Petits secrets de fleurs...

Démarré par Roland Ripoll, Juin 29, 2022, 10:28:01

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Seb65

Très instructif. En est-il de même des autres vrilles, notamment celles des cucurbitacés style concombre ?

Roland Ripoll

Merci à vous tous !

Citation de: Seb65 le Août 25, 2024, 17:29:15En est-il de même des autres vrilles, notamment celles des cucurbitacés style concombre ?
Oui Seb, c'est exactement la même chose. Et désolé de répondre si tard à ta question.


Limodore, Lamier, Violette et cléistogamie...

Le Limodore à feuilles avortées (Limodorum abortivum) est une orchidée à feuilles réduites à de petites écailles. Il a la particularité de ne pas produire de chlorophylle et d'être une plante parasite qui puise les éléments dont il a besoin sur les racines des arbres avoisinants.

Limodore à feuilles avortées


Mais sa principale particularité, comme quelques autres plantes,  est d'être cléisotogame... Ca veut dire quoi ?

La cléistogamie  désigne la possibilité pour certaines espèces végétales de se reproduire par autopollinisation avec des fleurs qui ne s'ouvrent pas.
Les plantes cléistogames produisent deux sortes de fleurs: les classiques, celles qu'on cueille, qui sont belles, qui sentent bon et qu'on peut voir à la belle saison (fleurs chastogames) et les autres, petites, insignifiantes, sortes d'avortons, qui ne s'ouvrent jamais (fleurs cléistogames).

Lamier embrassant


Violette odorante (fleur chasmogame)


Violette odorante (fleurs cleistogames)


les fleurs cléistogames passent souvent inaperçues aux yeux des humains mais aussi des insectes pollinisateurs. Mais pourquoi donc ? Pourquoi la plante se complique-t-elle la vie à faire deux types de fleurs ? Sans doute parce qu'elle veut absolument se reproduire, assurer sa descendance, en jouant sur deux tableaux: fécondation croisée et autofécondation. L'avantage d'une fleur cléistogame est qu'elle ne dépend pas  des pollinisateurs.



Il faut savoir qu'une plante dépense beaucoup d'énergie à se parer de belles fleurs colorées pour attirer les pollinisateurs. Or si, pour une quelconque raison, les insectes ne se présentent pas au bon moment, la reproduction risque d'être  un échec. Toute cette énergie aura été dépensée pour rien.

La cléistogamie est, pour certaines plantes, comme le "Lamier embrassant" ou la "Violette odorante", une façon de se prémunir de ce risque, une "garantie reproduction" en quelque sorte. En se fécondant elles-mêmes, elles assurent la production de graines en l'absence de pollinisateurs. Ne dit-on pas qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même ?



Il arrive même que cette autofécondation se passe sous terre comme pour le "Limodore à feuilles avortées" qui développe des fleurs souterraines que ne voient jamais la lumière du jour.



La cléistogamie permet aussi,  en se protégeant de tout pollen étranger. de préserver l'adaptation  et les populations locales dans des environnements dans lesquels les plantes se reproduisent avec succès et n'ont pas besoin de matériel génétique nouveau ni de s'hybrider.

Violette odorante


Les plantes cléistogames sont relativement rares. Si on compte près de 400 000 espèces de plantes à fleurs sur la planète, 500 d'entre elles seulement ont ce mode de reproduction qui passe souvent inaperçu...

Etre simple pour être vrai

Mex (alias Jmc)

Décidément tu es intarissable Roland

très belle fleur..
 une Orchidée que je vois certainement pour la première fois!
Jean mi

Charly 84

Décidément tu es intarissable Roland, tout à fait ta culture dont tu nous fais profiter est intarissable  :)  Une merveille

Seb65


Clic-Clac 51

Toujours aussi instructif et bien saisi
Amicalement Denis ;)

urka

Et j' en apprends toujours, notamment avec l' Arabette des dames.
C' est toujours un plaisir de venir ici.
Merci Roland!
André.

Ludo37

Je suis sûr Roland que tu vis avec une belle plante  ;D
Ludo

Roland Ripoll

Merci !

Citation de: Ludo37 le Novembre 22, 2024, 21:33:12Je suis sûr Roland que tu vis avec une belle plante

Exactement et depuis 47 ans... !

Vesce commune et fourmis: les points noir du mutualisme...

A la base des  feuilles de la Vesce commune (Vicia sativa)  se trouvent de petites expansions, les  stipules, où l'on observe souvent la présence des fourmis.



Une vision de près révèle que ses stipules possèdent généralement de petites marques noires : ce sont des nectaires, qui attirent les fourmis grâce au nectar qu'ils émettent. Les fourmis défendent ainsi la plante contre les nuisibles (pucerons et chenilles notamment) et sont récompensées par le nectar.





On désigne ce genre de "contrat amical" avec les fourmis par le terme myrmécophilie qui  définit l'aptitude d'animaux ou de  végétaux  à vivre en association symbiotique externe avec les fourmis.
Elle ne doit pas être confondue avec la myrmécochorie qui est le fait pour une plante (comme la Violette ou la Chélidoine)  de favoriser le transport de ses graines par le biais des fourmis.





Il est curieux de noter que la présence de points noirs est d'autant plus fréquente que la plante a déjà subi des attaques de prédateurs.  Cela veut-il dire, qu'en cas d'attaque, la plante fait appel aux fourmis en leur signalant des prédateurs par davantage de points noirs ?
Etre simple pour être vrai

robsou

Des informations intéressantes sur  ces jolies fleurs. D'un point de vue photographique,  un faible pour la Violette odorante dans l'avant-dernière série. La série sur la Vesce commune ne manque non plus de charme, avec un + pour la 4.

Robert

Roland Ripoll

Merci !

L'anthyllide vulnéraire pour décontaminer les sols...

L'Anthyllide vulnéraire (Anthyllis vulneraria)  est une plante utilisée dans ce qu'on appelle la "phytoremédiation", une technologie qui utilise le métabolisme de certaines plantes qui accumulent, transforment, dégradent, concentrent opu stabilisent des polluants contenus dans les sols ou les eaux contaminés.

C'est une espèce végétale étonnante. Elle est une des rares légumineuses capables de croître sur des terres hautement polluées.

Elle a en effet la propriété de concentrer le zinc, le cadmium et le plomb dans les feuilles et les tiges (On parle alors de "phytoextraction"). Ces métaux sont ensuite récupérés quand la plante a fini son cycle de vie. L'Anthyllide vulnéraire pompe les polluants par ses racines pour les stocker dans les parties aériennes qui, une fois sèches, sont traitées dans des centres spécialisés.

C'est une plante qui non seulement  accumule le zinc à des concentrations inégalées par d'autres espèces (elle est l'un des plus forts hyper accumulateurs de zinc identifiés à ce jour) mais de plus, comme légumineuse, elle a l'avantage de réintroduire de l'azote dans des sols pollués et de les enrichir, permettant ainsi à d'autres espèces végétales de s'installer.

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Etre simple pour être vrai

Clic-Clac 51

C'est toujours aussi intéressant
Merci Roland de ce partage
Amicalement Denis ;)

Charly 84

De très belles fleurs, superbement mise en valeur.

KERARN

Bonjour Roland,

Des fils aussi variés qu'alimentés d'images de qualité aux commentaires instructifs.

Merci pour tous ces partages, bonne année à toi et à tes proches

Berzou


Roland Ripoll

Merci !

La Jussie pour décontaminer l'eau...

La pollution des eaux provient surtout des métaux lourds mais aussi des insecticides et des herbicides utilisés en agriculture.
La Jussie (mais également la Menthe aquatique, le roseau commun ou la Laitue d'eau) a la propriété, grâce à son système racinaire, de capter ces polluants. On a observé que ces plantes, même mortes, conservaient leurs capacités filtrantes.

Il n'est donc nullement besoin de la planter ou de la cultiver  au risque de déséquilibrer la biodiversité. Nous savons tous que le Jussie est une plante envahissante qui prolifère dans nos cours d'eau, et qui, de par son pouvoir tapissant, entrave l'écoulement des eaux et empêche la lumière de passer. En cela, elle limite les possibilités de navigation, étouffe la végétation, réduit l'oxygène dans l'eau amenant au comblement des plans d'eau et à une chute de la biodiversité.

La Jussie est donc récoltée. Après plusieurs jours de séchage, elle est broyée en une poudre de fines particules, permettant de façonner des colonnes filtrantes pour devenir un filtre végétal très efficace. En effet, l'eau prélevée dans une rivière polluée passe à l'intérieur de ce filtre où  la poudre de Jussie se charge en zinc, arsenic, fer. et autres polluants.  Les filtres, gorgés de métaux, sont ensuite rapportés dans des centres spécialisés où ces métaux sont récupérés et réutilisés. offrant ainsi une solution zéro déchet...

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Etre simple pour être vrai

Roland Ripoll

Merci agl33 !

Je pensais que découvrir quelques petits secrets des fleurs intéresserait plus de monde...
Etre simple pour être vrai

discus

je viens de découvrir ce fil .Impressionnant autant pour les photos d'une qualité à couper le souffle que par les commentaires .Merci pour ce partage.

Gil 54

Un fil super intéressant ; à la maison, nous utilisons aussi nos plantes (sauvages ou +/- cultivées) pour faire des remèdes.

thym, sarriette, romarin, bourrache, consoude, souci, ail des ours, reine des prés, millepertuis, orties, et encore bien d'autres.

Merci Roland.

Mex (alias Jmc)

Très intéressante cette plante

bien joli fleur..
Jean mi

Clic-Clac 51

J'avoue avoir un faible pour la première de cette belle série
Bravo Roland
Amicalement Denis ;)

Roland Ripoll

Merci !

Se faire du mouron... Oui mais lequel ? Mouron rouge ou Mouron des oiseaux ?


"Se faire du mouron" est une expression argotique, un peu ancienne et démodée qui signifie "se faire du souci".

Quel rapport avec la plante du même nom ? Selon certains:

- Les graines de Mouron rouge (Anagallis arvensis) étaient autrefois utilisées pour traiter l'anxiété, un usage qui aurait donné naissance à l'expression "se faire du mouron"...

On pensait en effet qu'il était susceptible de soulager les hypocondriaques, les personnes crispées et anxieuses à l'excès quant à leur état de santé, ainsi que  ceux qui souffrent de mélancolie. Son nom Anagallis lui vient d'ailleurs du grec Anagelaô, qui signifie «je ris» ou «je chante».







Selon d'autres:

- Le terme mouron en argot  désigne la chevelure, en référence aux poils blancs des feuilles du Mouron des oiseaux (Stellaria media). On disait d'ailleurs "ne plus avoir de mouron" pour dire qu'on était chauve...

On a constaté parfois chez certaines personnes anxieuses ou qui ont subi un choc émotionnel important, que ce soit de graves soucis, un stress intense ou une grosse frayeur, que leurs cheveux viraient au blanc très rapidement.

Par extension, l'expression "se faire du mouron" a fini par devenir synonyme dans le langage populaire de "se faire des cheveux blancs".







J'avoue avoir une préférence pour la première hypothèse car les poils blancs du Mouron des oiseaux ne sont pas franchement visibles sur le terrain, ce n'est pas du moins ce qui saute aux yeux...
Etre simple pour être vrai

Charly 84


Clic-Clac 51

C'est toujours aussi instructif
Merci Roland de partager
Amicalement Denis ;)

robsou

De jolies images illustrant ces fleurs  et des informations intéressantes sur les relations entre l'origine du nom de fleurs et leurs propriétés.

Robert