À quoi reconnaît-on un bon documentaire ? À sa capacité à capter l’attention, certes, mais aussi au fait qu’il ouvre de nouvelles portes aux spectateurs. Germaine Krull, la photographie ou la vie coche les deux cases. Audrey Gordon, la réalisatrice, a trouvé la forme juste (entre fiction et documentaire) pour nous rendre la figure de Germaine Krull immédiatement sympathique. Durant l’entre-deux guerre, elle était l’égale de Man Ray ou Kertész et a contribué à donner un second souffle à la photographie de reportage, en lui apportant une touche graphique, comme le prouvent ses publications dans le magazine VU. Le documentaire nous apprend également qu’elle participa à la collection « Phototexte », lancée au début des années 1930 par Jacques Aumont. La Folle d’Itteville, premier (et seul !) volume de la collection, faisait cohabiter les images de Germaine Krull et les mots de Georges Simenon dans une forme qui annonçait le roman-photo quinze ans avant son avènement. Tiré à 25000 exemplaires mais jamais réédité (excepté dans les œuvres complètes du romancier), ce livre hybride s’échange sur les plateformes spécialisées à des prix prohibitifs. Dommage, car la description qu’en fait Éléonore Challine, historienne de l’art, pique la curiosité : « Au fil de cette enquête sur un meurtre perpétré au bord d’une route, le lecteur croise tour à tour des scènes photographiées en extérieur, la nuit et le jour, des scènes d’intérieur où se joue un théâtre d’ombres, des portraits dans un cadrage serré. L’intérêt de ce montage repose sur l’alternance des plans et des cadrages, et sur la variété de la disposition des images sur la page, aux antipodes de la régularité : les différents formats, en pleine page ou sur les bords, jouent avec le texte, ou au contraire le font disparaître. » Si un éditeur nous lit…

POLITIQUE DES IMAGES

Éphémère ministre de l’économie (23 décembre 2024 – 5 octobre 2025), Éric Lombard n’aura pas laissé un souvenir impérissable. Mais une image restera de son passage au gouvernement, celle qu’a fait de lui Sébastien Leban sur l’héliport de Bercy. Ce portrait a en effet remporté le Prix de la photographie politique 2025, concours coorganisé par l’Assemblée nationale et LCP. Sur le site de la chaîne, on peut d’ailleurs trouver une série de courtes vidéos dans lesquelles le lauréat et les onze finalistes commentent leurs photos. Où l’on apprend que le service de communication d’Éric Lombard avait refusé le portrait de Sébastien Leban et que celui-ci a attendu la chute du gouvernement Bayrou pour la ressortir de ses tiroirs et la présenter au Prix de la photographie politique. 

GABRIELLE HÉBERT, CHRONIQUEUSE DE LA VILLA MEDICIS

Une fois n’est pas coutume, le musée d’Orsay consacre une exposition à la photographie, en l’occurrence à l’œuvre de Gabrielle Hébert (1853-1934), première artiste à avoir chroniqué la vie à la Villa Medicis. « Sa pratique, raconte Marie Robert, commissaire de l’exposition, est d’une liberté étonnante, elle mêle curiosité, expérimentation et obstination. Elle photographie presque chaque jour. Elle s’essaie à tout : portraits, tableaux vivants, scènes de plein air, instantanés, nus, images volées. Elle se moque des catégories et des hiérarchies, ne cherche pas à se conformer à une quelconque école. »  L’interviewée nous apprend au passage que, pour perpétuer l’héritage de Gabrielle Hébert, un album collaboratif a été créé dans lequel tous les artistes passés par la Villa Médicis peuvent déposer leurs propres images.

pho•pho•photus

Sur le principe de feu Motus, saurez-vous trouver ce mot de 10 lettres en lien avec la photographie ?

En bref et en vrac

Le Prix Charles-Stark-Draper, qui récompense les avancées dans le domaine de l’ingénierie, a été décerné à Eric Fossum, l’inventeur du capteur Cmos.
La société suisse Rolling Square vient de lancer l’Await Camera, énième appareil photo numérique censé reproduire une expérience utilisateur proche de l’argentique.
Vous voulez connaître les goûts musicaux de Sally Mann et savoir pourquoi elle s’est depuis peu tournée vers le numérique ? Écoutez son passage à « Desert Island Discs ».
Alec Soth, dont on ne soupçonnait pas l’intérêt pour la mode, marche dans les pas de Roger Schall à la villa La Pausa.
Le Prix Swiss Life à 4 mains, qui récompense un duo officiant dans la photo et dans la musique, a été remis à Oleñka Carrasco et La Chica pour leur projet « Le chaos qui me donne la vie – Atlas d’un pays imaginé”. Avant-goût ici.
Depuis quatre ans, Clélia Odette fait poser celles que notre société tend à effacer du tableau : les femmes de plus de 50 ans. Un projet et désormais un livre dont elle a parlé au micro de France Inter.
À son entrée en Ukraine, la photojournaliste uruguayenne Ximena Borrazás s’est immédiatement sentie chez elle : « Même sans maîtriser la langue, j’ai senti une connexion avec les gens. » Et cela se perçoit aussi dans ses images.
Entre 2009 et 2010, Michael Prince s’est rendu dans différents hippodromes écossais pour y photographier non pas les courses, mais les turfistes – et cela, au plus près des visages.
À 15 ans de distance, Lidija Novković a adopté le même point de vue en contre-plongée pour faire le portrait d’un cheval de course, logiquement récompensé aux One Exposure Awards.
Si Richard Bellia photographie avec ses oreilles (cf. CC#408), Aspen Mays, elle, crée ses images avec ses doigts
Martin Parr a lui-même choisi les 25 photos du jeu de memory que les éditions Pyramyd vient d’éditer.

verbatim

En expérimentant, j’ai réalisé qu’avant de venir en France, je photographiais principalement en noir et blanc, faute de trouver des pellicules couleur en Tunisie, et qu’en France, j’avais commencé à travailler en couleur. Je me suis rendu compte que je superposais en fait mes images de Tunisie à celles de Saint-Étienne, mon pays d’origine à mon pays d’accueil. Le résultat représentait finalement mon identité géographique du moment : j’avais l’impression d’appartenir à plusieurs villes à la fois.

Aya CHIKRI

Il est important de bien connaître le circuit où l’on se rend si l’on veut éviter de céder à la panique une fois en place. Mais souvent il y a aussi une part de chance – selon la façon qu’a un pilote de célébrer sa victoire ou bien quand un événement imprévu survient. Partant de là, il faut parfois admettre qu’on n’est simplement pas au bon endroit pour la photo. Ça fait partie du job.
Clive ROSE

la petite musique de fin

En 1997, les Stereophonics ont débarqué sur les ondes avec un titre que les fans beuglaient en concert sans forcément connaître l’histoire de ce Local boy in the photograph. Kelly Jones, le chanteur, a expliqué qu’il avait composé ce titre en hommage à un garçon avec qui il avait joué au foot plus jeune et dont il avait appris la disparition tragique par hasard, en tombant un jour sur sa photo dans le journal local. Il s’était jeté sous un train.
Bonus Stereophonics : on a longtemps cru que la pochette de Performance and Cocktails, deuxième album des Gallois, était un clin d’œil au Baiser de Doisneau (version blasée). En fait, comme elle l’a expliqué en 2020, Scarlet Page, la photographe, avait comme référence une photo d’Annie Leibovitz prise en 1971 dans une prison de Californie et montrant les retrouvailles de prisonniers avec leurs femmes.

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