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Clique clac #211

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On aurait bien aimé assister au vernissage des Transphotographiques de Lille samedi dernier, ne serait-ce que pour voir le visage médusé des visiteurs à l’arrivée de Peyo, cheval d’exception qui a la capacité d’adoucir le quotidien des patients du Centre de soins palliatifs de l’hôpital de Calais (mais aussi de détecter les tumeurs cancéreuses… gare à vous s’il vous approche !). S’il était convié à la fête, c’est que Peyo est, avec son maître Hassen Bouchakour, le personnage principal de « Dr Peyo et Mr Hassen », photoreportage réalisé par Jérémie Lempin et récompensé du Prix de la photographie Jean-Luc Monterosso. Thématiquement centrée sur les Hauts-de-France, cette édition anniversaire des Transphotographiques (20 ans déjà) ne s’est pas faite sans difficultés, comme le rappelait récemment Olivier Spillebout, mais le programme d’expositions (aux Tanneurs jusqu’au 24 octobre) ne propose pas pour autant des fonds de tiroirs, loin de là. Des explorations plasticiennes de Brigitte Olivier au travail documentaire de Natalya Saprunova , des fantasmagories de Zak Eazy aux vues aériennes de Michael Hirsch, il montre au contraire les variétés d’approches photographiques que peut susciter un même territoire.


Double lauréat du Pulitzer, Nick Oza est mort lundi dernier à l’âge de 57 ans des suites d’un accident de voiture. Celles et ceux qui l’ont côtoyé sur le terrain se souviennent d’un reporter plus intéressé par les petites histoires que par la grande : « Il aimait se concentrer sur les détails. Dans un camp de réfugiés, il était du genre à s’intéresser à celui qui fait la cuisine. » Ses ex-collègues soulignent aussi son charisme et son sens du contact inné. On n’en doute pas une seconde quand on voit les portraits de migrants mexicains qu’il a réussi à produire alors même qu’il ne parlait pas un mot d’espagnol.


À ceux qui croient encore que l’inégalité entre les hommes et les femmes photographes n’est qu’une vue de l’esprit, on conseille de visionner la dernière émission d’Arrêt sur Images qui avait pour invités Sébastien Calvet, responsable photo à Mediapart, et Marie Daucher, photographe et surtout ici porte-parole du collectif La Part des femmes. Où l’on apprend notamment qu’entre novembre 2017 et novembre 2020, 85% des « portraits de der » de Libé, média présumé progressiste, ont été réalisés par des hommes. Au-delà des chiffres, la conversation tourne aussi autour du portrait de presse et de ses biais plus ou moins assumés (surreprésentation de l’homme blanc, tendance lourde à la désaturation, propension à photographier les femmes allongées, etc.). Très instructif.


En présentant un faux reportage à Visa pour l’Image, Jonas Bendiksen a-t-il fait un joli coup ou jouer un sale tour aux organisateurs du festival ? Abasourdi dans un premier temps, Jean-François Leroy voit finalement dans cette supercherie une opportunité : «Cette audace insolente a, pour le meilleur ou pour le pire, élevé le problème à un niveau que nous n’aurions jamais cru possible».  


Comme d’autres avant elle, Julia Fullerton-Batten a fait appel au financement participatif pour réunir les fonds nécessaires à l’édition de son dernier livre, Looking out from within. Une expérience riche d’enseignements (notamment sur les liens que cela permet de tisser avec son public) qu’elle projette de partager avec celles et ceux que le sujet intéresse par l’intermédiaire d’une masterclasse sur l’autoédition.


À PART ÇA…

• Ils ont une vingtaine d’années et n’ont connu qu’Angela Merkel. Julien Daniel est allé à la rencontre de ces jeunes Allemands et Allemandes au moment où une page politique se tourne pour leur pays.
• Marre des paparazzis ? Adoptez le foulard Ishu !
• À Saint-Erme comme ailleurs, tous les chemins mènent à l’hypermarché.
• Auteur du documentaire Fantastic Fungi, Louie Schwartzberg raconte comment il a filmé les champignons en timelapse.
• Champignons toujours, mais du genre difficiles à déloger. À moins que…
• Bravo à Aimee Jan, élue « photographe océanique de l’année ».
• La beauté austère du Maroc et de ses habitants par Darren Lewey.
• BTS photo ou école dédiée ? Anna et Léa vous aident à trancher.
• Les 10 appareils photo les plus bizarres croisés au Photography Show de Birmingham.
• Manado le tapir prend la pose devant l’objectif d’Éric Isselée.
• Jolie histoire autour d’un compact perdu par son propriétaire il y a 12 ans et retrouvé par un promeneur.
• Des centaines de milliers de petits drapeaux blancs pour rendre hommage aux 675000 Américains et Américaines morts du Covid.
• « Bonjour, je pourrais avoir une baguette s’il vous-plaît ? C’est urgent. »
 

19 février 1976. Jeffrey Ross Hyman, John William Cummings, Douglas Glenn Colvin et Tamás Erdélyi sortent du studio Plaza de New York où il viennent d’enregistrer en six jours leur premier album. Sa sortie est prévue deux mois plus tard chez Sire Records. Ne reste plus qu’à photographier le groupe pour illustrer la pochette. Et là, ça coince. Un premier projet inspiré de la couverture de With The Beatles (un fondu au noir d’où n’émergeraient que les têtes des musiciens) est rejeté par la compagnie et le groupe. S’en suivent quelques contacts avec des photographes de premier rang (Bob Gruen, Danny Fields…), mais rien n’aboutit. C’est alors que le groupe se souvient d’une séance photo réalisée quelques semaines plus tôt pour le compte de Punk Magazine. À cette occasion, Roberta Bayley, jeune photographe qui les suit depuis leurs débuts au CBGB, les avait fait poser dans leurs vêtements de tous les jours devant un mur de briques. Simplicité, efficacité : voilà qui colle parfaitement avec leur style de musique. La photographe envoie la planche-contact de la séance à la compagnie de disques qui retient deux photos : une où les musiciens sourient, l’autre où ils font la gueule. Devinez laquelle finira en couverture ?


 

Lovely lovely locket love
Cause a picture never does
Try to expose you
For what you put me through

 
« Clique clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.
Photo d’ouverture : © Baziz Chibane pour
La Voix du Nord