Grand photographe et matos simple

Démarré par pourquoipas, Décembre 06, 2012, 20:55:03

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pourquoipas

#350
Il me semble un peu moins extraterrestre que Araki.
Et il a aussi photographié à Hawai (certes, c'est un lieu où les japonais se sentent comme chez eux) et ailleurs.
Flickr makalux

PENDER

" sans fin autre que par lassitude"
je me suis mal exprimé, aucun pb, je voulais simplement dire que la discussion ne pouvait que s'éteindre par l'impossibilité de trouver une voix médiane.

Zouave15

Citation de: erickb le Décembre 14, 2012, 13:02:49
conscience assez large  correspond bien à cette idée je trouve

Bien sûr, mais il s'agit ici d'essayer de communiquer. Or je vois bien que lorsque le mot conscience est prononcé ici, on parle de choses différentes. Chaque fois j'essaye de préciser mais si par exemple je parle de méditation, je vais me faire tuer par Jeanbart ;D , alors que pour moi, on ne peut pas découvrir cette conscience autrement. Après, large est un qualificatif pratique qui au fond n'a pas de sens.

Parler ou non, mettre des mots ou pas ne change rien en soi si on ne s'y attache pas et je signale que certains maîtres zen sont très bavards, et peuvent même donner l'impression de parler pour ne rien dire.

Tous ces détours peuvent paraître pénibles à certains lecteurs, mais ainsi est ouverte une autre dimension. Après tout, certains s'intéressent aux haïkus, qui, au-delà de la forme, peuvent être des façons de pointer le vide au cœur des choses. Or on le peut également en photo (c'est mon option, tout comme en haïku). Mais je n'en parle pas seulement parce que c'est ma « démarche », mais aussi parce qu'une dimension peut s'ouvrir pour d'autres, parce que bien des œuvres d'art le portent en elles à mon sens (donc, évidemment, si Erick ou quelqu'un d'autre en parle, je vais rebondir dessus ;D ).

Bien sûr que ça part dans tous les sens et qu'il y a des conversations parallèles mais j'apprécie quand chacun s'intéresse au point de vue de l'autre sans forcément essayer de convaincre.

Cela étant, il y a des fils directeurs. Par exemple, du point de vue de la conscience (si cette expression a un sens), témoigner de manière neutre ne veut rien dire et ne peut pas être instinctif (gros travail personnel, même) par contre il me semble que la notion rejoint d'une certaine manière le vide au cœur des choses. Bon, désolé de ne pas être clair !

Zouave15

Citation de: PENDER le Décembre 14, 2012, 13:33:34
Bonjour "`
"J'ai l'impression qu'on parle de choses différentes et pas forcément contradictoires sous le mot démarche, mais parce qu'il faudrait peut-être mieux sérier le sujet."

Ici, Zouave parle des significations du mot "démarche" auquel chacun peut attacher des significations différentes.

Plus largement, ce qui me semble inconciliable et qui ressort de cette discussion, de façon lumineuse  c'est l'opposition :
entre une vision holistique de la photographie - et même des images en général- déterministe, Bourdieusienne pour faire vite- selon laquelle un photographe et ce qu'il produit est déterminé par tout un tas de facteurs sociaux, économiques, culturels.... C'est la mienne . Elle explique en partie, la vision mortifère du monde par Moriyama.

et une idée réductionniste dans laquelle ce sont les artistes qui fabriquent une vision du monde personnelle, plus ou moins géniale, émotionnelle, détachée des contingences et de la société dans laquelle ils s'expriment.

La synthèse entre les deux positions est impossible, la discussion-dans ce fil- est par contre, très intéressante bien que sans fin autre que par lassitude

Intéressant, oui, bien que je ne pense pas que ce soit une affaire de synthèse, mais de choix. Si on est dans le monde, on n'est pas en dehors (lire pour un témoignage « Périls et promesses de la voie spirituelle ») sauf à être un Maître car alors il n'y a plus séparation entre les choses. Mais on peut éprouver la non-séparation au quotidien sans pour autant être à la fois dans le monde et hors du monde.

Par monde, j'entends ici monde intérieur ou extérieur, société et individu, etc.

La fertilisation croisée me semble féconde. La limite de l'approche à la Bourdieu est de ne pas pouvoir concevoir qu'autre chose existe, et que cette autre chose peut se lire dans certaines œuvres pas forcément de maîtres zen.

Si on suit mon point de vue, tous (ou peut-être, presque tous) les artistes qui ont eu maille à partir avec la folie ont touché quelque chose qui n'est pas Bourdieusien. Du point de vue de quelqu'un qui médite depuis longtemps, la folie est une frontière ténue qui nécessite un mental structuré pour ne pas être franchie, et qui demande également d'avoir ressenti en soi la différence entre être et expérimenter, qui demande en outre de se connaître assez pour ne pas se faire avoir par la volonté de puissance. Etc., c'est juste pour situer.

PENDER

 Si on pense qu'à l'intérieur de notre cage, on a la possibilité de se déplacer, alors on est d'accord mais il ne s'agit pas d'une synthèse, simplement d'un espace qui permet de s'ébrouer-pas plus-pas moins non plus -d'accord.

Je crois bien  que beaucoup d'artistes qui ont eu maille à partie avec la folie n'étaient pas du tout détachés du monde dans lequel ils vivaient. N'a-t-on pas appelé Van-Gogh et Artaud les "suicidés de la société"

PENDER

 Et si on lit (de plus en moins ???)  Mauriac : oh, la la !  Gide Aïe !, H. Bazin Ouille ! Fritz Zorn  : Ouille ouille ouille ! Houellebecq  : flute !  On peut ajouter qui on veut.

Zouave15

Citation de: Benaparis le Décembre 14, 2012, 10:34:14
simplement pour affiner, améliorer ce que l'on exprime à travers les ses propres œuvres.

Tout à fait : il s'agit d'une recherche dans le monde extérieur d'une image de quelque chose qui est en nous. Mais la recherche peut prendre une dimension plus ou moins intuitive. Si on suit des codes, on va explorer dans une certaine direction. Si on en suit d'autres, ce sera différent. Et si on n'en suit pas nommément (donc, en fait, inconsciemment mais sans choix défini), ce sera autrement. Du moins, c'est ce à quoi à je pense à la lumière des exemples qui ont été cités dans ce fil.

Tout cela peut varier, car le besoin d'expression qu'est la création change au fur et à mesure qu'on apprend à se connaître, ou peut devenir répétitif si on traverses ses murs intérieurs.

Or le besoin de réfléchir à sa cohérence peut être lié (mais n'est pas toujours) à un blocage interne, ce qui fait qu'on peut produire une démarche au goût marketing, voire une œuvre insincère du fait qu'on se trompe sur soi-même (chose qui est courante voire la règle). La sincérité dont parle Ninon est à un niveau d'exigence très supérieure au seul fait d'être honnête.

Citation de: Benaparis le Décembre 14, 2012, 10:34:14
on ne peut jamais se mettre à la place de celui qui a créé

Plus ou moins, l'empathie peut-être forte, c'est le cas lorsque cela résonne.

Citation de: Benaparis le Décembre 14, 2012, 10:34:14
l'art comme notre propre miroir

Oui, mais un miroir qui n'est pas inversé mais plutôt un écho d'un autre plan (après, ce sont des mots, juste des idées pour d'autres photos ?).

Silbad

Citation de: Zouave15 le Décembre 14, 2012, 14:34:04
Intéressant, oui, bien que je ne pense pas que ce soit une affaire de synthèse, mais de choix. Si on est dans le monde, on n'est pas en dehors (lire pour un témoignage « Périls et promesses de la voie spirituelle ») sauf à être un Maître car alors il n'y a plus séparation entre les choses. Mais on peut éprouver la non-séparation au quotidien sans pour autant être à la fois dans le monde et hors du monde.

Par monde, j'entends ici monde intérieur ou extérieur, société et individu, etc.

La fertilisation croisée me semble féconde. La limite de l'approche à la Bourdieu est de ne pas pouvoir concevoir qu'autre chose existe, et que cette autre chose peut se lire dans certaines œuvres pas forcément de maîtres zen.

Si on suit mon point de vue, tous (ou peut-être, presque tous) les artistes qui ont eu maille à partir avec la folie ont touché quelque chose qui n'est pas Bourdieusien. Du point de vue de quelqu'un qui médite depuis longtemps, la folie est une frontière ténue qui nécessite un mental structuré pour ne pas être franchie, et qui demande également d'avoir ressenti en soi la différence entre être et expérimenter, qui demande en outre de se connaître assez pour ne pas se faire avoir par la volonté de puissance. Etc., c'est juste pour situer.
Je ne comprend pas bien le pourquoi de Bourdieu à ce sujet (la folie) et parler de la folie ainsi alors que les formes qu'elles revêtent sont très diverses et complexes dans leur mécanisme. On ne choisit pas de basculer dans une maladie psychotique. Qu il y ait une frontière ténue, c'est au moins qu'il y a une dimension clinique qui permet d'essayer de comprendre le fonctionnement, au moins biologique de l'humain car ce qui est vrai du point de vue artistique c'est que ce genre de trouble n'affectent pas d'autres disposition qui sont en oeuvre dans une démarche artistique, mais affecte plus la personne sur son autonomie sociale.

Zouave15

Citation de: PENDER le Décembre 14, 2012, 14:42:07
Je crois bien  que beaucoup d'artistes qui ont eu maille à partie avec la folie n'étaient pas du tout détachés du monde dans lequel ils vivaient. N'a-t-on pas appelé Van-Gogh et Artaud les "suicidés de la société"

C'est exactement cela : être hors du monde n'est pas possible si on est dans le monde, du moins comme premier mouvement. Dis autrement, ce qu'ils ressentaient n'était pas sociocompatible.

En outre, tout cela produit du rejet, qui est justement la blessure initiale, et est insupportable sans travail intérieur (par exemple, via la psychologie, mais qui est récente par rapport à l'histoire de l'art).

C'est je crois une différence entre la création de temps à autre, qui peut laisser le choix de ne pas trop s'impliquer vers soi, et une création plus engagée qui ne laisse pas le choix, avec tous les dangers que cela comporte.

Certains disent que la photo n'est pas un art, mais l'art est une attitude, pas un medium. Si on considère qu'il n'y a pas ou pas beaucoup d'artistes parmi les photographes (hypothèse), combien se sont engagés à la manière d'un Van Gogh ou, dans un autre genre, d'un Cézanne (et d'autres, bien sûr) ?

Est-ce que c'est propre à la photo ? En tout cas, pas à l'époque, car en littérature, l'engagement (et la mise à nu) me semble plus fréquent et encore actuel. Mais je me trompe sûrement.

PENDER

Oui, je n'avais pas vu le rapport entre Bourdieu et la folie, en effet multi-formes (?)

Quelque part Zouave est un mystique au sens de Weber. Par contre là, entre mysticisme et ascèse  il y a moyen de s'entendre, contrairement à individualisme et holisme (jamais le tout ne sera la somme des parties)

Zouave15

Citation de: Silbad le Décembre 14, 2012, 15:00:00
Je ne comprend pas bien le pourquoi de Bourdieu

C'était juste un raccourci sur les mots de Pender, pour parler de l'influence du monde extérieur qui définirait l'œuvre.

Citation de: Silbad le Décembre 14, 2012, 15:00:00
les formes qu'elles revêtent sont très diverses et complexes dans leur mécanisme

Peut-être, mais c'est loin d'être sûr. Des mécanismes différent n'empêchent pas une cause commune ou des causes en nombre limité. Après, je suis d'accord : c'est une image, je ne prétends pas à une vérité. En outre, la notion de « folie » est une représentation et doit beaucoup au rejet de la différence.

Après, de la poule et de l'œuf, entre des artistes qui étaient malades et d'autres qui le sont devenus...

On accepte bien l'amour comme quelque chose de plus ou moins unique et qui pourtant produit des situations forts différentes, pourquoi n'en serait-il pas de même pour la folie ? Un sentiment que certains ne peuvent pas canaliser ?

Zouave15

Citation de: PENDER le Décembre 14, 2012, 15:07:32
mystique au sens de Weber

Si tu veux dire par là en dehors des religions, oui. Si tu veux dire transcendantal, non. Zen, oui (je pratique depuis 40 ans).

PENDER

 C'est ça, bonne soirée.
A demain .

Zouave15

En fait l'activité intellectuelle (et c'est vous qui convoquez Nietzsche, Bourdieu, Weber, etc.) décrit le monde de l'expérience. L'art ou du moins la création est, pour partie, celui de l'être (il me semble que Ninon y faisait référence). Peut-être que rickyfirst évoquait cela en imaginant être en prise directe avec le monde. Cela existe mais je suis dubitatif sur le fait que les photographes qu'il a cités y arrivent.

Jc.

Bon, comme je vois, lis, sens que vous devenez -tel un cerf volant- in maitrisables, in compréhensibles, et que pour moi (!) le plaisir disparait je vais essayer de ma ramener à terre ou plus prés de m compréhension.

La dernière idée aborde par BendeParis et ErickB est (pour moi toujours) la première à surgir.
Nous cherchons à faire des photos déjà prêtes dans notre esprit. Nous ne les recevons pas, nous les avons déjà composées.

Toujours dans l'ordre ante chronologique de la discussion nous agissons sur le monde ne serait ce qu'en choisissant techniquement une focale  ou une ouverture de diaph qui isole -ou pas- les acteurs de nos rêves.

Et pour finir par le début de ce fil le matériel n'a aucune importance dans notre discours car nous finirons toujours par "dire" ce que nous voulions exprimer au début quelque soit le matériel dont nous disposons, plume, appareil photo ou pinceau.

Jen'ai aucune référence et je n'en n'ai pas besoin. Si elles sont utiles pour préciser, corroborer, étayer, crédibiliser une idée leur profusion ne sert qu'au paraitre, et je n'en ressent pas le besoin.

ninon

Citation de: Zouave15 le Décembre 14, 2012, 09:24:12
Ça, c'est toute la question, qu'on pourrait développer à chaque fois sur une demande concrète si on avait une section ad hoc. Mais il faudrait une section différente, sinon, sarcasmes, et puis il suffit de contester ailleurs que sur ce fil l'idée même de la « photo parfaite » ou de la « bonne photo » pour se prendre une volée de bois vert.

...Au vu du développement qui touche ce fil, il parait indispensable de demander à CI une petite place ou l' on puisse débattre sereinement de ce qui se passe derriere la rétine! Il serait dommage que ce qui s' est dit ...et se dira, retourne dans l' ether!... ;)

Zouave15

Citation de: Jc. le Décembre 14, 2012, 15:33:20
Nous cherchons à faire des photos déjà prêtes dans notre esprit. Nous ne les recevons pas, nous les avons déjà composées.

Bien sûr, mais à mon sens il faut alors détailler. Car chaque photographe dit cela, en tout cas bien des paysagistes, par exemple, ou en macro c'est évident (rien n'existe en dehors d'un plan qui est virtuel avant de faire la photo).

Mais ce matching (arrive pas à remettre la main sur un mot français) est un fonctionnement normal du cerveau, il sert à reconnaître les visages amis et son futur conjoint, et bien d'autres choses. Le moment du matching est même caractérisé par un signal spécifique que les flics projettent d'utiliser pour de nouveaux détecteurs de mensonge (si, si).

Donc la question est, me semble-t-il : comment et sur quelles bases composes-tu l'image que tu as en tête ?

ninon

Citation de: Benaparis le Décembre 14, 2012, 10:34:14
Visiblement le mot démarche dérange pas mal...j'ai l'impression que l'on y attache bien trop de chose dans la mesure où il y aurait l'obligation de voir dans la démarche la notion de sens ce qui donne un aspect bien pompeux et lourd à porter pour une oeuvre...par ailleurs, j'ai également l'impression que l'on mélange la démarche propre de l'auteur et celle qui nous est servie par les commentateurs.

Si l'on s'en tient à la définition du mot, je cite le Larousse : "Manière de conduire un raisonnement, de progresser vers un but par le cheminement de la pensée ; méthode, manière d'agir"; ce que nous appelons communément le point de vue. Autrement dit on est bien loin du sens, du message censé être véhiculé par une œuvre. Comme cela a été évoqué l'interprétation du "message" de l'œuvre est contingenté par l'époque, la culture d'une société, et même du parcours personnel de l'individu.

Pour en revenir à la notion de démarche du point de vue de l'auteur, il me semble que même si il peut y avoir une manière très spontanée de travailler, pour ne pas dire instinctive, il n'est pas inutile si l'on considère l'œuvre de manière plus globale çàd non pas une seule œuvre mais un ensemble (Canito évoquais à un moment l'importance de la notion de série) et d'y chercher et encore mieux d'y trouver un fil conducteur, non pas pour se justifier auprès du public ce qui est une erreur monumentale, mais simplement pour affiner, améliorer ce que l'on exprime à travers les ses propres œuvres. A titre personnel, j'ai beaucoup appris de moi même (et je continue à la faire) à travers mes photos...je vois certains aspects qui sont a priori permanent (nature profonde), mais aussi ce qui relève de la réaction à un moment donné et qui forcément est amené à évoluer. Bref, ce travail analytique du côté auteur  dans la mesure où il apporte une voire plusieurs bases de travail est utile pour progresser et affiner son point de vue et continuer de donner cohérence et sincérité à son œuvre.

C'est pour cette raison que je peux tout à fait comprendre que l'on ne soit pas obligé en tant que spectateur de s'interroger ou de comprendre la démarche d'un auteur car on ne peut jamais se mettre à la place de celui qui a créé on peut au mieux s'en approcher, on peut tout à fait se contenter d'apprécier sans se poser plus de questions que cela par rapport aux intentions supposées de l'auteur. En revanche on s'interroge forcément par rapport aux échos, à la manière dont l'œuvre raisonne en nous. Autrement dit je vois l'art comme notre propre miroir...et comme j'aime bien illustrer en image  ;) :

...Tout à fait vrai, et très bien exposé!...Le mot DEMARCHE implique une quête vers l' Autre, le mot CHEMINEMENT indique que l' artiste défriche son itinéraire à son rythme et selon sa propre boussole, ce qui n' exclue pas qu' il accepte, voir, souhaite etre suivi!
                                                       ...Le mot EMOTION qui accrochait, en amont du fil, et qui implique la notion de fugacité, peut etre avantageusement remplacé par le mot SENSIBILITE, qui lui, contient une notion de pérrènité!... ;)

ninon

Citation de: Benaparis le Décembre 14, 2012, 11:23:18
Nous sommes complètement d'accord mais du point de vue du créateur tu ne te poses pas la question par rapport à la manière dont le public va recevoir ton œuvre et éventuellement percevoir le fil conducteur entre tes différentes œuvres, j'ai même précisé que c'était une erreur monumental de travailler sa propre démarche eu égard aux considération d'un public forcément peu homogène et inconstant si pris dans l'espace et le temps...Bref tu créé d'abord pour toi même même dans le cadre de commandes...si les œuvres arrivent ensuite à vivre par elle même à travers les hommes et les ages alors tant mieux si c'est le but recherché. Pour moi un artiste ne fait que proposer au public qui lui dispose selon les époques et son degré d'évolution et de compréhension...c'est en ce sens que la dépossession de l'œuvre est importante.

Peut être, mais je n'ai pas atteint à ce jour un tel niveau de conscience.  ;)

...Une future mère ne porte pas son enfant pour les autres...mais uniquement pour elle!...Mis au monde, elle offrira cet enfant au père, et partant de là, elle préparera cet héritier à etre offert au monde!
...Il en est de même du rapport de l' oeuvre et de l' artiste!...dès qu' il appose sa signature au bas du tableau, il signifie que l' oeuvre est achevé ( et lui seul est habilité à le décider)...et dès que celle-ci est accrochée à la cimaise, cette oeuvre ne lui appartient plus, elle est potenciellement la propriété de celui qui la comprend et l' aime...et légalement le bien de celui qui l' achète!... ;)

ninon

Citation de: rickyfirst le Décembre 14, 2012, 11:19:28
Appliquable aux photographes aussi bien sur, je doute fort que Cartier Bresson ait eu une quelconque volonté de faire oeuvre créatrice lorsqu'il se baladait et faisait des photos, elle vient seule lorsqu'elle vient, et souvent du fait des autres, indépendamment de la volonté du photographe. Je pense aussi que ces photographes ne sont pas à proprement parler des artistes, il y en a dans d'autres domaines photographiques, comme la mode, la pub, la photo conceptuelle, mais en photo de rue pas vraiment, toujours par l'idée qu'ils ne créent rien, seulement captent ce que le monde leur offre, lorsqu'ils arrivent à le voir. Leur talent résidant dans leur disponibilité sensorielle, prédisposition à voir ce que les autres ne voient pas.

De cela, et on en revient, par un chemin biscornu  ;) au titre du fil, le talent en photo de rue, c'est à dire en résumé, l'oeil, qui est ce qu'il est, presque inné, sui generis, est d'avoir cette faculté de communion avec le monde et de faire un acte de mémoire ; mémoire instantanée d'un moment qui disparait à la fois qu'il apparait, comment un moment mort né peut il représenter la mémoire, le passé, ce qui a été? l'enregistrement de cet instant sera finalement le moins important, la chose capitale étant d'avoir vu la scène, le support importera peu.

A ce point qu'on pourrait mémoriser la scène dans sa tête et s'en satisfaire, il me semble que le même HCB le disait lorsqu'il ne faisait plus de photos, que ses yeux et son cerveau suffisaient, l'idée me plait, car personnellement, sans appareil, je fais tous les jours dans ma tête des photos de scènes que je vois  ;) le peintre peut mémoriser ce qu'il a vu et le retranscrire sur toile plus tard, chez lui, un photographe ne peut pas le faire, la captation ne peut qu'être immédiate, irréfléchie presque. Un art irréfléchi peut il être un art? si oui, il ne peut être décidé ainsi que par les autres, enfin il me semble..

...OUI!...une création irréfléchie n' est pas seulement potentiellement un art, mais totalement un art!
   C' est le cas très intérèssant de l' "ART BRUT", produit créatif des "Fous et des Déments"!
   Une création instinctive, qui courcircuite toute notre conception de la "normalité", bien que profondément signifiante...mais pour nous, aussi indéchifrable qu' une tablette d' argile en Araméen!
...Il serait hautement interressant de mettre entre les mains de ces etres qui nous font peur, des appareils photo, et de contempler ce qui en sort!...Je prévois des surprises!...Si qq a eut vent d' une telle démarche, je suis tres intéressé!... ;)

Benaparis

Instagram : benjaminddb

Jc.

Citation de: Zouave15 le Décembre 14, 2012, 15:51:52
...
Donc la question est, me semble-t-il : comment et sur quelles bases composes-tu l'image que tu as en tête ?

Personnellement sur la base de ma (mon in-) culture, de mes frustrations, mes rêves/cauchemards.
Comme tout un chacun j'imagine, sans le savoir vraiment d'ailleurs.

Tiens, tu sais l'image qui me tarabuste depuis longtemps ? c'est con, c'est la photo (en n&b tant qu'à faire) de 3 vieux pochtrons qui évoquerait "Un singe en hiver"  avec Gabin. Voilà, tu as un exemple...

ninon

Citation de: Benaparis le Décembre 14, 2012, 11:47:30
Je vois bien ce que tu veux dire...mais curieusement c'est en allant chercher ces scènes mentales que j'en rencontre d'autres et qui finalement me satisfont plus que celles que j'avais imaginé capturer, elles sont finalement utiles en tant que moteur et non comme but :)

...Cela rejoint tout à fait ce que je conçoit de la démarche créatrice: l' art doit être sans INTENTION!
   L' artiste doit accepter d' "être agit" par une force qu' il porte en lui, mais qui échappe à sa volonté: Le moment de l' acmé créatrice, ou tout se met en place...comme par enchantement, est tout à fait comparable à une sorte de transe sans participants!
   On peut comparer ce moment à une sorte d' accouchement...avec la phase ultime et irréversible du "il faut que çà passe"...généralement accompagné de douleurs, de doutes, voir de peurs plus ou moins incontrôlables...
    Comme pour la mère, l' artiste contemple longuement son "bébé", et tente lentement de se l' "approprier", de se reconnaitre en lui, parfois d' y découvrir des caractères qui lui semblent exogènes...et c' est seulement quand il se sera convaincu de sa paternité, qu' il apposera son seing, véritable acte de naissance de son oeuvre!... ;)

ninon

Citation de: VCR le Décembre 14, 2012, 13:25:21
C'est peut-être le plus grands problème des occidentaux, ce besoin irrépressible de parler.

...N' est-ce pas parceque ce que nous VOULONS exprimer est indicible...que nous avons recours à la photo...qui par essence coucircuite la description verbale?... ;)

Silbad

Citation de: ninon le Décembre 14, 2012, 16:57:04
...Cela rejoint tout à fait ce que je conçoit de la démarche créatrice: l' art doit être sans INTENTION!
   L' artiste doit accepter d' "être agit" par une force qu' il porte en lui, mais qui échappe à sa volonté: Le moment de l' acmé créatrice, ou tout se met en place...comme par enchantement, est tout à fait comparable à une sorte de transe sans participants!
   On peut comparer ce moment à une sorte d' accouchement...avec la phase ultime et irréversible du "il faut que çà passe"...généralement accompagné de douleurs, de doutes, voir de peurs plus ou moins incontrôlables...
    Comme pour la mère, l' artiste contemple longuement son "bébé", et tente lentement de se l' "approprier", de se reconnaitre en lui, parfois d' y découvrir des caractères qui lui semblent exogènes...et c' est seulement quand il se sera convaincu de sa paternité, qu' il apposera son seing, véritable acte de naissance de son oeuvre!... ;)

Je crois profondément à cela. On ne décide pas de faire oeuvre et je ne sais pas par qu'elle opération magique l'instinct créatif peut surgir, contre toute attente, mais à un moment donné la chose est là, insistante, obsessionnelle, traversée par des sentiments contradictoires, tantôt euphorique, tantôt anxyogène. Progressivement on lui donne une existence, on essaye de la comprendre et on tend à la justifier, mais sa présence reste une enigme. Et quoi qu'on en dise, on l'a regardant de bien près, elle ne fait que parler de nous. En cela, elle peut être une façon d'exprimer une manière d'être au monde mais en aucun elle explique quoi que ce soit sur le monde. Elle est, c'est tout. Elle peur rester dans  le silence comme elle peut prendre une réalité sociale, mais cela ne dépend guère de son créateur mais de ceux qui vont la faire exister.