Lors de son passage le 3 novembre dernier sur le plateau du 28 Minutes d’Arte, Martin Parr nous avait paru alerte, répondant du tac au tac aux questions d’Élizabeth Quin et des autres journalistes. Certes il avait glissé, l’air de rien, « J’ai un cancer, donc je profite au mieux du temps qu’il me reste », mais on ne se doutait pas que sa mort était si proche. Elle est survenue le 6 décembre et le regard mordant qu’il portait sur ses contemporains nous manque déjà. On ne va pas vous retracer ici la vie du photographe, juste vous aider à comprendre ce qui faisait sa singularité à travers quelques liens glânés ici et là…

Une vie d'éclats...

La biographie illustrée de Magnum Photos est un bon point de départ pour voir par quels chemins est passé Martin Parr avant de trouver la voie qui a fait son succès. Sur le site de l’agence, on trouve aussi d’excellents compléments sur ses débuts en noir et blanc, sur sa série phare « The last resort » ou sur sa relation aux plages.
En 2004, pour leurs 35 ans, les Rencontres d’Arles avaient confié à Martin Parr le poste de commissaire invité. Un rôle qu’il n’a pas pris à la légère, comme le montre ce documentaire d’époque d’Olivier Etcheverry. L’occasion aussi d’entendre le photographe évoquer le travail de ses pairs : Chris Killip, James Mollison, Neeta Madahar ou Katy Grannan. 
Paru en 2021, Déjà View met en regard les images de Martin Parr et les photos d’amateurs tirées du Anonymous Project. Un dialogue savoureux.
France 3 Hauts-de-France se souvient de « One day trip », série de la fin des années 1980 documentant les escapades à Boulogne-sur-Mer de ses compatriotes pour acheter de la bière et des cigarettes à moindre coût. 
Nadia Lee Cohen et Martin Parr avaient quarante ans d’écart, mais le même regard grinçant sur l’époque. Leur collaboration était écrite.
France TV a remis en ligne I am Martin Parr, documentaire de Lee Shulman un brin révérencieux, mais qui ne botte pas en touche quand il s’agit de pointer les critiques auxquelles a fait face le photographe britannique.
On le savait parfois caustique, on le découvre intervieweur bienveillant dans la série des « Sofa sessions ».
Le saviez-vous ? Henri Cartier-Bresson s’était initialement opposé son entrée à l’agence Magnum Photos. D’où l’idée de la Fondation HCB d’organiser, il y a deux ans, une exposition en forme de réconciliation (quelques images ici).
Fin businessman, Martin Parr a décliné ses images dans de nombreux produits dérivés : tote-bag, drap de bain, puzzle, pin’s, sticker, masque facial, etc. Pour les fêtes de Noël 2017, il avait même sorti un cahier de coloriage.
En 2010, confronté à des accusations de racisme, il a quitté son poste de directeur artistique du tout jeune festival photo de Bristol.
En 2006, Graham Fellows a réalisé un mockumentaire, It’s nice up North, pour lequel Martin Parr tenait la caméra et était régulièrement pris à témoin par le protagoniste principal. Une curiosité à voir ici (accrochez-vous, c’est en V.O. non sous-titrée). 
À un moment de sa vie, Martin Parr, bibliophile invétéré, avait une collection de 30000 livres photo à son domicile bristolien. 12000 ont été vendus à la Tate Gallery en 2004. Un long processus que le photographe a évoqué lors de cette conversation avec Clémentine de La Féronnière. Conversation où il est aussi beaucoup question des nombreux livres qu’il a publiés sous son nom (NB : il y a des problèmes de son à partir de la 17e minute). Pour la petite histoire, l’argent récolté lors de la transaction avec la Tate a servi à financer sa fondation.
À la question « L’humour anglais vous inspire-t-il ? » Il répondait qu’il était un grand admirateur de Tony Hancock. Sans doute connaissait-il ce sketch dans lequel le comédien anglais se moque des photographes qui se prennent un peu trop pour des artistes.
Le 9 juillet 2015, au Théâtre antique d’Arles, Martin Parr s’était prêté au jeu de la projection commentée. L’occasion de voir quelques extraits (très drôles) issus de ses documentaires vidéo.
Le Jeu de Paume, qui se prépare à accueillir « Global warning », a partagé un texte et une photo montrant l’implication de Martin Parr dans cette nouvelle exposition.
Excentrique ou égocentrique ? Les deux !

pho•pho•photus !

Sur le principe de feu Motus, saurez-vous trouver ces trois mots (12 et 3) sans aucun lien avec la photographie, mais qui, une fois replacés dans le bon ordre, forment (phonétiquement) le titre d’un album dont la pochette a été réalisé par Martin Parr ?

verbatim

Si je ne collectionnais pas tous ces objets, personne ne le ferait, ils seraient négligés et oubliés, je les sauve et leur offre un piédestal.

La grande erreur est de vouloir en dire trop. Les apprentis photographes aspirent à changer le monde entier avec un seul projet. Ils ne réalisent pas qu’aborder un sujet précis avec soin et pertinence est bien plus efficace que de tenter de couvrir simultanément une multitude d’aspects du monde. Si l’on ne peut expliquer sa démarche en une phrase, elle n’en vaut guère la peine.

C’est très difficile de dire ce qui fait une bonne photo, il doit y avoir une intention derrière, une contradiction, une ambiguïté et aussi une bonne construction dans l’image. Elle doit attirer l’œil du spectateur, lui donner matière à réfléchir ou même le bousculer. Il doit y avoir un deuxième niveau de lecture.

la petite musique de fin

Bouclons la boucle avec un dernier clin d’œil à Martin Parr. En matière de musique, on a l’embarras du choix : le photographe a signé de nombreuses pochettes d’albums, pour Madness, Salad (on en avait parlé dans CC#367), Blur, The Madcaps ou encore Louane. De ce côté-ci de la Manche, Vincent Delerm lui a écrit une chanson et M a collaboré avec lui le temps d’une exposition. Mais il nous semble plus judicieux de conclure avec le seul clip musical (à notre connaissance) qu’ait jamais réalisé Martin Parr. « London » par The Pet Shop Boys : un vrai concentré de l’esprit Parr. Et une expérience qui a laissé un bon souvenir à Chris Tennant et Neil Lowe.

bonus

Nous reproduisons ci-dessous la chronique de Complètement paresseux et étourdi, publiée dans le n°471 de Chasseur d’Images. 

MARTIN PAR(R) L’IMAGE

Devant les réticences de Martin Parr à se prêter au jeu de l’interview classique, Wendy Jones, qui souhaitait écrire sa biographie, a eu l’heureuse idée de le confronter aux images de sa vie, celles qu’il a réalisées comme celles qui l’ont constitué. Le Britannique s’est tout de suite montré plus disert. L’ouvrage que la journaliste a tiré de ses échanges en conserve la forme : Martin Parr déroule le fil de sa vie en commentant 150 photos choisies parmi 48 000. D’un portrait de son père sur un ruisseau gelé (“la première photo que je me rappelle avoir prise”) à une vue de Ramsgate par Tony Ray-Jones (“quand j’étais à la fac et que je regardais ses photos, j’étais sans cesse émerveillé par leur qualité”), de “June Street”, série fondatrice réalisée en dernière année de fac en collaboration avec Daniel Meadows, au passage à la couleur dans les rues de New Brighton au début des années 1980 (“je ne suis jamais revenu en arrière”), Martin Parr prend un plaisir évident à revenir sur les étapes qui l’ont construit, avec l’humour pince-sans-rire qu’on lui connaît, une pointe de tendresse inédite (notamment quand il évoque ses proches) et sans une once d’amertume… ce qui ne l’empêche pas d’égratigner au passage les gens qui n’ont pas cru en lui – à commencer par ce professeur de français qui dans un de ses bulletins scolaires avait apposé ce commentaire cinglant : “Complètement paresseux et étourdi”.
Martin Parr – Complètement paresseux et étourdi
304 pages, 19 × 25,5 cm, éditions Michel Lafon, 39,95 €

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