Là où d’autres s’évertuent à immortaliser les monuments dans leurs moindres détails, Thomas Kellner envisage la prise de vue architecturale comme une entreprise de déconstruction. Il utilise un appareil argentique avec lequel il réalise une succession de clichés qu’il met ensuite bout à bout pour constituer des œuvres mosaïques où les monuments semblent en état d’ébriété ou pris de vertiges (un comble !). Un travail de fourmi qu’il a détaillé à Talking Pictures : « Une fois que j’ai décidé du sujet, du point de vue et du meilleur moment de la journée, je fais un croquis du bâtiment sur lequel je trace un quadrillage afin de définir le nombre de films dont j’aurai besoin. Cela me donne aussi une idée de la taille de l’image finale. Je fixe ensuite mon appareil photo à un trépied sur lequel j’ai marqué une échelle graduée. Je commence par le coin supérieur gauche du sujet, j’appuie sur le déclencheur, j’avance le film, je décale la visée à droite et je recommence. Quand j’arrive à la fin de ma ligne virtuelle, je descends d’une rangée et refais une série de vues. Ainsi de suite jusqu’à la base du monument. » Dans cette interview, on apprend que le photographe allemand applique aussi cette technique aux portraits et aux paysages – son panorama du Grand Canyon a ainsi nécessité la bagatelle de 2160 vues !

TROUBLE VISION

Touché par la cataracte, Frank Dölitzsch s’est alarmé quand il a commencé à voir des choses qui n’existaient pas. Les deux sont liés, a dit son ophtalmologue, qui lui a diagnostiqué une maladie rare : le syndrome de Charles Bonnet. Ce syndrome consiste en des hallucinations visuelles complexes survenant chez des sujets âgés ne présentant pas de troubles mentaux. Pour le magazine NZZ Folio, Sabine Hess est allée documenter le quotidien de Frank. À côté des portraits classiques, elle a produit, à l’aide de filtres colorés et de distorsions optiques, des images plus expérimentales censées traduire les problèmes de perception dont souffre le vieil homme. Ce travail a valu à la photojournaliste le premier prix du Swiss Press Photo dans la catégorie « Vie quotidienne ». Le Temps propose ici un résumé illustré et commenté du palmarès (palmarès au sein duquel on trouve la série « Féminicides » de Flavia Leuenberger, dont on vous avait parlé dans CC#403).
LE DOYEN DE LA PHOTOGRAPHIE CANADIENNE TIRE SA RÉVÉRENCE
Gabor Szilasi, référence de la photographie documentaire canadienne, s’est éteint le 10 avril à l’âge de 98 ans. En 2022, il avait donné une interview à Radio Canada qu’on vous invite à réécouter (on vous l’avait déjà conseillée à l’époque) car l’homme a eu une vie des plus mouvementées, de son enfance hongroise sous le joug du nazisme puis du communisme à son exil au Canada en 1956, de l’achat de son premier appareil (un Zorki) à la rencontre avec Doreen, sa future femme. « Si javais reçu mon visa suédois avant le canadien, s’amusait-il, ma femme se serait appelée Ingrid et je ne parlerais ni le français ni l’anglais. » Le fonds Gabor Szilasi comporte 100 000 photos, quelques-unes sont visibles ici. Espérons que le documentaire de Joannie Lafrenière racontant la drôle de vie du photographe sera un jour diffusé de ce côté-ci de l’Atlantique. En attendant, il est disponible en VOD.

pho•pho•photus

Sur le principe de feu Motus, saurez-vous trouver ce mot de 8 lettres en lien avec la photographie ?

EN BREF ET EN VRAC...

Ce week-end, la baie de Somme accueille la 35e édition du Festival de l’Oiseau et de la Nature. L’équipe de Nat’Images vous en propose un avant-goût à travers ce numéro spécial détaillant le palmarès du concours photo organisé dans le cadre de l’événement.
Disparition à 68 ans de Jacques Witt, photographe de presse spécialisé dans l’actualité élyséenne.
À peine élu maire de Vauvert, Nicolas Meizonnet (RN) déprogramme une exposition photo.
Julia Buruleva est dans l’œil du cyclone depuis qu’elle a fait peindre en rose un éléphant, d’aucuns l’accusant d’avoir précipité la mort du pachyderme.
Petite histoire comparée de « Blue Marble » et des clichés réalisés lors de la mission Artemis II. Pour photographier la Terre en 1972, nous avions besoin d’une étoile pour l’illuminer. En 2026, progrès technologiques aidant, la lumière émise par la Terre suffit.
Dans l’espace, personne n’entend votre carte mémoire crier.
Certaines photos ressemblent étrangement à des tableaux, et cela ne doit rien au hasard.
Le pola n’est pas un art mineur, la preuve avec cette sélection de cinq beaux livres élaborée par Harpers Bazaar.
On connaissait le land-art, Thomas Jackson invente le linge-art !
La réalisatrice Mélanie Auffret cherche une photographe de 45-60 ans pour un petit rôle dans son prochain film, dont le tournage se tiendra en Bretagne. Passez le message…
Pas un boîtier d’envergure à se mettre sous la dent depuis le début de l’année. Mais ne désespérons pas, le Saturnix arrive !
Les précommandes de Selkies, trimestriel photo créé par Gwénaëlle Fliti, sont lancées.
Après s’être attaqué à la cassette audio et au téléphone à cadran rotatif, le collectif BPM revisite les soirées diapo et le roman-photo sur la scène du Théâtre de l’Atelier. Dès 1983, l’avant-gardiste Théâtre de Bouvard avait pressenti le filon.

verbatim

Vandystadt, c’était le panache. Il a créé la photo esthétisante de sport en France. Il a commencé à bouger dans les stades, à chercher les belles lumières, à faire des photos avec des ombres, des cadrages audacieux, etc. Il était très, très bon. C’est devenu la référence pour tous les jeunes photographes à l’époque, qui allaient le voir en espérant être embauchés dans son agence. (…) Il était très abordable, et très inspirant.
Franck SEGUIN

Photographier les surfeurs professionnels, c’est beaucoup de pression parce que tout se passe en direct. Certains jouent leur carrière et vous, vous êtes littéralement dans leurs pattes. C’est comme si vous photographiiez un joueur de tennis depuis le court. C’est un privilège d’avoir une telle proximité, mais en même temps, cela entraîne un tas de responsabilités.
Be(atriz) RYDER

la petite musique de fin

Vivian Maier aurait eu 100 ans cette année. Si vous avez passé les quinze dernières années en hibernation, ce documentaire de Tatiana Becquet Genel vous dira tout de l’incroyable histoire de la « nanny photographe ». Si vous n’avez que quelques minutes devant vous, cette évocation poétique de sa vie (Where the newspapers fall asleep / Blowin’ past the people who are walking down the street / Said that you were a spy / Well, so am I) devrait vous contenter. Du même Patrick Watson (fan assumé), on conseille aussi « Ode to Vivian », court instrumental en apesanteur joliment mis en images par Yoann Bourgeois. 

« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile
à travers quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.