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Clique clac #124

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Joana Choumali a remporté la 8e édition du Prix Pictet, dotation de 92000 euros récompensant (plus ou moins chaque année) un travail consacré au développement durable. « Ça va aller », la série grâce à laquelle la photographe ivoirienne a gagné ce prix, a été réalisée avec un smartphone dans les rues de Grand-Bassam, quelques semaines après l’attaque djihadiste survenue en mars 2016 sur la plage de la cité balnéaire (16 morts). Voilà pour le contexte, mais c’est sur la forme que ce travail se détache du tout-venant. Chaque photo est ornée de broderies qui les colorent d’une note d’espoir et suggèrent l’importance de retisser des liens ou de recoudre les plaies.


En 2008, Edward Burtynsky figurait parmi les finalistes du même Prix Pictet. Le photographe canadien a depuis creusé le sillon d’une prise de vue aérienne spectaculaire et écologiquement engagée, mais c’est aujourd’hui sur grand écran qu’il déploie ses images et son message. Co-réalisé avec Jennifer Baichwal et Nicholas de Pencier, Anthropocène, l’époque humaine est en salles depuis mercredi.


Le 5 novembre dernier se tenait la première séance plénière du Parlement de la photographie, une initiative du Ministère de la Culture (compte-rendu ici) où furent abordées les questions de la carte de presse pour les photojournalistes, de la rémunération des photographes exposés ou de la fragilité du secteur du livre photo : « On assiste à une montée en puissance de nouveaux formats et à un retrait progressif des éditeurs historiques au profit de maisons indépendantes, de la microédition et de l’autoédition. » Des mots qui résonnent avec ceux d’Eric Le Brun, le directeur de la maison Light Motiv, interviewé dans le dernier numéro de C.I.


Le webzine Homemade Camera réunit, comme son nom l’indique, une communauté de bricoleurs qui rivalisent d’ingéniosité pour créer, parfois de toutes pièces et avec des matériaux incongrus, leurs propres appareils photo. Le site propose (en anglais) des podcasts, des tutos et même un magazine au format pdf dans lequel chaque membre présente sa plus belle fabrication et les photos prises avec.


Tartuffe des temps modernes, Instagram a un problème avec la nudité féminine (« Cachez ce sein que je ne saurais voir ») et supprime les photos postées dès qu’y apparaît un téton. Gare aux garçons qui porte les cheveux longs ! Pour contourner la censure, Leah Schrager use (et abuse?) des possibilités offertes par la post-production. Tant que c’est pas vulgaire


Tous deux Marseillais, la photographe Yohanne Lamoulère (qui expose actuellement à la Friche La Belle de Mai) et le cinéaste Jean-Baptiste Merlin s’appliquent, dans leurs travaux respectifs, à montrer leur ville natale en évitant les clichés et l’ornière du réalisme social. Autant de points évoqués dans cette interview à trois voix parue dans Libé Marseille.


Jusqu’où peut aller un inconditionnel de Blake et Mortimer ? Jusqu’à vérifier case par case les lieux où se déroule l’intrigue de S.O.S. Météores, album de 1959 qui a pour cadre l’ouest parisien. Le tout en s’appuyant sur des photos de différentes époques.


En bref…
• Toshio Matsumoto, le père des EOS-1, a répondu aux questions de DPreview sur le 1DX Mk III, le prochain reflex haut de gamme Canon.
• Spécialiste de la prise de vue en eaux douces, Rémi Masson consacre son prochain livre à Jean-Claude Tanzilli, l’homme-silure.
• Mise K.O. par un footballeur américain, Chamberlain Smith a rassuré ses fans en postant la photo qu’elle a prise juste avant le choc.
• Le concours hollandais « Nature Photographer Of The Year » a livré son verdict.
• Les fonds Roger-Viollet et France Soir (12,5 millions de clichés au total) ont une nouvelle vitrine.
• Une histoire de la photographie aérienne en 22 photos.
• Les « swinging sixties » ont perdu l’un de leurs meilleurs ambassadeurs.
• David Burnett a fait sensation lors des premières audiences relatives à la procédure de destitution de Donald Trump, un président qui gagnerait à cacher ses notes.


Au petit matin du 14 avril 2018, David Buckel, célèbre avocat américain, entrait dans le parc Prospect à New York et s’immolait, laissant en guise d’explication ce message envoyé notamment au New York Times : « La pollution ravage notre planète et répand l’instabilité à travers l’air, le sol, l’eau et la météo. La plupart des humains sur la planète respirent maintenant un air rendu insalubre par les carburants fossiles et beaucoup, en conséquence, mourront prématurément. Ma mort prématurée au moyen d’un carburant fossile reflète ce que nous sommes en train de nous faire à nous-mêmes. » Pour lui rendre hommage, John Sternfeld a dès le lendemain de ce « suicide altruiste » commencé à documenter la régénération progressive du site où David Buckel s’était immolé. « Our loss », la série qui en résulte, entre en résonance avec « Le grand incendie », travail de 2014 de Samuel Bollendorff décliné en exposition, livre et webdocumentaire dans lequel le photographe s’attardait sur les parkings d’entreprises, devant le centre des impôts ou à l’entrée de Pôle Emploi, autant de lieux déserts mais qui avaient été le théâtre d’une immolation dans l’année qui précédait.


« Clique clac”, c’est chaque jeudi le résumé d’une semaine sur la Toile en dix entrées et quelques liens sélectionnés par la rédaction de Chasseur d’Images. Photo d’ouverture :
Sans titre, série « Ça va aller » © Joana Choumali / Prix Pictet 2019