Petits secrets d'oiseaux

Démarré par Roland Ripoll, Janvier 15, 2026, 10:48:23

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Alfie

Citation de: robsou le Janvier 15, 2026, 13:34:23Une initiative bienvenue qui permet déjà d'associer, dans cette première série, qualité des illustrations et intérêt du naturaliste pour le comportement du Faucon crécerelle.

Robert

Citation de: Roland Ripoll le Janvier 15, 2026, 10:48:23En rangeant et en triant mes dossiers photos sur le disque dur, j'ai retrouvé ce vieux fil, posté il y a plusieurs années dans la section digiscopie. Il m'a semblé pertinent de le reposter aujourd'hui ici pour davantage de lisibilité, les sujets abordés me paraissant pouvoir vous intéresser, du moins je l'espère...

1. Au nom du Saint-Esprit

Le Faucon crécerelle est une des rares espèces, comme l'Élanion blanc, le Circaète, les sternes, le Balbuzard pêcheur et d'autres,  à faire du  vol stationnaire.  C'est sans doute lui qui le pratique le mieux et le plus souvent. Tout le monde a pu l'observer comme suspendu à un fil,  battre des ailes rapidement, la queue étalée et rabattue vers le bas. Il maîtrise ce vol dit « en Saint-Esprit » grâce à une coordination parfaite des ailes et de la queue.  Lorsqu'on l'observe faire ainsi du surplace, on pourrait penser qu'il cherche, au hasard,  à apercevoir au sol une proie.


Ce n'est pas faux mais ce n'est pas non plus tout à fait  exact. Cela ne doit rien au hasard. Ce qu'il cherche en réalité, ce n'est pas un mulot, un campagnol ou une souris, mais plus précisément les traces fraîches d'urine ou de matières fécales que les petits rongeurs déposent le long de leurs trajets. Ces traces sont très visibles à la lumière ultraviolette et le Faucon crécerelle a la faculté de percevoir cette lumière.

Le campagnol, comme beaucoup de mammifères, laisse des marques d'urine partout où il passe. Il laisse derrière lui un véritable réseau de pistes odorantes totalement invisibles à l'œil nu. Mais éclairée avec une lampe à ultraviolets, l'urine de campagnol prend alors une teinte  bleu fluorescent. Le faucon crécerelle peut, grâce à cette étonnante acuité visuelle, facilement repérer ce genre de traces et guetter en vol stationnaire, juste au-dessus de l'endroit où elles sont le plus nombreuses ou les plus récentes, le passage attendu et prévu  de l'une de ses proies...

Les yeux du Faucon crécerelle sont donc des organes très performants. Rappelons qu'il est capable de voir un insecte de 2 mm à 18 mètres de distance ! De plus, les taches sombres qu'il a sous les yeux absorbent les rayons du soleil et l'empêchent d'être ébloui.

 

Des études récentes tendraient à montrer que les odeurs mettent sans doute aussi les rapaces sur la piste des rongeurs, mais les zoologistes mesurent encore mal leur importance...

 


Des informations très précieuses sur les crécerelles, oiseaux que je suis régulièrement mais dont j'avoue avoir beaucoup à apprendre sur leur comportement.
Merci beaucoup Roland pour ce partage
Alain

robsou

Des illustrations qui mettent joliment en valeur les Bergeronnettes, agrémentées d'informations factuelles et d'hypothèses sur la signification d'attitudes et d'actes des oiseaux. Merci de proposer un tel fil qui vise à attirer l'attention des visiteurs de ce forum sur les codes comportementaux « cachés » de la communication animale. Juste quelques réflexions sur la notion d'hypothèses issues de mes expériences professionnelles dans le domaine des sciences du comportement (éthologie, neurosciences, psychologie). J'ajouterai qu'il y a plusieurs types d'hypothèses, certaines plus fondées que d'autres. Diverses questions se posent lorsqu'un lecteur ou un auditeur est confronté à différentes hypothèses.  Ont-elles toutes été soumises à l'épreuve des faits découlant d'études statistiquement quantifiées à l'aide d'une méthodologie rigoureuse ? Les études à l'origine de ces hypothèses ont-elles fait l'objet d'une expertise dans une revue à comité de lecture ? L'hypothèse a-t-elle été confirmée par plusieurs travaux ? Lorsque plusieurs hypothèses concurrentes sont proposées, certaines ont-elles été plus critiquées du fait de la remise en question de la fiabilité ou de la validité des données ou d'une méthodologie non basée sur des critères canoniques ?  Les données comportementales qui ont donné lieu à une hypothèse découlent-elles d'une démarche corrélationnelle (association statistique entre des variables sans établir de lien de causalité) ou expérimentale (lien de causalité statistique entre des variables) ?



Citation de: Roland Ripoll le Janvier 18, 2026, 09:39:59Merci à vous tous de partager vos informations et vos connaissances !

3. Pourquoi les bergeronnettes hochent- elles la queue ?

Trois hypothèses ont été avancées pour expliquer le hochement de queue si particulier des bergeronnettes. Ce ne sont que des hypothèses...

Selon la première, le hochement de queue serait un moyen de communication (comme l'étalement régulier de la queue  chez les bruants des roseaux). Il  servirait aux bergeronnettes à signaler leur présence et à rester en contact visuel avec leurs congénères..
 

La deuxième hypothèse suggère que la bergeronnette hoche la queue pour être vue non pas de ses congénères mais de ses prédateurs ! Cette idée a été avancée suite à l'observation de ces hochements de queue qui s'intensifient quand l'oiseau se met en recherche de nourriture.

Ces hochements répétés et flagrants seraient un leurre.  Ils auraient pour but  d'attirer l'attention d'éventuels prédateurs afin qu'ils se dévoilent, permettant à la bergeronnette, encore en alerte, de leur échapper facilement. Dans le cas contraire, la bergeronnette pourrait tranquillement se mettre en quête d'insectes.

 

Enfin la troisième suppose que les hochements serviraient à déranger les insectes immobiles ou endormis, afin de les réveiller pour que la bergeronnette puisse mieux les capturer.

Cette théorie acquiert davantage de crédibilité quand on sait qu'en Australie un autre oiseau, la Rhipidure hochequeue, est connu pour hocher sa queue beaucoup plus souvent lorsqu'il est dans l'ombre qu'au soleil. Les insectes étant généralement moins actifs dans l'ombre, des hochements de queue fréquents les dérangeraient et permettraient à la bergeronnette de les chasser plus facilement...
 

Roland Ripoll

Merci !

4. De la bavette du moineau...

Des études (A.P. M ØLLER (« Animal behviour » 1987 et « Sociobiology » 1989) ont montré la relation entre la bavette du moineau domestique, sa taille et sa forme, et la reproduction, la compétition entre mâles et le choix des femelles.



Il a été observé que les mâles avec de larges bavettes symétriques obtiennent les meilleurs territoires et se reproduisent plus tôt car ils attirent plus facilement les femelles. Les femelles de ces mâles pondent également plus d'œufs et il y a plus de jeunes à l'envol.



Dans son livre « Animal Talk », Tim FRIEND explique que des scientifiques ont capturé des individus à petite bavette et ont teinté leurs plumes de manière à leur donner un large bavoir. Les femelles ont alors été très attirées par ces "beaux" mâles.





Rebecca KIMBALL, de l'université de Mexico, a également étudié l'épaisseur du bec et conclut que chez les jeunes mâles d'un an, ce sont ceux avec le bec le plus large qui attirent le plus de femelles.



...à l'ergot du faisan.

Selon une autre étude, menée par des scientifiques suédois, l'atout majeur de séduction du faisan mâle ne serait pas, contrairement à ce qu'on croit, son beau plumage mais la longueur de son ergot.

Pour le démontrer,  ils ont raccourci l'ergot de certains mâles et ont constaté qu'ils étaient moins appréciés des femelles. A l'inverse, ils ont rallongé artificiellement l'ergot d'autres mâles et ceux-ci suscitaient alors l'intérêt de ces dames.

Des analyses ADN tendraient à prouver que les mâles à long éperon ont une descendance plus nombreuse.

Ces données sont toutefois contestées par d'autres chercheurs qui estiment que c'est davantage la couleur et l'augmentation de volume des caroncules qui attirent les femelles ainsi que le temps pendant lequel ces caroncules restent gonflées. Cependant, ces mêmes études montrent également une nette corrélation entre la longueur de l'éperon, la grandeur des caroncules, la valeur combative du mâle et l'attrait pour les femelles.






Etre simple pour être vrai

Seb65

Là, on entre dans le scientifique pur et dur...avec de belles images à la clef pour illustrer toutes ces hypothèses dont le voile n'a pas encore été levé pour certaines ! Bravo et merci aux contributeurs !  :)

agl33

Merci pour ces belles images et les explications qui vont avec.  ;)

urka

Citation de: Seb65 le Hier à 11:45:27Là, on entre dans le scientifique pur et dur...avec de belles images à la clef pour illustrer toutes ces hypothèses dont le voile n'a pas encore été levé pour certaines ! 
. Un fil qui m'avait aidé jadis à expliquer à mon entourage pourquoi le Faucon crécerelle
fait ce vol dit "du Saint Esprit".
La suite viendra renforcer mes maigres connaissances sur la vie fascinante des Oiseaux ;) .
Merci Roland!
André;

Harvey

Citation de: urka le Hier à 13:00:53.  mes maigres connaissances sur la vie fascinante des Oiseaux ;)


Tu sais, étant éleveur, j'me disais chaque année passant que j'en savait de moins en moins en élevage.   ;)   :D

En tout cas, merci pour ce fil très intéressant.  ;)