Grand photographe et matos simple

Démarré par pourquoipas, Décembre 06, 2012, 20:55:03

« précédent - suivant »

ninon

Citation de: Benaparis le Décembre 12, 2012, 16:23:42
Puisque l'on évoque la notion de hasard, voici une photo sans la moindre retouche (que je vous engage à regarder attentivement) que j'ai prise il y a quelques années alors que je m'amusais (et oui il y a souvent une notion de jeux quand je fais des photos y compris dans le cadre d'une commande) à faire du sténopé.
Curieusement, j'ai été complètement attiré et ce de manière quasi magnétique par ce nuage que j'ai volontairement cadré en ces deux lampadaires, et pour dire les choses je ne me suis rendu compte de ce qu'il représentait qu'au moment où je l'ai vu sur mon écran quand j'ai développé mon raw...donc il arrive parfois que ce soit notre esprit qui voit mais pas nos yeux, en tout cas de manière immédiate :

...Cette image, fort interressante, tend à prouver que tu as fait un tel travail sur toi-même que ton esprit a utilisé le "reflexe" avant que cela ne touche ta conscience!
...Et cela tend à confirmer le fait que l' "instant créatif" se concrétise dans un état de "conscience océanique", une sorte de perception totalisante libre de toute volonté directrice...et que c' est seulement, une fois achevée, que l' oeuvre se prête à la découverte de son propre créateur!
...Cela parait quelque peu pompeux, écrit comme cela, mais il est difficile de trouver les mots justes pour essayer de faire comprendre et partager(si cela est possible), cet obscure instant!... ;)

Zouave15

Citation de: rickyfirst le Décembre 12, 2012, 17:42:48
Je pense en effet, qu'a l'instar d'autres artistes dans d'autres domaines, il est un temps, une période, une fois, un jour, des semaines, des années, pendant lesquelles certains artistes explosent dans leur art, photographes, mais aussi écrivains, peintres, musiciens etc. lorsque ce temps arrive, si le photographe humaniste voyage beaucoup, rencontre des gens, il va faire une oeuvre remarquable. Ça ne dure pas, et alors viennent les redondances, les redites.

Ce qui tendrait à prouver que ce n'est pas le monde qu'il regarde, mais lui-même.

Je ne crois pas qu'il soit possible de voir le monde « tel qu'il est », car il n'est pas, et d'ailleurs la photographie en est une preuve, qui immortalise un instant qu'on ne pourra jamais reproduire à l'identique (s'il y a mouvement non contrôlé, comme dans la rue).

Par ailleurs ce que tu décris fais penser au « matching » (désolé, je ne retrouve plus le mot français) qui consiste à prétendre qu'on ne trouve que ce qu'on a préalablement imaginé (même non consciemment).

Zouave15

Citation de: ninon le Décembre 12, 2012, 17:49:33
état de "conscience océanique", une sorte de perception totalisante libre de toute volonté directrice

C'est me semble-t-il ce que d'aucuns (dont moi) appellent la conscience, qui n'est ni les perceptions et émotions ni l'intellect. Paradoxalement, plus la conscience (en ce sens) est large, moins elle est conscientisée car alors, comme la réalité, il devient impossible de tout en décrire. J'utilise ici le terme conscience dans une acception orientale, mais il est à noter que les travaux en neurosciences semblent mettre la main dessus.

En occident, on a un mot pour quelque chose qui est proche mais différent, « attention flottante », qui me semble déterminante sur la vidéo de Daido Moriyama et on parle aussi de perceptions extrasensorielles et diverses choses, mais c'est que nous avons une conception plus magique du monde.

Nikojorj

Citation de: Mia le Décembre 12, 2012, 17:22:53
C'est peut-être parce ce que la photographie relève plus de l'interprétation plus que d'une création au sens propre.
Le parallèle avec l'interprétation est intéressant...
Mais en musique, l'interprète passe derrière le compositeur, il y a un autre créateur qui fixe un cadre, alors qu'en photo, à partir du moment où on veut faire de la photo pour faire de l'art (exit la reproduction d'oeuvres d'art pour un catalogue ou le portrait dit "corporate"), ce n'est pas le cas : on est tout seul à créer.
On serait plus dans le cas d'un plasticien qui fait des oeuvres à partir d'objets trouvés et autres feuilles mortes au sens largesans réel encadrement de l'acte créatif?

Sur ce sujet, je rejoindrais Zouave15 pour dire que le hasard n'existe pas vraiment, et que ça fait entièrement partie du jeu d'aller à la rencontre du hasard et de savoir trier dans ce qu'il nous offre, de façon plus ou moins dirigée.
Citation de: rickyfirst le Décembre 12, 2012, 17:42:48
non si par regard on entend une démarche prédéfinie, artistique, philosophique, une volonté de passer un message voulu, de faire oeuvre de création, de, faisons grandiloquent, montrer son Moi, sa nature, sa personnalité, sa créativité, au travers de la photo humaniste.
Je suis d'accord pour dire que le regard de l'artiste ne doit pas être un message imposé comme la morale d'un film de Ken Loach, mais ça n'empêche pas que ce regard puisse englober quelques notions prédéfinies, qu'elles soient artistiques ou philosophiques!
Moi aussi j'aime bien la synthèse de Pender là-dessus, et ça se jauge notamment sur le produit fini, à l'homogénéité de l'oeuvre.
Citation de: rickyfirst le Décembre 12, 2012, 18:11:27
la photographie est chose étrange  ;)
Bon, d'accord! ;)
La photo est surement un art particulier à cause de son rapport au temps, cet élément si présent, si contraignant et qui nous échappe tant...

Zouave15

Citation de: rickyfirst le Décembre 12, 2012, 18:11:27
mais pas au sens de comme nous aimerions que les autres le voient selon nous, plutôt au sens de pourquoi le photographe déclenche à un moment plutôt qu'à un autre.

D'accord, cette fois, et cette phrase éclaire le reste des tes posts, pour moi. Je crois qu'au fond on parle de la même chose, mais tu crains que parler de démarche, ce soit parler de ce que le photographe voudrait imposer au public (si tant est que ce soit possible).

La photo montre mais ne démontre pas, d'accord, et c'est par exemple la différence entre un roman et un essai. Un travers classique en roman (et alors, ce n'est plus considéré comme de la littérature) consiste à dire plutôt qu'à raconter, faire sentir sans qualifier (c'est pourquoi Umberto Eco fait la guère aux adjectifs). Le principe est de mettre en scène pour que le lecteur se fasse lui-même son jugement et de décrire pour qu'il sente.

Néanmoins, il me semble que pour arriver à montrer sans démontrer, c'est toute une démarche (et un apprentissage)...

Silbad

Je crois surtout que le propre de la photographie, c'est de nous interroger!

Zouave15

Vu le fil, il y a un besoin et une gourmandise à le faire !

Canito

Je suis d'accord avec Zouave : ta dernière intervention, Ricky, éclaire toutes les autres.

Pour en revenir à des choses plus terre à terre, ce qui est intéressant, dans l'analyse du processus créatif des photographies prises une par une, c'est ce qui se situe hors-champ, c'est-à-dire ce que le photographe a choisi d'exclure ; c'est au moins aussi important que le moment auquel il a choisi de déclencher. Il est d'ailleurs étrange que l'on mette souvent en lumière la notion temporelle de la photographie, en passant le plus souvent sous silence la dimension spatiale. C'est probablement dû au succès de la notion d'instant décisif, théorisée par H.C.-B., mais on ne saurait lui en tenir rigueur dans la mesure où il a tout autant insisté sur le cadrage ("Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre  :)). Cela en dit plus généralement plus sur le photographe car c'est moins soumis au hasard et aux contingences, bien que, dans les deux cas, tout cela n'est rien sans le travail d'éditing, qui en dit sans doute plus encore.

PS : dites, histoire d'être moins théorique, vous voulez pas venir sur mon fil "un jour, une photo" ? Ca pourrait être intéressant, non ?  :D

ninon

Citation de: Zouave15 le Décembre 12, 2012, 18:23:47
D'accord, cette fois, et cette phrase éclaire le reste des tes posts, pour moi. Je crois qu'au fond on parle de la même chose, mais tu crains que parler de démarche, ce soit parler de ce que le photographe voudrait imposer au public (si tant est que ce soit possible).

La photo montre mais ne démontre pas, d'accord, et c'est par exemple la différence entre un roman et un essai. Un travers classique en roman (et alors, ce n'est plus considéré comme de la littérature) consiste à dire plutôt qu'à raconter, faire sentir sans qualifier (c'est pourquoi Umberto Eco fait la guère aux adjectifs). Le principe est de mettre en scène pour que le lecteur se fasse lui-même son jugement et de décrire pour qu'il sente.

Néanmoins, il me semble que pour arriver à montrer sans démontrer, c'est toute une démarche (et un apprentissage)...

...Encore une fenetre! ;D...Pour montrer, il faut guider qq peu le regard de l' autre, Mais lui laisser une place dans l' achèvement du processus créatif...donc, SUGGERER!
                                       Pour démontrer, il faut capter l' intelligence de l' autre, tout en lui bouchant un max les portes de sortie...donc , CONVAINCRE!...Dans le 1° cas, le créateur abandonne à un moment donné la propriété du processus, dans le 2°, il le conserve entiérement...tout en revendicant une adhésion, la plus totale possible!...et pour moi, "y' a pas photo"! ;D

Silbad

Citation de: ninon le Décembre 12, 2012, 18:43:03
...Encore une fenetre! ;D...Pour montrer, il faut guider qq peu le regard de l' autre, Mais lui laisser une place dans l' achèvement du processus créatif...donc, SUGGERER!
                                       Pour démontrer, il faut capter l' intelligence de l' autre, tout en lui bouchant un max les portes de sortie...donc , CONVAINCRE!...Dans le 1° cas, le créateur abandonne à un moment donné la propriété du processus, dans le 2°, il le conserve entiérement...tout en revendicant une adhésion, la plus totale possible!...et pour moi, "y' a pas photo"! ;D

Suggérer, oui, mais abandonné une part du processus, je ne dirais pas çà. L'artiste peut l'intégrer dans son processus et le revendiquer comme telle. Et puis convaincre, suppose une concordance dans la compréhension du message par le spectateur, ce dont je doute.

Benaparis

Ouh là là là, tant de choses passionnantes, ça vaudrait presque le coup d'en parler de vive voix...tellement de propos qui font echo et qui traduisent tant de ressenti et de vécu...merveilleux fil!!!

Toutefois je vais répondre à ceci :

Citation de: rickyfirst le Décembre 12, 2012, 17:42:48
Oui....et non. Oui si par regard on entend sensibilité visuelle, des formes pour HCB par exemple, de la lumière pour Parke, autre exemple, des humains comme Davidson pour donner encore un exemple , sensibilité qui rend le photographe réactif à la géométrie, aux lumières, aux gens lorsque ces composants se présentent à eux ; non si par regard on entend une démarche prédéfinie, artistique, philosophique, une volonté de passer un message voulu, de faire oeuvre de création, de, faisons grandiloquent, montrer son Moi, sa nature, sa personnalité, sa créativité, au travers de la photo humaniste.

Les scènes humanistes préexistent à leur capture et valent plus que le photographe qui les capte, il n'y a AUCUN message à faire passer dans une photo de rue, si ce n'est celui ci: voilà, ceci était ainsi à ce moment là. Et ce message se suffit à lui même car le photographe n'est pas intervenu dans le monde ; on en revient au père du genre que beaucoup désirent tuer, souvent à juste titre, mais on pourra en reparler, HCB, qui se refusait à intervenir, sous quelque forme que ce soit, dans le monde mis en scène, même pas faire pivoter un peu un objet, considérant que le photographe devait s'effacer devant la priorité qui est le monde.

Même si HCB est critiquable, comme tout, sur pas mal de choses, sur ce point de non intervention dans le réel, je suis assez d'accord. A partir de là, un ·travail· photo, des photos consistant à montrer la psychologie du photographe, ses idées, me dérange car pour ce faire il doit, d'une manière ou d'une autre, intervenir dans le réel, si ce n'est qu'en l'utilisant à des fins personnelles: faire passer son message, ce qu'il veut dire. Il n'y a rien à dire, seulement montrer ; la photo montre, ne démontre pas.

Selon moi, et je ne suis pas le seul à le penser (désolé pas d'illustre référence en tête), croire que l'on saisi le monde tel qu'il est, c'est à dire sans le manipuler ou de manière dite objective, à travers la photographie est une gageure, dans la mesure où d'abord il y a une lumière puis un cadre, un choix de vitesse et de diaph, ensuite un développement couleur ou N&B qui expriment des choses différentes, et enfin on ne voit que ce qui est choisi, j'ajouterai aussi ce que l'on oublie bien trop souvent à savoir la manière dont est diffusée l'image peut participer à sa signification; en ce qui me concerne par exemple la taille de tirage est extrêmement importante par rapport à ce que je veux illustrer...autrement dit le prisme de l'auteur n'échappe jamais à l'image qu'il nous livre, bref une photo de HCB ne ressemble pas à une photo de Kertesz qui ne ressemble pas à une photo de Brassaï...c'est leur regard sur le monde que nous voyons on ne peut y échapper, l'objectivité notamment en photo y compris celle appelé vernaculaire est un leurre et tant mieux!

Comme m'avait dit mon directeur d'école de photo : Faire de la photo c'est faire des choix (et créer des ponts)...je ne cesse depuis plusieurs années maintenant de découvrir toutes les implications de cette simple phrase. Et quand il y a choix il y a forcément intention, démarche, personnalité, engagement individuel (voire collectif)...etc...etc...D'ailleurs cette phrase s'applique dans de nombreux domaines.
Instagram : benjaminddb

Jc.

Pourquoi tant de photographes portent ils des lunettes...  ::)

Si un jour vous faites un diner (et que je puisse y aller) je veux bien être votre Con.

Benaparis

Citation de: Jc. le Décembre 12, 2012, 19:54:50
Pourquoi tant de photographes portent ils des lunettes...  ::)

Si un jour vous faites un diner (et que je puisse y aller) je veux bien être votre Con.

On est forcément le con de quelqu'un d'autre, une fois qu'on le sait on est beaucoup plus détendu  ;D

PS : je ne porte pas (encore) de lunettes  ;)
Instagram : benjaminddb

Verso92

Citation de: Benaparis le Décembre 12, 2012, 19:50:42
Et quand il y a choix il y a forcément intention, démarche, personnalité, engagement individuel (voire collectif)...etc...etc...

Oui, ça me semble évident, qu'il y ait -ou pas- intervention sur le réel...
Citation de: Jc. le Décembre 12, 2012, 19:54:50
Si un jour vous faites un diner (et que je puisse y aller) je veux bien être votre Con.

Moi aussi je veux bien en être...
(mercredi prochain, ça vous dit ?  ;-)

Jc.

Tu m'as bien compris Ben ;) ... Bon, j'arrête de flooder, ce fil ne le mérite pas.

Benaparis

Citation de: Jc. le Décembre 12, 2012, 20:12:32
Tu m'as bien compris Ben ;) ... Bon, j'arrête de flooder, ce fil ne le mérite pas.

Oui oui je suis comme Verso, de temps en temps j'ai besoin de m'exprimer  ;)
Instagram : benjaminddb

Verso92

Citation de: Benaparis le Décembre 12, 2012, 20:16:53
Oui oui je suis comme Verso, de temps en temps j'ai besoin de m'exprimer  ;)

Ça c'est pô gentil, Ben...
(bon, je serai pas désagréable avec toi : on m'a dit que mon cadeau "60 000" était prêt...  ;-)

Verso92

#242
Citation de: rickyfirst le Décembre 12, 2012, 20:30:29
Lorsque tu dis que c'est leur regard sur le monde que nous voyons, je te comprends et accepte l'idée en tant qu'idée, mais je ne la partage pas si elle tend à dire que ces photographes ont une idée prédéfinie du monde, et que selon elle, ils vont nous donner leur vision de celui ci. Bien que peut être proche, mon idée est plutôt qu'il s'agit de leur regard sur les choses, les hommes, ni plus, ni moins. Au rang des choses, les humains bien sur, mais le regard porté sur eux pourra être complaisant (Erwitt) railleur (Parr) mais toujours formel, le message apparent d'amour des humains ou de leur raillerie n'est qu'apparent, de première et unique lecture, pas de message politique, philosophique de la part de ces photographes, pas de: "vous voyez, je vous montre ça car...il faudrait que...." non, ils montrent, car la photo montre, ne démontre rien.

Donc, leur regard, pour moi, est seulement formel.

Heu... quand même, ce que le photographe choisit de mettre dans son cadre a quand même une connotation "politique", un "message" à faire passer quelquefois, non ?

Jc.

Non, ce serait plutôt changer de point de vue, pas l'ordonnancement de ce qu'on a sous les yeux.

Jc.

Acteur ou spectateur ? Même spectateur, même sans modifier le script (c'est comme ça qu'on dit ?), même sans monter sur la scène le seul fait d'applaudir -ou pas- nous fait devenir acteur.
Non ?

Nikojorj

Citation de: rickyfirst le Décembre 12, 2012, 20:30:29
une certaine mode tend à montrer des tirages géants, peut être, selon certains, surement des mauvaises langues, car le gigantisme du contenant est là pour pallier le nanisme du contenu?  ;)
Aparté sur ta digression : non, la mode des tirages géants c'est peut-être juste que c'est devenu techniquement très abordable, un traceur 60" et une source adaoptée (MF pour les riches, assemblage pour les pauvres) et roule ma poule - alors qu'avant, je ne sais plus si c'est Sexton ou un autre des assistants d'Ansel Adams qui disait qq chose comme "avec une maestria parfaite on peut arriver à faire de grands tirages qui soient presque aussi bons que des petits"?
C'est vrai qu'en plus ça peut impressionner, mais ça on le sait depuis bien avant Géricault.
CitationJe pensais plus à l'intervention matérielle, formelle, une scène de café est intéressante mais un pot de fleur dérange, le déplacer est une intervention dans l'ordre naturel des choses, SE déplacer est le respecter.
Rien n'est simple : si ça se trouve, bouger le cendrier l'air de rien influencera beaucoup moins tes sujets que de te lever et changer de place, et du coup c'est la première solution qui sera plus naturelle in fine (surtout si bouger pour sortir le cendrier de ta perspective modifie celle des autres éléments, et ne restitue plus ce que tu as vu et ressenti).
Et au-delà du fait que de toutes façons n'existe que ce que nous percevons de la réalité, il n'est pas non plus possible de restituer cette réalité sans l'influencer : on peut se débrouiller pour l'influencer le moins possible, mais on retombe toujours sur le principe d'incertitude d'Heisenberg, on est condamnés à perturber ce qu'on mesure et donc à ne jamais rien mesurer d'exact.
Du coup, la notion de scène "pure" ou "naturelle" devient très relative, voire plus très utile.
La notion de "vu et ressenti" de Stieglitz me semble plus pertinente en pratique, s'il s'agit de faire passer un regard.

CitationBien que peut être proche, mon idée est plutôt qu'il s'agit de leur regard sur les choses, les hommes, ni plus, ni moins.
Oui, le concept de "vision du monde" n'implique pas forcément qu'il y ait dedans un gros principe à la Kant qui explique tout! C'est comme ça aussi que je comprends cette notion de "regard" d'un photographe.

Verso92

Citation de: rickyfirst le Décembre 12, 2012, 21:10:54
Riboud assistait à cette manifestation anti guerre du Vietnam, sur commande ou de son fait, je ne sais plus, mais il a fait sa photo, enfin j'imagine, mais nous sommes là pour discuter, en pensant à sa position, à son cadre ; si tant est qu'il ait eu une pensée militante, un message à faire passer, il n'a pas eu le temps de le formuler dans son acte photographique  instantané.

La force de la photo, autre que formelle, le message, est venu ensuite, l'image ne lui appatenait plus, elle vivait sa propre vie, elle échappe à Riboud.

L'exemple était peut-être mal choisi... les photos de Parr, par exemple, montrent quand même une démarche, non ?

Canito

Oui !  ;D

Toujours à propos de Riboud, et de cette photo en particulier, voir la planche du film dont elle est issue est très intéressante. D'ailleurs, si ce n'est pas déjà fait, procurez-vous vite le bouquin "Planches-Contacts", de Magnum.

Benaparis

#248
Citation de: rickyfirst le Décembre 12, 2012, 20:30:29
Donc, leur regard, pour moi, est seulement formel.

Sans reprendre l'intégralité de ton message, nous sommes absolument d'accord, à la seule différence que la forme et tu l'as reconnu toi même à travers ton ressenti (similaire au mien) concernant la taille des tirages exprime le fond, nous sommes déjà dans le langage...tu prends 2 photographes et le même sujet au même moment ils te raconteront le même sujet mais de manière différente...c'est totalement naturel...on ne s'échappe à soi même ;) Tant mieux d'ailleurs car cela est essentiel à la création et à la diversité et non justement au formalisme qui conduit à l'anéantissement pur et simple de la création.
J'aurais peut être l'occasion d'ailleurs de démontrer concrètement cet aspect puisque j'ai un projet avec un autre photographe en ce sens, à savoir un regard dit croisé sur un sujet identique...je suis d'ailleurs particulièrement attaché à ce projet.
Instagram : benjaminddb

Reflexnumerick

Citation de: pourquoipas le Décembre 06, 2012, 20:55:03
Une vidéo sur Daido Moriyama.

C'est intéressant de le voir à l'oeuvre, j'avais déjà vu un film identique tourné lorsqu'il travaillait sur Hawai.
Son approche n'a pas changée, il se ballade dans la rue et déclenche de manière instinctive en cadran très rapidement.
Mais cette fois-ci il utilise un bête compact avec lequel il vise via l'écran arrière et à bout de bras !

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=foWAs3V_lkg#!

j'aime beaucoup la production de ce photographe, un style remarquable mais qu'il photographie avec un compact je m'en carre le coquillard ... toujours cette manie de parler matériel quand il s'agit de photographie.
S5 pro-x10-xa1