Grand photographe et matos simple

Démarré par pourquoipas, Décembre 06, 2012, 20:55:03

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Silbad

Citation de: erickb le Décembre 15, 2012, 10:52:03
Je pense qu'Andre Breton aimait ce qui brille beaucoup et engendre des chimères, je me sens plus du côté de Cezanne qui essayait d'éliminer les reflets  ou Eugène Atget

le merveilleux attire le regard, masque et détourne, comme une belle femme ferait vendre n'importe quoi, je ne suis pas sûr que le merveilleux soit durable en photo , une aurore boréale par exemple c'est merveilleux quand on est en face mais je n'ai jamais vu de photos marquantes (pour moi)  d'aurores boréales

Ce n'est pas ainsi que je comprend la pensée d'André Breton et il ne s'agit pas de réfuter ce que tu dis, car je pense qu'il aurait été d'accord avec toi. Le merveilleux ce n'est pas ce qui se présente de manière immédiate comme une aurore boréale, mais plutôt ce qui va engendrer un dépassement du réel pour signifier tout autre chose, ce qui est le propre de la pensée poétique. Il y a un très beau livre de Jean Onimus , "Essais sur l'émerveillement" qui traite très bien de ce sujet. Par exemple, face à un paysage où on peut être saisie par sa beauté, chercher à le représenter n'a pas beaucoup d'intérêt car nous ne sortons pas de la certitude de sa réalité. Mais le traiter à la manière de Zao Wou Ki c'est en exprimer toute la force symbolique des émotions qui participe de sa contemplation. En photographie on pourrait peut-être cité le travail de kenna ?

Citation de: Canito le Décembre 15, 2012, 11:35:52
J'ai plutôt tendance à être d'accord avec Erick, mais il reste à définir la notion de merveilleux telle que l'entend Breton dans la citation ci-dessus. A ce propos, Silbad, de quel livre est-elle issue ?

Oui il faut définir la notion de merveilleux. J'ai la citation en tête mais je suis bien incapable de citer la référence de l'ouvrage dont elle est issue.

Citation de: Zouave15 le Décembre 15, 2012, 11:59:04
Si je ne me trompe, par merveilleux il entend le spirituel laïc par opposition au beau qui ne serait qu'esthétique et au religieux qui serait connoté et surtout dépassé (désenchantement du monde).

Je pense qu'il faut le comprendre ainsi, par opposition au beau.

Silbad

Canito, c'est dans   le "Manifeste du surréalisme".

MARCO

 Moriyama se promène dans les rues comme les caméras de Google maps.

HCB, et d'autres grands, trouvent la faille dans la banalité du continuum, l'instant magique où de la
platitude émerge un sens visible par tous, le plus souvent lié au portrait humain en situation. N'est-ce pas cette densité qui constitue le merveilleux photographique?

MARCO

Là on redescend dans la hiérarchie des arts  ;)
Contrairement aux grandes oeuvres qui arrêtent le temps en lui supperposant du sens
universel, les images de Moriyama enregistrent mais n'apportent rien, d'où cette quête
insatiable et vaine. Cartier-Bresson, lui, a pu s'arrêter un jour de photographier pour
passer au dessin.

Canito

Citation de: rickyfirst le Décembre 15, 2012, 12:33:16
Jugement ni erroné ni juste, car je ne connais pas la vie de ce photographe, et pour lui comme pour un autre, comme je considère les photos de rue comme de simpes réflexes mécaniques devant une scène qui se présente, les états d'esprit, le cursus, la personnalité du photographe n'ont pas d'importance pour moi, seulement ses photos.

Ricky, je suis désolé d'insister, mais tes interventions sont totalement contradictoires : c'est toi, et seulement toi, qui porte un jugement sur la personnalité et la démarche du photographe (sur la base d'éléments factuels erronés - le fait que tu ne le connais pas ne rend pas ton jugement "ni erroné ni juste" : cela implique seulement que tu n'es pas en mesure de porter ledit jugement), alors que tu affirmes quelques lignes plus loin que seules comptent les photos. Je pense qu'il serait plus intéressant que tu nous expliques ce qui ne te plaît pas dans les photos de Moriyama, en te basant sur ses photos et uniquement ses photos.

Citation de: rickyfirst le Décembre 15, 2012, 12:33:16
D'accord sur la notion de mérite qui n'a pas de sens en photo, j'ai du mal m'expliquer, un photographe n'est pas un cheval de course, et il n'a rien à démontrer, juste à montrer, mais ce sont les autres, critiques photo, cercle d'amis, réseaux, qui vont faire qu'un photographe soit sur le devant de scène plutôt qu'un autre ; là est le problème.

Car je suis convaincu qu'il y a, puisqu'on parle de lui, dans la ville même de Moriyama, un ou des photographes amateurs, au sens aimant la photo, qui font des photos au moins aussi intéressantes, originales, impactantes, mais personne ne les connait. Ce n'est pas plus mal sans doute, je pense que le vrai art la vraie création doivent se faire pour soi, pour sa satisfaction personnelle, mais c'est un autre sujet.

Ce qui me dérange un peu c'est donc cette propension qu'ont certains à ne voir la photo que par le biais de quelques individus en place, alors que des milliers de photographes pourraient être à la leur mais ne le sont pas par déficit de chance, d'amis bien placés etc.

Moriyama, oui, Sluban, pourquoi pas, mais crois moi, et tu vas devoir me croire sur parole, j'en suis désolé, j'ai, parmi mes relations, des photographes qui font des photos bien plus fortes, bien plus intéressantes, mais ils ne sont pas une icone japonaise ou ne disposent pas de temps libre ou d'argent suffisant pour se balader dans les pays de l'est ou ailleurs des mois en quête de 5 ou 6 images intéressantes.

Ce n'est pas de ta faute, ni de la mienne, si personne ne les connait et s'ils ne font pas des expos dans le monde entier, mais c'est un fait.

Tu abordes là un tout autre sujet, intéressant, sans doute, mais sans rapport avec ce que tu écrivais précédemment. De plus, on ressent en filigrane, en particulier quand tu écris "ne disposent pas de temps libre ou d'argent suffisant pour se balader dans les pays de l'est ou ailleurs des mois en quête de 5 ou 6 images intéressantes" poindre à nouveau, sous une autre forme, le concept de mérite.

Je suis sincèrement intéressé de connaître les photographes, amateurs ou pas on s'en fout, auxquels tu fais référence.

Canito

Citation de: Silbad le Décembre 15, 2012, 12:41:17
Canito, c'est dans   le "Manifeste du surréalisme".

:-[ J'ai honte, je n'en avais gardé aucun souvenir.

Canito

Citation de: MARCO le Décembre 15, 2012, 13:09:24
Moriyama se promène dans les rues comme les caméras de Google maps.

HCB, et d'autres grands, trouvent la faille dans la banalité du continuum, l'instant magique où de la
platitude émerge un sens visible par tous, le plus souvent lié au portrait humain en situation. N'est-ce pas cette densité qui constitue le merveilleux photographique?


A mon humble avis, le "merveilleux photographique" ne se cache pas dans la mise en forme harmonieuse du chaos ambiant, à la façon de H.C.-B. et d'autres grands. Ou pas seulement. J'ai beau comme toi préférer Cartier-Bresson, et d'autres, à Moriyama, je ne suis pas certain que les comparer ait un sens tellement leur approche, leur "discours" est différent.

Zouave15

Citation de: erickb le Décembre 15, 2012, 14:07:36
Si on considère le merveilleux comme un genre d'état de grâce du moment et qui ouvre sur une autre expérience du réel oui

Oui, ou comme ce que tu exprimais au sujet de l'escalade, et tout ce qu'on a essayé de dire au sujet du zen (qui est laïc).

Il est amusant de voir comme on tisse des liens qui s'entrecroisent, un peu comme si chacun avait un fil du même tissu.

Canito

Citation de: erickb le Décembre 15, 2012, 14:20:53
et tu penses que ce n'est ce que fait  Moriyama ?

sinon pour le titre du sujet Grand photographe et matos simple  Moriyama  dit bien dans la video qu'il utilise un compact pour ne pas attirer l'attention , que c'est plus discret , c'est tout

C'est en tout cas ce qu'il a fait pendant des années et des années, et que, dans une certaine mesure, ou dans un certain sens, il continue de faire. Ce n'est pas un lapin de trois semaines, et la reconnaissance internationale dont il jouit aujourd'hui n'est pas venu tout de suite, loin de là.

Il me touche exactement pour les mêmes raisons qu'Erick. Je peux aussi m'en lacer, mais je finis toujours par y revenir. Peut-être y a-t-il chez lui un trop plein d'images, mais cela fait partie de sa volonté et de son style.

Et effectivement s'agissant du matériel, comme écrit plus haut, il ne dit rien d'autre que cela, et il le dit parce qu'on le lui demande, pas pour se la péter.

Canito

Citation de: erickb le Décembre 15, 2012, 14:32:35
on va tous finir par se rouler des patins

Si tu veux, j'ai deux/trois thèmes en réserve qui peuvent te rendre parfaitement antipathique, si tu veux absolument éviter que nous en arrivions à nous rouler des patins.  :D ;)
Citation de: erickb le Décembre 15, 2012, 14:32:35
et comme tu dis voir un type de 73 ans qui depuis 50 ans revient sur le ring me ferait presque couler une petite larme ,  il aurait pas été connu il aurait sans doute fait pareil le soir apres son gagne pain

Absolument.

MARCO

Citation de: Canito le Décembre 15, 2012, 14:01:50
A mon humble avis, le "merveilleux photographique" ne se cache pas dans la mise en forme harmonieuse du chaos ambiant, à la façon de H.C.-B. et d'autres grands. Ou pas seulement. J'ai beau comme toi préférer Cartier-Bresson, et d'autres, à Moriyama, je ne suis pas certain que les comparer ait un sens tellement leur approche, leur "discours" est différent.

MARCO

Oups, fausse manoeuvre, désolé Canito.

Non, c'est bien ce que je voulais dire, le merveilleux en photo ne se "cache" pas une "mise en forme",
comme dans un dessin d'imagination par exemple, il devient subitement présent "objectivement",
c'est le cas de le dire, cadré par la grâce d'un oeil aiguisé qui capture du sens dans le chaos.

Silbad

Citation de: MARCO le Décembre 15, 2012, 14:59:50
Non, c'est bien ce que je voulais dire, le merveilleux en photo ne se "cache" pas une "mise en forme",
comme dans un dessin d'imagination par exemple, il devient subitement présent "objectivement",
c'est le cas de le dire, cadré par la grâce d'un oeil aiguisé qui capture du sens dans le chaos.

Je ne suis pas sur de bien comprendre ce que tu veux dire, en particulier avec cette expression "présent objectivement" (j'ai beaucoup de mal avec l'objectivité) et "capture du sens" dans le chaos. J'ai tendance à considérer que le sens n'existe pas en dehors de celui qui l'a produit.

ninon

Citation de: Zouave15 le Décembre 14, 2012, 19:02:16
Sans doute, oui. Beaucoup de sportifs se sont mis à la méditation pour cela, ou l'ont découvert via le « tir à l'arc zen », le tir, et autres. Ayrton Senna décrivait la sensation que les autres étaient arrêtés sur la piste.

En photo ça se traduit par le fait d'être au bon endroit au bon moment, ou le sentiment de « savoir que la photo est là » ou de la prendre sans savoir pourquoi et de la découvrir après, comme la photo de Benaparis.

Quand le vécu est fort, si on n'y est pas préparé, on peut le vivre comme une expérience au lieu d'y être, et alors on parle par exemple d'expérience mystique, avec dissolution des limites, que pas mal de personnes ont vécu, y compris des artistes. Mais, tant que c'est une expérience, on est réduit à la rapporter, alors que si on le vit, on peut créer directement à partir de là. Par contre, cela peut être très fort, violent, et il n'est pas rare d'avoir la sensation de basculer dans le folie.

Vous allez dire que je me répète, mais parce que je voudrais trouver la manière d'exposer les choses pour que chacun le raccroche à son vécu.

...Dans "Le Zen dans l' art chevaleresque du tir à l' arc", de E.Herrigel, il est clairement expliqué que pour atteindre son but, le tireur doit devenir la flèche de son arc!
   Les chinois disent depuis la nuit des temps: pour peindre un arbre, il faut soi-même devenir un arbre!
...Cela semble qq peu abscon...mais à la réflexion, c' est d' une évidence lumineuse!... ;)

Canito

#414
Citation de: rickyfirst le Décembre 15, 2012, 15:14:29
Il ya certaines photos de Moriyama que j'aime, d'autres moins, d'autres pas du tout, chose normale tu vas me dire ; j'aime celles où tout, selon mes gouts, est en place, un résumé que j'imagine parfait, du moment capté, j'aime moins celles où ce n'est pas le cas, selon mes gouts, je les aurais enlevé de mon éditing, je n'aime pas du tout celles qui, selon mes gouts encore, n'auraient pas dépassé le stade de la planche de contact. Par exemple celles qui n'expriment qu'une ambiance, auxquelles on ne prête des qualités que parce que c'est lui l'auteur, englobées dans le tout de sa production, où chacun y voit ce qu'il veut y voir, c'est très bien, mais comme moi je n'y vois rien, je les rejette. Simple libre arbitre et choix de ma part, personnel, mais qui en vaut bien un autre.

Grâce au paragraphe ci-dessus, je comprends mieux désormais ce que tu aimes et ce que tu n'aimes pas chez lui. Mais attention, en dépit de tes efforts manifestes, tu frôles à nouveau la correctionnelle dans la partie en gras.  ;) C'est probablement celles qui me touchent le plus chez lui, et pas parce qu'il en est l'auteur.

Citation de: rickyfirst le Décembre 15, 2012, 15:14:29
Mon propos tendait à dire que si un photographe, qui se tient, qui sait quand même faire des photos, et qui sait ce qu'il veut, a l'opportunité, le temps, l'argent, les relations, la chance donc, de partir six mois dans un pays, dans une ville, sans nul doute, connu ou inconnu, va t il faire de bonnes images ; toi, moi, un autre.

Non seulement tu remets encore une fois sur le tapis, malgré toi semble-t-il, cette satanée notion de mérite, mais surtout, je pense que tu te trompes. D'une part, parce que même un photographe "qui se tient", mis dans les mêmes conditions qu'un autre photographe ayant réalisé une série réussie pourra revenir avec de la merde. D'autre part, elles seront de toute façon différentes, de sorte que cela n'a strictement aucune importance. N'écrivais-tu pas hier que seul le résultat compte ?

Citation de: rickyfirst le Décembre 15, 2012, 15:14:29
Je ne sais pas pour toi, mais je n'ai pas le temps, enfin, c'est compliqué, mais pas l'argent, pas les moyens matériels, de le faire. Et si tant est que je les eusse, personne dans mon entourage ne pourra promouvoir mon travail, car démuni de réseau, mes photos resteront chez moi. Ce n'est pas plus mal, car la recherche de notoriété, de promotion, me parait chose étrange, peut être en contradiction avec tout sentiment de sincérité ; la sincérité n'attend aucune reconnaissance extérieure, l'intérieure suffit.

Peut-être que je me trompe, et ce n'est de toute façon pas du tout un reproche, mais je perçois de l'aigreur, ou de la frustration dans ton propos. Encore une fois : ce n'est pas un reproche ; je suis moi-même souvent frustré par la photographie, qui dispense de la frustration à l'envi, comme tout processus créatif, en particulier quand on ne peut pas s'y abandonner pleinement.

Citation de: rickyfirst le Décembre 15, 2012, 15:14:29
En gros, HCB, Moriyama, Araki, Riboud, Burri, depardon, Vink, Abbas, economopoulos, Gibson, Le Querrec et les autres, c'est très bien, vous savez faire des images, vous l'avez démontré durant des décennies, mais bon, ça va, place aux autres. Il y en a plein qui valent, tellement plein que ça déborde. 

Ils occupent encore beaucoup de place, certes, mais ce sont des jalons, des modèles, des sources d'inspiration qu'il serait dommageable de ranger trop vite sous le tapis (la photographie est une discipline jeune, ne l'oublions pas). Cela n'empêche pas de découvrir très régulièrement de nouveaux talents. C'est même foisonnant à l'heure actuelle : la difficulté, ce n'est pas de trouver, c'est de trier. J'ajoute qu'il ne faut pas non plus être trop impatient. Quand je vois de jeunes photographes courir les galeries et les éditeurs avec leur portfolio pléthorique sous le bras, alors qu'ils ont deux ans de travail derrière eux, ça me fait un peu sourire. Les gars dont tu parles plus haut, il leur a fallu des années et des années de travail acharné pour arriver à montrer quelque chose de présentable.

Un dernier point quasi-technique. Lorsqu'un photographe revient de 6 mois de voyage et en montre 6, pour caricaturer, ça ne veut pas dire que les autres sont nases ou qu'il a un "taux de réussite" (quelle expression atroce) moins élevé, ça veut dire simplement qu'il va rendre son travail plus fort en ne retenant que celles qui servent son discours, celles qui permettent de mettre une narration en place, en éliminant impitoyablement toutes les autres. C'est la partie la plus importante, et la plus difficile, et de très très loin. Et... H.C-B. faisait déjà ainsi.  ;)

ninon

Citation de: Jc. le Décembre 14, 2012, 20:20:51
Je vais me passer de développer la 1ere partie, c'est toi qui as émis l'idée et démontré.

Ne rien exprimer n'est ni forcément exprimer un désintérêt ni consentir ou infirmer. On ne peut ne rien dire (écrire, dessiner, peindre, bouger...) et exprimer une opinion. Peu importe le médium, ne pas l'utiliser équivaut à ne rien exprimer. L'expression passe forcément par une action volontaire (ou pas), consciente ou pas.
Pour le relier à la photo qui nous occupe ici ne pas avoir d'unité dans les photos (les angles de vue, les sujets, les traitements...) constitue un "non discours" et un ensemble insignifiant, qui ne "parle" pas parce qu'il ne veut rien dire.
Si le discours peut être immédiat ou se révéler avec le temps rien n'oblige son auteur à le déceler, à l'ordonner enfin à le tenir. Son discours n'existe pas, son oeuvre ne signifie rien, l'auteur ne dit rien.
Pratiquement trop de photographes font de l'appareil photo (expression trouvée ici que j'aime bien) plutôt que des photos, des gammes plutôt que du chant.

...Tres intéressant!...Il est tout à fait exacte que nombre de possésseurs d' APN, ne cherchent finalement, qu' a démontrer la qualité de leur matériel et la maniére( extra ;D)...dont ils savent s' en servir! Cela n' apporte rien à l' art photographique!...L' oeuvre d' art ne doit pas laisser paraitre le TRAVAIL!
...Pour faire un parallele avec la peinture: devant un sujet, il y a 2 façons de l' aborder
  _1: reproduire le plus fidèlement, par des processus divers, le sujet: la limite de cette vision a été l' "hyperréalisme"! Ce choix ne "prouve" que les connaissances et la maitrise technique du peintre!
  _2: tenter d' exprimer au plus prêt de l' authenticité, sa vision du sujet, sans hésiter pour cela à maltraiter peu-ou-prou les règles académiques et les usages techniques en vigueur, et à ne pas s' embarrasser des conventions, propres à la pratique!... ;)

ninon

Citation de: erickb le Décembre 14, 2012, 20:31:24
oui quand je dis image c'est pour simplifier car on est sur un forum photo, mais c'est le gout de madeleine de Proust à la recherche du temps perdu, qui n'est pas un temps perdu car passé à ne rien faire mais un temps perdu car quand on rencontre à nouveau ce gout ou cette odeur de madeleine  le temps se repassant sur lui même en quelque sorte s'arrête et un écho de ce qui a toujours été nous envahi, ça a toujours été là

les sensations confuses qu'on apporte en naissant, selon Cézanne

...Le saumon cherche toujours à remonter à la source du ruisseau qui l' a vu naitre!...Notre vie n' est qu' une longue quête des sensations primitives qui ont structurées notre enfance...et ce parceque, étant vierges de toute sensation, ces émotions ont été perçues chacune comme une nouvelle révolution!...Il est certain qu' ensuite, l' existence puisse paraitre quelque peu terne!... ;)

ninon

Citation de: Zouave15 le Décembre 15, 2012, 14:25:25
Oui, ou comme ce que tu exprimais au sujet de l'escalade, et tout ce qu'on a essayé de dire au sujet du zen (qui est laïc).

Il est amusant de voir comme on tisse des liens qui s'entrecroisent, un peu comme si chacun avait un fil du même tissu.

...Le "merveilleux" ce serait de voir chaque chose, chaque etre, comme si c' était la première fois!...Alors disparaitrait le ressentiment et ne resterait que la curiosité native, pure de toute peur!
...J' habite un petit loc'h qui possede à l' une des pointes de son embouchure, une cabane de pécheur: chaque soir, je prend un cliché atmosphérique de ce lieu, en ombre chinoise, sur un ciel de gloire!...j' en ait maintenant plusieurs centaines...eh bien, il n' y en a pas deux semblables!...n' est-ce pas MERVEILLEUX?... ;)

Canito

Citation de: erickb le Décembre 15, 2012, 16:09:41
Tu vas pas recommencer avec Leica ?  ;D  c'est comme être pour l'indépendance de la Palestine à Jerusalem , je lâche le morceau vous m'aurez plus avec le télémètre

Leica ?! Qu'est-ce que j'ai dit, môa, à ce sujet ? A part de traiter les utilisateurs de Leica de vieux machins, ce que j'ai bien compris comme étant une provoc', que tu adores, je ne vois pas. Tu es à la recherche de ton outil, certes de façon un peu chiante, mais y'a pas grand-chose de mal à ça.  :D Non non, j'avais d'autres sujets en tête.  ;)

PS : tout à fait d'accord avec le propos de Jc. mis en exergue par Ninon. C'est le "jadis" de P. Quignard, chez qui il y a plus d'inspiration à trouver que chez des photographes.

Ca va trop vite et dans trop de sens différents, mais bon, pour une fois, on va pas se plaindre, hein ?

Canito

Ricky, nous avons des divergences qui font la richesse de nos échanges, mais à présent nous nous comprenons.  ;)

Deux choses, pour étayer nos propos et nos différences.

Nos différences d'abord : Anders Petersen estime qu'une photographie doit montrer plus de questions que de réponses, voire pas de réponses du tout. Je ne serais pas surpris que tu me dises que tu n'apprécies que modérément ce photographe, que l'on pourrait mettre dans la même catégorie (s'il le faut vraiment) que Moriyama, Ackerman, etc. Hop, un mini-interview ici : http://fr.blouinartinfo.com/news/story/842656/anders-petersen-prix-du-livre-de-lannee-de-la-fondation

Nos ressemblances, avec une citation de Ph. Roth (interview dans les Inrocks), et tu remplaces "écrire" par "photographier" ou tout acte de création que tu veux : "Écrire, c'est avoir tout le temps tort. Tous vos brouillons racontent l'histoire de vos échecs. Je n'ai plus l'énergie de la frustration, plus la force de m'y confronter. Car écrire, c'est être frustré : on passe son temps à écrire le mauvais mot, la mauvaise phrase, la mauvaise histoire. On se trompe sans cesse, on échoue sans cesse, et on doit vivre ainsi dans une frustration perpétuelle. On passe son temps à se dire : ça, ça ne va pas, il faut recommencer ; ça, ça ne va pas non plus, et on recommence. Je suis fatigué de tout ce travail. Je traverse un temps différent de ma vie : j'ai perdu toute forme de fanatisme." Fort heureusement, je n'en suis pas encore là, plutôt en phase d'apprentissage, encore pour longtemps j'espère.

Silbad

Citation de: rickyfirst le Décembre 15, 2012, 15:14:29
Pour  ma part, je n'attache aucun mérite à qui que ce soit, le mérite est chose si complexe et si non exacte, que c'est une idée que je n'aime pas. Mon propos tendait à dire que si un photographe, qui se tient, qui sait quand même faire des photos, et qui sait ce qu'il veut, a l'opportunité, le temps, l'argent, les relations, la chance donc, de partir six mois dans un pays, dans une ville, sans nul doute, connu ou inconnu, va t il faire de bonnes images ; toi, moi, un autre. Je ne sais pas pour toi, mais je n'ai pas le temps, enfin, c'est compliqué, mais pas l'argent, pas les moyens matériels, de le faire. Et si tant est que je les eusse, personne dans mon entourage ne pourra promouvoir mon travail, car démuni de réseau, mes photos resteront chez moi. Ce n'est pas plus mal, car la recherche de notoriété, de promotion, me parait chose étrange, peut être en contradiction avec tout sentiment de sincérité ; la sincérité n'attend aucune reconnaissance extérieure, l'intérieure suffit.

Simplement pour rebondir sur ce que tu dis, j'ai fais personnellement le choix de me consacrer à un travail photographique alors que je ne n'avais aucune bonne raison qui pouvait me conforter dans mon choix: pas beaucoup d'argent, très peu de matériel, sans aucune connaissance dans le monde de la photographie et qui plus est, avec un objet photographique qui n'intéresse guère les photographes. De plus, la photographie n'était pas particulièrement une passion. Mon choix avait toutes les apparences d'une absurdité et j'ai fais ce choix sans aucun regret à ce jour, simplement parce que ce que j'y ai trouvé à donner sens à mon existence et ne serait-ce que pour çà, j'en accepte le prix.
Ainsi que tu le dis, je me suis heurté à des réseaux plus où moins institutionnelles qui font que ce que tu crois pouvoir te permettre d'avancer naïvement, sont extrêmement organisé et fonctionne comme des marchés fermés. Eh bien tu te tournes ailleurs car le monde est riche de sa diversité et progressivement, tu as des gens, des lieux qui te comprennent et finissent par te soutenir par des expositions, quelques achats et aujourd'hui, je commence à avoir quelques commandes sur la base du travail que je propose car autrement, je ne me considère par comme un photographe. Ma démarche est purement artistique.
Quand à la question de la notoriété, donc de la reconnaissance et du statut, qui renvoie à une position dans la hiérarchie sociale, elle peut être une finalité en soi, question d'ego, mais elle est avant tout un moyen dont la finalité et de poursuivre le chemin dans lequel on s'est engagé. La sincérité c'est cette arme que tu possèdes en toi et qui te permet de résister à la manière dont socialement tu peux être chahuter, critiquer, mépriser, ignorer, manipuler et qui, au final te permet de persévérer. D'une certaine manière, c'est rester libre.
C'est pas un choix facile et c'est essentiel de considérer, derrière une oeuvre, il y a quelqu'un avec une histoire qui a fait ce choix et ce n'est pas une question de savoir-faire une belle photo car à ce niveau, la concurrence est rude.

MARCO

Citation de: erickb le Décembre 15, 2012, 14:18:13
j'aime son côté obsessionnel, comme s'il avait rendez vous avec l'impossible avec toujours un train de retard
c'est le lot de presque tout le monde c'est ce qui le rend touchant
mais ses images m'ennuient très vite

++ Absolument, là encore, je ne saurais mieux dire

Canito

Citation de: erickb le Décembre 15, 2012, 16:33:30
tu fais chier Canito , et  ça me désole ! , j'adore Quignard, ses petits traités sont un bijou  et sa dernière leçon de musique de Tch'eng Lien un petit chef d'oeuvre

J'attends pieusement d'être 100% pénard, sans les gosses, la femme, le chat et les potes chieurs, pour lire le septième tome de Dernier Royaume. L'un de mes gros fantasmes pas du tout raisonnable et pas du tout réaliste serait de parvenir parfois à mettre dans la boite les éclairs qui surgissent de ses fragments. Pfff, que j'aimerais...

Citation de: erickb le Décembre 15, 2012, 16:33:30
... n'empêche que les Leicaistes sont des croutons

Prout

Canito

Mille fois oui, Erick.

Silbad, tu fais bien d'insister sur ce que cela implique, sur ce qu'il en coûte de rester fidèle à une démarche. Pour reprendre le mot de Ph. Roth à propos de la littérature, mais c'est strictement transposable à la photographie, il faut être un fanatique, au sens propre du terme. Avec tout ce que cela implique. Sans vouloir tenter de me justifier à nouveau, ceci explique que j'ai réagi un peu vivement en première page de ce fil.

Canito

Autre chose Rick, après j'arrête de papoter. Il ne faut pas s'imaginer les gars dont on parle comme des types riches, tranquilles sur leur piédestal, ayant cessé de s'en faire et profitant de la vie, prenant des photos en sifflotant. D'une part, on n'arrive pas à créer une oeuvre telle que la leur sans avoir un certain état d'esprit (je ne parle pas qualitativement mais intrinsèquement), sans se torturer les méninges et bosser dur, dans sa tête et dans son boulot de photographe ; et ça, c'est permanent. D'autre part, même eux doivent continuer de se battre pour exposer, vendre quelques tirages, trouver un éditeur, etc.