membrane nictitante des oiseaux.

Robert

Charly 84


rdmphotos


Seb65

En plus du savoir distillé, il y a de très belles images à la clef !  :)

Ludo37

Ce fil est un régal ! Bravo Roland .
Ludo

Roland Ripoll

Merci !

10. Shakespeare et les étourneaux...

Quel rapport me direz-vous entre Shakespeare et l'étourneau sansonnet ? Vous allez comprendre...

L'introduction de l'étourneau sansonnet aux États-Unis est relativement récente  et, on ne le sait peut être pas, elle est due à l'idée folle et saugrenue d'un énergumène. C'est au début des années 1890 qu'Eugène Schiefflin, riche propriétaire d'un laboratoire pharmaceutique et membre de l'American Acclimatization Society, un groupe voué à l'échange des plantes et des animaux entre les différentes parties de la planète, lâcha une centaine d'étourneaux dans Central Park.



Un peu "dérangé" sans doute, ce monsieur s'était en effet donné comme projet d'introduire en Amérique... tous les oiseaux cités dans le théâtre de Shakespeare ! L'étourneau n'est pourtant, dans l'œuvre du dramaturge anglais, mentionné qu'une seule et unique fois dans "Henri IV".



50 ans plus tard, les cent étourneaux s'étaient multipliés et répandus sur tout le territoire nord américain. On estime aujourd'hui leur nombre à 200 millions !



Les agriculteurs et les producteurs de céréales américains lui font une chasse sévère    car, considéré comme nuisible, l'étourneau  peut ingurgiter chaque jour  une quantité de nourriture égale à une ou deux fois son poids. On estime que plus d'un million d'individus sont tués chaque année [ce qui ne représente  dérisoirement que 0,5% de la population] et que les dégâts occasionnés s'élèvent à 1 milliard de dollars... La drôle d'idée de cet Eugène Scheifflin coûte cher aux contribuables américains






Etre simple pour être vrai

svt

Bonjour,

Merci beaucoup Roland pour toutes ces informations sur les oiseaux.
Pour l'Étourneau sansonnet, des pays ont favorisé leur installation/reproduction comme l'ex Union soviétique où des millions de nichoirs ont été installés au XXe siècle. (https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tourneau_sansonnet)

Jean-François

RG1945

Bon anniv Roland, continue de nous régaler avec tes images
Amicalement  Roger

Roland Ripoll

Merci à vous deux ! Merci Roger d'avoir pensé à mon anniversaire !

Citation de: svt le Février 28, 2026, 10:07:22Pour l'Étourneau sansonnet, des pays ont favorisé leur installation/reproduction comme l'ex Union soviétique où des millions de nichoirs ont été installés au XXe siècle. (https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tourneau_sansonnet)

Sais-tu Jean François pour quelle raison ? Quel est l'intérêt de favoriser l'implantation de l'étourneau ?
Etre simple pour être vrai

Seb65

Très réussies ces images d'étourneaux ! Et bon anniversaire à toi, alors !  :)

svt

Bonjour Roland,

Citation de: Roland Ripoll le Février 28, 2026, 15:21:59Sais-tu Jean François pour quelle raison ? Quel est l'intérêt de favoriser l'implantation de l'étourneau ?

J'ai retrouvé dans ma bibliothèque le livre dans lequel l'auteur présente les arguments scientifiques qui ont justifié la pose de millions de nichoirs dans les campagnes soviétiques au XXe siècle.
J'ai numérisé les pages concernant l'Étourneau sansonnet.

Voici le lien pour voir le pdf de ces pages.

Jean-François

Roland Ripoll

Grand merci ! Je vais lire ces pages avec grand intérêt.
Etre simple pour être vrai

Harvey

De belles images avec une "histoire" que je ne connaissais pas de ce merveilleux oiseau. Merci pour ce bel instant.  ;) 

robsou

Jolie série sur l'étourneau sansonnet : un + pour la 1.

Robert

jmr87

J'admire ici aussi l'exceptionnelle qualité de tes images! Quelles digiscopies!! Les commentaires qui les accompagnent sont également remarquables.

urka

Bravo Roland pour ces superbes suites!

J'ai pu voir des Etourneaux occuper le nid d'un Rollier (certainement d'un Pic, à l'origine) et,
une autre année, voir des Etourneaux sortir d'un groupe et entourer un Epervier pour, je pense,
l'éloigner de la troupe et /ou l'empêcher de choisir une proie.
J'ai pu voir aussi le comportement du Gravelot sur les berges du Gardon de Anduze.

Le lien mis par svt est très instructif ;)

Merci Roland pour toutes les explications fournies avec ces superbes images!
André.

Roland Ripoll

Merci !

11. L'ouïe des rapaces nocturnes

Chasseurs nocturnes, chouettes et hiboux sont, parmi les oiseaux, ceux qui ont l'ouïe la plus fine, la plus développée. Ils peuvent en effet localiser très précisément et capturer dans l'obscurité une proie uniquement d'après le bruit qu'elle fait. On dit même que l'effraie des clochers serait capable d'entendre, à plus de 25 m de distance, le bruit d'un stylo à bille courant sur une feuille de papier !



Une des particularités des rapaces nocturnes est la présence de disques faciaux. Le rôle de ces disques, véritables paraboles,  est d'amplifier et de concentrer les sons en direction des oreilles, afin d'améliorer l'ouïe. Ils captent les sons de haute fréquence et donnent à l'effraie des clochers une sensibilité auditive de 50 à 7500 Hz, soit 20 fois plus grande que la notre !

Les rapaces nocturnes chassent donc en se servant davantage de leur ouïe que de leur vue, ne possédant pas, contrairement à une idée répandue, une vision infrarouge.



De plus, les trous auriculaires des oiseaux sont placés, comme chez les humains, de chaque côté de la tête,  mais ces cavités ont, chez les rapaces nocturnes, la particularité d'être de grosseurs différentes et disposées de manière asymétriques, l'une étant située plus haut que l'autre. L'effet stéréophonique est ainsi assuré...



De ce fait, les ondes sonores parviennent avec 3/100 000 de secondes d'avance à l'une des deux oreilles. Cet infime décalage leur permet de localiser très précisément, à un degré près, la position d'une proie par le simple bruit qu'elle fait en se déplaçant. Une des deux oreilles localiserait les sons sur le plan horizontal, l'autre sur le plan vertical. Un peu comme la croix dans la lunette de visée d'un tireur d'élite



A noter que les " aigrettes " dressées sur la tête des hiboux (et absentes chez les chouettes) ne sont pas des oreilles mais simplement de petites plumes qu'on dit  "ornementales" et  dont le rôle exact n'est pas encore bien défini.



Etre simple pour être vrai

--Eric--

Toujours un plaisir de revoir tes photos Roland .  ;)

Seb65

Une suite des plus agréable !  :)

Clic-Clac 51

Instructif et agrémenté de très belles réalisations
Bravo Roland...on en redemande
Amicalement Denis ;)