Orchidées de Crète 2026

Démarré par Caloux, Mars 28, 2026, 20:02:50

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Caloux

A la recherche des Orchidées de Crète : je ne ferai pas une longue introduction sur l'île que certains connaissent certainement mieux que moi et les autres en ont forcément une idée. C'est une grande île, non pas par sa superficie car légèrement plus petite que la Corse mais surtout longue de 260 km d'Ouest en Est et plutôt étroite du Sud au Nord. On ne la traverse dans ce sens pratiquement que par des cols ou des gorges car son centre est jalonné de hauts sommets, le plus haut atteignant 2500 mètres. Tout autour de ces sommets, très peu d'accès routiers et d'urbanisation.
La Crète occupe une place centrale dans l'ouest de la méditerranée, presque à mi-chemin entre la Grèce continentale et les côtes libyennes et égyptiennes. D'âpres combats y ont eu lieu en 1941 pour sa défense contre les parachutistes allemands qui ont conquis l'île au prix de lourdes pertes dans les deux camps. Cette position stratégique convoitée fait encore sens aujourd'hui puisque 2 porte-avions y stationnent non loin : suffisamment près, suffisamment loin...
D'un point de vue climatique, l'île bénéficie de pluies abondantes en automne hiver grâce au sommets élevés qui retiennent les nuages mais les étés sont bien évidemment secs avec risque d'incendies.
On trouve des orchidées un peu partout en Crète mais plus facilement dans les zones d'altitude moyenne. Les zones inaccessibles sont peu cartographiées mais offrent peut être des opportunités pour qui pourrait s'y aventurer. Il ne faudra pas imaginer de superbes prairies herbeuses où l'on trouverait ça et là de belles populations d'orchidées mais malheureusement pour les amateurs plutôt de petites zones accessibles (surtout les bas-côtés des routes...) ou des zones de déprises agricoles anthropisées. Tout ce qui est cultivable ou peut permettre l'élevage des moutons ou des chèvres est clôturé et peu accessible. Les friches à base de phrygane sont souvent impénétrables mais des sentiers créés par la faune sauvage peuvent permettre de s'y glisser, il faudra retrouver son chemin sans se perdre dans les buissons épineux et coriaces.
En terme de saisonnalité, les orchidées sont visibles de Janvier à Juin avec un pic entre Mars et Mai. On estime le nombre d'espèces localement à 70 à 80 (visibles à condition d'y stationner 4 mois au moins, il y a une rotation), ce n'est pas mieux que des départements français côtiers mais la Grèce et ses îles ont un fort taux d'endémisme. Commençant seulement ce voyage de 15 jours, impossible de savoir combien j'en rencontrerai.  Pour ma part, je me vois appliquée la règle des 3 tiers : 1/3 d'espèces déjà rencontrées en France, 1/3 d'espèces vues en Europe (Italie, Sardaigne, Rhodes) et 1/3 d'espèces nouvelles.
Amitiés. Pascal

Caloux

D'abord le décor, les espèces seront détaillées par la suite.
Un premier milieux favorable : les bas côtés ! Les orchidées ont du mal avec l'épaisse végétation et ces bandes plus ou moins larges entre route et prairies clôturées offrent souvent de belles opportunités. Ici on verra au premier plan l'Orchis italica (Orchis d'Italie), qui ressemble à l'Orchis simia (Orchis singe) mais nettement moins abondant en Crète. En retrait un Himantoglossum robertianum (Orchis géant ou Barlia, Barlie de Robert)
Amitiés. Pascal

Caloux

L'orchis géant se plait dans de nombreux milieux : plus secs en compagnie de figuiers de barbarie, ou sous le couvert des arbres.
Amitiés. Pascal

Caloux

Dans la phrygane, qui ne m'a pas laissé de bons souvenirs lors de mon séjour à Rhodes l'an passé, beaucoup d'espèces à découvrir : pantalon de toile ultra résistant aux accrocs requis.
Toujours l'Orchis italica (Orchis d'Italie) mais on verra d'autres espèces.
Amitiés. Pascal

Caloux

Une autre orchidée autrefois de la famille des Orchis, maintenant classée en Anacamptis : l'Anacamptis boryi ou Orchis de Bory. De couleur vive, elle est facilement repérable. Ici, elle semble tenter d'échapper à la phrygane !
A ses pieds, un serapias encore au stade de la rosette et difficilement identifiable quant à l'espèce. Floraison mi-Avril
Amitiés. Pascal

Caloux

On reste dans la phrygane avec un autre Anacamptis : Anacamptis collina (Orchis des collines). Son biotope favori est plutôt les prairies herbeuses, mais ici il est ubiquiste.
L'espèce est considérée comme éteinte en France, sa dernière station connue (dans le Var) ayant été détruite dans les années 80.
Amitiés. Pascal

Caloux

Beaucoup d'orchidées ont le bon goût d'arborer des teintes vives mais leurs petites tailles les dissimulent néanmoins. En fonction de l'éclairage, on trouvera parfois utile de refaire un chemin parcouru dans son sens inverse pour y repérer ce qui nous a échappé à l'aller !
L'Ophrys tenthredinifera (Ophrys guêpe) affectionne plutôt les prairies, son abri actuel est plutôt le signe d'une disparition prochaine lorsque la plante ne disposera plus de suffisamment de lumière pour se regénérer tous les ans. Il est temps pour elle de "semer" ses graines vers un milieu plus favorable.
Amitiés. Pascal

urka

Une île à découvrir à tous points de vue!
La mise en bouche avec ces premières photos laisse imaginer la suite.
Merci Caloux pour ce voyage "à la maison"!
André.

Charly 84

De bien belles orchidées,  surtout la dernière.
Merci pour ces découvertes

Clic-Clac 51

Salut Pascal
Voilà un fil que j'attendais avec impatience
Je m'y abonne sans hésitation...merci de partager ton savoir et tes rencontres florales
Amicalement Denis ;)

M13

Merci Pascal pour toutes ces explications et surtout sur la Crête, je vais suivre avec toutes ces orchidées!
dx-Man - Nikon d300s d700 d850

Caloux

Merci aux visiteurs ainsi qu'aux commentateurs : Catherine, André, Denis et Gilbert ! Vous êtes parmi les fidèles de ces fils sur les orchidées, tachons de ne pas vous décevoir.

Ce n'est surement pas André qui me contredira mais il y a pléthore de noms d'espèces d'orchidées. Jugez plutôt et restons en France : jusqu'à 160 espèces sur notre territoire ! Quelques unes font certainement doublon mais pourtant à chaque nouvelle édition d'un guide, de nouveaux taxons viennent se rajouter. Alors on peut toujours trouver que régionalement, des différences morphologiques seraient ancrées dans les populations de certaines régions, que la période de floraison serait différente d'un département à l'autre...
Je suis pour ma part plutôt prudent et peu prolixe sur les espèces. Allez sur Facebook et vous trouverez nombre d'amateurs fiers de leur découvertes qui s'ils proposent de les nommer Ophrys X ou Ophrys Y se font (plus ou moins gentiment) rembarrer sur l'identification. D'autres se contentent donc de livrer leurs découvertes sans les nommer de crainte de ne pas être à la hauteur des "spécialistes".
Ca manque parfois chez les spécialistes de pédagogie et au lieu d'expliquer pourquoi (sont-ils lassés de partager leur savoir ?), se contentent de répondre : L'Ophrys X, c'est évident ! A cette date et dans ce lieu, l'Ophrys X !

Personnellement, je vois les choses différemment et sur mon site, à l'instar d'autres amateurs aimant partager leur connaissances, je joue plutôt la carte de la simplification afin de ne pas perdre mes visiteurs : peu d'espèces et un accès via les photos plutôt que par une liste par les noms latins comme je le vois trop souvent. Je trouve rebutant de devoir d'abord connaître le nom de la plante avant de pouvoir l'admirer. C'est un peu comme dire : vous êtes ignares ? Passez votre chemin ! Mon site se mérite !

Bref, tout ça nous mène à la Crète car comme dans d'autres pays méditerranéens, certains espèces sont communes mais parfois avec des noms locaux : je ne parle pas du nom vernaculaire mais du nom latin car chaque pays a sa fierté et pense abriter "son espèce", et donc suffisamment différente pour ne pas être englobée dans un nom...trop commun.
On trouvera donc localement l'Orchis papillon (Anacamptis papilionacea), mais aussi les sous-espèces "alibertis" ainsi que "heroïca".
Comme souvent, les guides censés illustrer ces différences se contentent de 2 illustrations et les descriptions peuvent s'écarter de l'iconographie, autant dire que ça ne saute pas aux yeux quand vous effectuez une prospection botanique que votre découverte serait plutôt X ou Y...
Je me contenterai donc de vous présenter cette espèce sous son nom générique d'Orchis papillon.
On la trouve dans les prairies (mais il y en a peu en Crète), sur les bas côtés, en milieux semi-ombragés parfois mais généralement plutôt en pleine lumière.
Amitiés. Pascal

Caloux

#12
Il faut noter que souvent les orchidées ont une certaine plasticité, et c'est pour ça que les identifications sont ardues. Ce n'est évidemment pas le seul domaine des sciences naturelles qui provoque parfois des migraines.
Le labelle : ce pétale proéminent en avant de la fleur qui sert généralement à attirer les insectes pollinisateurs et de piste d'atterrissage avant que ce dernier ne procède à la pollinisation peut être plus ou moins coloré (différemment des autres pétales et sépales. Il est souvent plus clair mais parfois très foncé. On parle d'hyperchromie (renforcement des teintes déjà vives)
Amitiés. Pascal

Caloux

Souvent l'espèce forme de grandes colonies, elle est rarement solitaire, ce est plutôt un gage de pérennité. Mais déjà la profusion de fleurs sur la même plante est aussi souhaitable pour une pollinisation plus aisée. Certains insectes n'aiment pas faire de longs déplacements.
Amitiés. Pascal

Roland Ripoll

Toute mon admiration et une grand respect pour ta démarche ! Merci de partager ta passion pour les orchidées avec toutes ces belles images.
Etre simple pour être vrai

M13

Pascal, c'est une encyclopédie ta présentation et cet orchis papillon illustre ce propos, la dernière image est sublime bravo et merci
gilbert
dx-Man - Nikon d300s d700 d850

Charly 84

Toute mon admiration et une grand respect pour ta démarche ! Merci de partager ta passion pour les orchidées avec toutes ces belles images.

Bravo Roland et M13 pour vos commentaires, je n'aurais pas dit mieux.

urka

Oui Caloux, 160 espèces d' Orchidées en France sur les 30000 répertoriées dans le monde!
On pourrait croire que c' est peu et qu'on en aurait vite fait le tour.
Cependant, certaines espèces ne se trouvent qu'ici ou là et cela peut demander des déplacements assez éloignés du domicile.
La recherche des Orchidées est aussi le moyen de découvrir d' autres régions...

Bravo Caloux pour cette suite bien colorée!
André.


Seb65

En effet, la taxinomie des orchidées parait encore plus compliquée que celle des oiseaux ! Une très belle ouverture de fil ! Bravo Pascal !  :)

Clic-Clac 51

Encore bravo Pascal
Vivement la suite
Amicalement Denis ;)

Caloux

Merci pour vos commentaires Catherine, Roland, Seb, André, Denis et Gilbert, les publications pourront prendre du temps, si je dispose d'un panorama complet sur une espèce, je peux publier rapidement mais sinon, ça devra attendre mon retour.
Si j'avais publié cette photo hier, nul doute que certains auraient pensé à un poisson d'Avril ou à de l'IA mais à partir de 13 heures locales sur la Crète, la lumière est passée de crème à jaune puis à l'orange et au rouge plutôt vif. Pas la nuit mais une obscurité étrange.
Amitiés. Pascal

Caloux

Inutile de dire que côté respect des couleurs, je pouvais tout laisser tomber. Le phénomène dit du sable du Sahara a duré jusqu'à 18 heures environ, le nuage s'en est allé et la lumière est revenu quelques dizaines de minutes avant que la nuit, la vraie ne tombe.
Les Orchis italica sur la photo faite au smartphone, (comme la précédente, mon boitier a beau être tropicalisé, j'ai évité de l'utiliser pendant l'épisode), sont roses de base.
Amitiés. Pascal

Caloux

Le résultat sur les fleurs ce matin : quelques traces de poussières visibles, il faudra 2 averses pour les faire passer.

Ophrys spruneri
Amitiés. Pascal

Caloux

Poussière : c'est un peu moins visible sur Orchis quadripunctata toujours photographiée ce matin même. L' Orchis à quatre points est parmi ceux qui ont les fleurs les plus petites chez les Orchis. Il n'existe aucun équivalent en France de cette espèce.
Amitiés. Pascal

Caloux

#24
Cette petite orchidée de dix à vingt centimètres de haut se rencontre souvent en colonie sur des pentes rocheuses où les graines viennent se nicher dans des anfractuosités avant de développer leurs tubercules nourriciers. Cette paroie n'est pas verticale mais peu s'en faut.

D'autres vues faites au Monte Gargano (Italie) https://www.orchidee-photo.com/orchis-quadripunctata
Amitiés. Pascal