De plus en plus nuisible : la photo animélière !

Démarré par restoc, Août 31, 2025, 08:44:21

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Pascal_LG



Cette dérive était sans doute prévisible dans la mesure où la pratique se popularisait, grâce à, ou à cause de, l'avènement de la photographie numérique, là où elle demeurait plus confinée à l'époque de l'argentique, combinée aussi à la possibilité de diffuser ces clichés par internet.

Il n'y a pas de secret, une approche éthique requiert souvent beaucoup de temps, cette chose devenue si rare dans nos sociétés modernes de l'instantanéité, on veut tout tout de suite, tels des enfants gâtés. En l'absence de cette denrée précieuse, il faut rentabiliser un maximum les sorties, pas de temps à perdre, chaque heure, voire chaque minute compte. Dès lors, on n'a que faire de la quiétude des lieux et des espèces, Narcisse a besoin de ses trophées qui exhibera fièrement. Tout cela pour quoi ? Le caractère gratifiant que procure une toute relative reconnaissance, avec sa part de vanité, en soit pas condamnable, étant tous régit par les mêmes moteurs psychologiques, mais le devient lorsque pour l'atteindre cela passe par des comportements irrespectueux à l'égard de ceux que l'on prétend aimer.

En plus des problèmes soulevés par le comportement de certains photographes, il faut y ajouter toutes les autres présences humaines : randonneurs, campeurs, sportifs, chasseurs, forestiers... ; cette pression constante complique singulièrement la vie dans la nature pour nombre d'espèces évoluant souvent dans des écosystèmes dégradés, fragmentés, pollués.

A l'échelle mondiale, le phénomène a pris des proportions indigestes, car si nous avons souvent tendance à ne regarder que ce qui se fait dans la sphère francophone, soyons conscients que des tas photographes existent partout ailleurs: USA, Canada, Allemagne, Italie, Espagne, Brésil, Japon, Corée, pays scandinaves, Inde, Russie, Chine, etc. 50 vies ne suffiraient pas à passer en revue tout ce qui a été déjà produit. L'espoir de sortir du lot et de se faire remarquer reste dans le domaine de l'illusoire, tout au plus, dans le meilleur des cas, une bien éphémère gloriole.

On y gagnerait sans doute à mettre cette passion de la photographie animalière au service d' objectifs, de projets, d'une cause, en travaillant avec des chercheurs, des musées, des ONG, etc., car sortir dans la nature et tirer le portrait de tout ce qui vit n'a ni queue ni tête. 

Cinq cent milliards de petits clichés,
Et moi, et moi, et moi,
Avec mes clics et mes clacs,
J'attends mes likes de fin de mois,
J'y pense et puis j'oublie,
C'est la vie, c'est la vie.

RR NIKON

En dehors de tout problème relatif au besoin de reconnaissance éprouvé par une grande majorité de photographes, il reste que les images de nature sont d'abord faites pour être montrées, publiées, utilisées dans le cadre d'une démarche de partage de connaissance, et/ou pour illustrer différents médias.
Etablir une hiérarchie au sein des différents pratiquants, pros , amateurs, naturalistes, "fessebouqueur", ou autres, ou entre différentes spécialités, pour justifier ou expliquer leur présence dans la nature, ne résoudra jamais aucun problème d'éthique : à l'exemple des plus connus de tous nos photographes de nature qui se sont assis sur leurs principes lorsqu'il a fallut se faire un nom. Ainsi, beaucoup de nos vedettes actuelles sont passées par les spots archi connus ou par les affuts payants, pour avoir les clichés leur permettant de se faire un nom en gagnant un ou plusieurs concours prestigieux ! Facile pour certains d'entre eux aujourd'hui de dénoncer les dérives actuelles : ils ne sont plus concernés par un besoin de reconnaissance.
La recherche d'images faciles à faire a toujours été une préoccupation importante de photographes peu motivés par l'aspect naturaliste de cette activité : par le passé, certains réalisaient déjà discrètement des images improbables dans des parcs de vision, mais aujourd'hui quand on voit le nombre d'affûts payants qui existent on ne peut que s'étonner des discours qui accompagnent ces mêmes images sur les sites de leurs auteurs ! Déclarer être amoureux de la nature et aimer les grands espaces de solitudes sauvages me semble pourtant contradictoire avec les bousculades sur les hots spots écossais, et la fréquentation des affûts payants finlandais, espagnols, hongrois, où s'entassent pourtant un grand nombre de photographes dits " de nature"...