En juin 2022, Vert appelait les médias à ne plus illustrer les épisodes caniculaires avec des images de baignades ou de personnes se dorant la pilule. Pour sortir des clichés, le site spécialisé dans les enjeux écologiques préconisait l’utilisation de Climate visuals, une base photographique adaptée à la gravité de la situation. Quatre ans plus tard, Paris Match a choisi de mettre en Une la joie de deux ados plongeant dans les bassins du Trocadéro (quitte à contredire ses propres accroches de couverture : « La France étouffe », « Des dizaines de morts, transports perturbées », etc.). Heureusement, le magazine fait un peu figure d’exception dans le traitement médiatique de la canicule de la semaine passée. Dans un intéressant article publié sur Arrêt sur Images, Clara Barge a passé en revue les différentes options prises par les hebdos et quotidiens pour traduire la chaleur accablante et ses effets. Les thermomètres, ombrelles et enseignes de pharmacie restent légion sur les sites de la PQR, mais de plus en plus souvent ce sont des corps en souffrance qui sont montrés. Certains titres, comme Libération, n’hésitent pas à user de la mise en scène ou à retoucher des photos pour accentuer l’impression de chaleur. Interrogée, Sophie Roland, rédactrice en chef de Vert, salue les progrès réalisés en quatre ans, mais tempère quelque peu : « Il faut dépasser l’illustration strictement météo : montrer les causes, les gaz à effet de serre provoqués par notre consommation de pétrole, de gaz et de charbon, montrer les conséquences sur les écosystèmes, montrer les solutions – pas seulement court-termistes, individuelles et adaptatives ».
REGARDS SUR LE VIVANT
La photographie nature serait-elle en train de gagner ses galons de respectabilité ? Les Rencontres d’Arles, qui commencent la semaine prochaine, consacre toute une section de leur programmation à cette thématique. Sous l’intitulé « Vies sensibles » sont présentées sept expositions, dont « Flower power », exploration de la photographie florale sous l’angle expérimentale, « La nature d’Edward Steichen », mise au jour d’un pan méconnu de l’œuvre du chantre du pictorialisme, ou encore « Modèle animal », rétrospective révélant combien l’animal est indissociable de l’histoire du médium, depuis les microphotographies pionnières d’Auguste Bertsch jusqu’aux invasions canines de Romain Lopvet. Dans le même temps, Arte a mis en ligne cinq nouveaux épisodes de sa série documentaire « Bestialement photogénique ». L’intérêt des vidéos dépend de la vision que chacun a de la photo animalière : si vous y voyez, façon La Fontaine, un moyen de traduire les émotions humaines et les tensions sociales, privilégiez les épisodes consacrés à Miguel Vallinas et Clarisse Rebotier ; si c’est la relation humain-animal qui vous intéresse, les approches documentaires de Diana Bagnoli et Yana Wernicke devraient vous contenter ; si seul le sauvage vous importe (et que vous êtes un indécrottable du tirage argentique), regardez Tomazs Gudzowaty à l’œuvre.
JOYEUX ANNIVERSAIRE MOTHER JONES !
Chasseur d’Images n’est pas le seul magazine à fêter ses 50 ans. Outre-Atlantique, Mother Jones célèbre aussi ce mois-ci son demi-siècle d’existence. Le périodique, qui s’est fait un nom dans le journalisme d’investigation, se distingue des autres médias américains, pour la plupart propriétés de gros groupes industriels, par son appartenance à une fondation à but non lucratif, la Foundation for National Progress. Progressiste, Mother Jones l’est assurément quand on voit défiler les couvertures qui ont marqué son histoire. Les trois journalistes fondateurs voulaient un magazine « iconoclaste, coloré et imprimé sur du papier de haute qualité » afin de rendre justice au travail des photographes. Et pas n’importe quels photographes ! De Susan Meiselas à Zen Lefort, de Tim Hetherington à Julie Dermansky, les grandes signatures d’aujourd’hui, d’hier et de demain ont illustré les pages de Mother Jones, comme le montre cette classieuse rétrospective.
pho•pho•photus
Sur le principe de feu Motus, saurez-vous trouver ce mot de 10 lettres en lien avec la photographie ?
En bref et en vrac...
Plaisir des papilles et des pupilles : les World Food Photography Awards viennent de dévoiler leur palmarès 2026.
À La Gacilly, une place porte désormais le nom de Sebastiao Salgado.
Les doigts d’honneur que fait Lilwen ne s’adressent pas à la photographe Marine Lien mais à la leucémie qu’elle a vaincue du haut de ses six ans.
Concours organisé par l’Unicef, le Giga Photo Award a pour but de montrer la dimension précieuse de la connectivité à travers le monde. De passage à Genève, certains lauréats en ont profité pour commenter leurs photos.
Cocorico ! Aperture s’est fendu d’un long article sur Alix Cléo Roubaud, « la photographe qui a fait de l’absence sa muse ».
À Saint-Nazaire, le centre d’art contemporain Le Grand café va être converti en lieu d’exposition photographique, une décision qui ne plaît pas tout le monde.
Ici Isère s’est rendu dans l’antre de Philippe Raybaudi, réparateur d’appareils argentiques dont vous avez pu faire la connaissance dans C.I. n°472.
Au micro de FranceFineArt, Clothilde Morette évoque la nouvelle exposition de la MEP « La photographie en toutes lettres », un accrochage historico-ludique sous forme d’abécédaire.
La glaciologue Heïdi Sevestre est la marraine de « L’œil du climat », concours photo organisé par Météo-France et GEO, dont le but est de montrer les effets du changement climatique. À vos appareils !
Vous galérez pour notre Défi 479 ? Cette vidéo de Michael Arzur vous donne quelques clés techniques.
Conseil lecture : La Croix L’hebdo a consacré son dernier numéro à la photo. Extrait.
En appliquant à des confiseries le traitement habituellement réservé aux montres de luxe, Adriana Mora et Cèlia Pladeval les font entrer dans une autre dimension.
Pendant plus de 60 ans, une petite boutique londonienne a pris en charge les photos de passeport de célébrités. Ses archives font l’objet d’un livre.
Alfie Whiteman n’a pas laissé un souvenir impérissable dans les cages de Tottenham (un seul match avec l’équipe fanion), aujourd’hui il espère marquer les esprits grâce à ses photos.
verbatim
Si quelque chose crée un sentiment de curiosité en moi, alors je continue à creuser, en recherchant, en collectant des références jusqu’à aboutir à quelque chose que je veux exprimer visuellement. J’aime ce temps où les cinéastes n’avaient presque pas d’outils, pas d’accès au montage numérique, pas de CGI, pas de filet de sécurité. Je pense que cette époque représente un sommet de créativité humaine sous contrainte.
Aujourd’hui, lors des rares séances de portraits que je réalise, je pratique ce que j’appelle un « rythme analogique » dans un espace numérique. Je photographie en numérique, mais sans fil. Je ne suis pas connecté à un écran. Je prends douze clichés, puis je m’arrête et je repense à ma composition. Ce rythme analogique, celui de passer une pellicule entière avant de la changer, impose une approche mentale qui, je crois, favorise l’intimité et la communication.
la petite musique de fin
Comme beaucoup, Bernard Plossu est tombé sous le charme de Pauline Croze dès qu’il a entendu « T’es beau ». Invité en juin 2017 de « L’heure bleue », le photographe lance un appel à la chanteuse pour faire son portrait. La rencontre se fera deux ans plus tard sur la plage de La Ciotat. À la clé, un petit livre et ce clip souvenir illustrant une autre chanson de Pauline Croze : « Je suis floue ».
« Clique Clac », c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile
à travers quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images.








